‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 5 sur 131 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'église en face de la CHABTE de 1830

Ce principe de la liberté religieuse reparut seul dans la Charte de 1830, à lexclusion du principe contradictoire de la religion de l'État. Bien que le budget des cultes fût conservé, et qu'on se trouvât toujours, pour tout ce qui tient

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aux rapports de l'Eglise et de TEtat, sous le régime du concordat de 1801, ce n était pas moins là une révolution profonde ; d'autant plus que le parti triomphant était très disposé à refouler toutes les prétentions théocratiques du clergé, et même à lui enlever tout moyen d'influence. Bien qu'une dynastie eût succédé à une dynastie, au fond cette révolution n'était autre chose que la souveraineté nationale substituée au principe monarchique du droit divin, et, en fait, l'arrivée au pouvoir d'une maison royale et d'une classe de citoyens, dont les intérêts et les tendances n'avaient rien de commun avec les intérêts, les traditions et les regrets du clergé privilégié de l'ancien régime.

L'épiscopat comprit à l'instant la situation nouvelle qui lui était faite, et l'attitude qu'elle lui commandait vis-à-vis du pouvoir et de l'opinion ; renonçant par la force des choses à les dominer l'un et l'autre, et ajournant des prétentions impossibles, il se replia sur lui-même ; à défaut d'une position privilégiée que lui interdisait la Charte, il eut l'habileté de se retrancher avec réserve sur le terrain religieux, se fondant, pour revendiquer sa propre indépendance et sa liberté d'action, sur le droit commun.

C'est sur ce terrain du droit commun que se sont produits, entre le clergé et le gouvernement de juillet, les démêlés qui ont été plutôt des

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tiraillements que des conflit^f . Les premiers différends selevérenl au sujet de la nomination des évéques, et même au sujet de la nomination des curés, le gouvernement ne voulant autoriser que le choix des prêtres signalés favorablement au ministre des cultes par Tadministration civile. La cour romaine et Tépiscopat exprimaient leur étonnement dé ce qu'une dynastie qui, en répudiant la cérémonie du sacre, avait bien montré qu elle renonçait à l'antique alliance entre le trône et l'autel, prétendait user, quant au choix des ministres du culte, d'un privilège qu'il avait été tout naturel d'accorder aux rois très chrétiens; n était-ce pas exiger que l'Eglise mît ses destinées dans les mains de ses ennemis?

Les mêmes difficultés se produisirent au sujet de l'enseignement : TÉtat prétendant conserver à l'Université le monopole de l'enseignement, et soustraire le plus possible au clergé l'éducation de la jeunesse, « afin de détruire la superstition » ^ ainsi qu'en faisait l'aveu, à la tribune, M. deMontalivet, ministre de l'intérieur; le clergé invoquant la liberté, assurée par la Charte à tous les citoyens.

Les vexations du pouvoir se firent particulièrement sentir, surtout dans les premières années, au sujet des cérémonies du culte. Non seulement le gouvernement renouvela les ordonnances du 18 juin 1828, et ressuscita même un décret impérial, au moyen duquel il introdui-

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sit dans les séminaires un administrateur laïque, chargé de surveiller l'emploi des deniers que rÉtat fournissait pour l'entretien d'un certain nombre de boursiers ; mais encore il publia des circulaires aux évoques, soit pour leur enjoindre d'interdire la célébration des fêtes déclarées non obligatoires par le concordat, soit pour ordonner l'usage de l'eau chaude en hiver dans la cérémonie du baptême. Et plus d'une fois il intervint d'autorité pour faire célébrer, même, par des prêtres schismatiques, des funérailles au service desquelles s'était refusé le curé de la paroisse.

Le gouvernement se montra plus rigoureux encore pour ce qui est des réunions des évêques, et même de celles des simples curés de campagne; connaissant les secrètes sympathies de ces derniers pour l'ancien régime, et leur supposant des aflSiliations avec le parti carliste, il les plaça, par une décision générale, sous la surveillance immédiate des maires, leur défendit, sous peine d'une retenue sur leur traitement, de s'éloigner, sans autorisation, de leur presbytère, et chargea tous ses agents, sans compter les gendarmes, de tenir la main à l'exécution de ses ordres. Enfin quelques diflSicultés s'élevèrent également au sujet de certains corps religieux, tolérés sous la Restauration, et dont le nouveau pouvoir supportait impatiemment l'existence.

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Sur tous ces points, le clergé se trouvait dans les conditions les plus favorables pour lutter avec avantage ; fort du texte même de la Charte, il neut qu'à se tenir sur la défensive; et il le fit avec une grande habileté, ayant soin d'écarter tout ce qui aurait pu ressembler à la revendication d'une situation privilégiée, et de n'invoquer en toute occasion que les principes du droit commun . Son langage ne différait pas de celui de tous les opposants, qui réclamaient les libertés promises explicitement ou implicitement par la Charte. Les évéques publièrent de nombreux écrits où, à chaque page, se lisaient les mots liberté religieuse, droit de la conscience; et un comité permanent se forma bientôt, sous la présidence de M. de Montalembert, pour défendre et propager avec une grande activité ces principes, comme les plus précieuses conquêtes des sociétés modernes.

Ce terrain du droit commun était si bien choisi par les catholiques, que peu à peu l'opinion fut ramenée à des sentiments plus sympathiques ; les vieilles rancunes furent oubliées ; à force de voir le mot de liberté sous la plume des écrivains religieux, on finit par croire qu'il s'agissait bien cette fois de la liberté pour tous; et ce clergé, si détesté à la fin du précédent régime qui lavait fait tout-puissant, se vit entouré d'une certaine popularité après quelques années d'un régime où les dispositions du pouvoir, en

réduisant son rôle politique à des conditions plus modestes, l'avait fait grandir d'autant plus dans lestime des populations. Ce retour sympathique du peuple se manifesta avec éclat lorsque, au lendemain de la révolution de février, les prêtres furent, sur tous les points, appelés à bénir les arbres de la liberté.

Preuve nouvelle que rien ne lasse la fidélité de cette nation française à ses vieilles croyances religieuses, et que le jour où le clergé accepterait sans arriére-pensée les libertés modernes, auxquelles la France est non moins attachée, une grande et définitive pacification s'opérerait dans les esprits; et Ton verrait le terme de ces conflits, si funestes à la fois à TÉglise et à la société temporelle.

Plût à Dieu que le clergé de 1830 eût entendu son rôle dans le sens large et vraiment libéral que lui prétait l'opinion trop confiante ! Ce trait de génie et d'audace, en même temps qu'il eût restitué au monde l'esprit véritable de l'Evangile, aurait rendu à l'Eglise sa haute mission des premiers âges et sanctifié le mouvement démocratique.

Mais le clergé, tenait au passé par des racines trop profondes, pour qu'il sût être et voulût être résolument novateur. Tandis qu'il parlait beaucoup de ses libertés^ c'est à dire de son droit de tout dire et tout faire, il restait au fond hostile à la liberté. Le droit moderne était tout simplement

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pour lui une arme de guerre, dont il usait quand le pou voir prétendait gêner son action. Pour des yeux attentifs, les nombreux écrits qui furent publiés à cette époque par les représentants les plus éminents du clergé, ne laissent aucun doute sur le sens intime de leur prétendue doctrine libérale. A travers des formules empruntées quelquefois au langage du siècle, on ne trouvait que des concessions faites par la force des choses aux idées nouvelles, mais jamais la reconnaissance de la liberté religieuse comme un droit imprescriptible du citoyen. Le régime de la liberté et de 1 égalité civile des cultes, bien loin d'être pour eux une légitime conquête et encore moins Tidéal d une société chrétiennement organisée, était un régime transitoire^ né de TaflEaiblissement de la foi dans les générations présentes ; et il ne fallait pas de grands efforts de logique pour en conclure que lorsque, par un progrès désirable, l'opinion serait ramenée aux saines idées, on se hâterait de rétablir l'ancien principe de la religion de l'État ; sauf, bien entendu, à user, envers les dissidents, de la plus grande tolérance.

Tolérance^ c'est donc le mot, plutôt que celui de liberté, qui exprimait la pensée intime de l'episcopat. On peut s'en convaincre en relisant les écrits, d'ailleurs remarquables, publiés par levêque de Langres, Mgr Parisis, sous ce tit»e : liberté de V Église. Il y eut des évêques qui

voilèrent moins leur pensée. On vit entre autres 1 evêque d'Orléans, Mgr Fayet, en 1846, condamner sans détour, dans un mandement, comme impies et athées, les deux principes de la séparation du spirituel et du temporel et de la souveraineté nationale.

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