‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 110 sur 239 · BENTHAM A WESTMINSTER · texte numérisé non relu

BENTHAM A WESTMINSTER

tous. Depuis 1792, Bentham habite Westminster; et Westminster va se trouver prendre, aux environs de 1810, dans l’histoire politique de l’Angleterre, l’importance qu'avait eue, aux environs de 4770, le comté de Middlesex. Par la mort de Pitt et de Fox, les deux partis historiques perdent de leur prestige; et quand, aux élections de 1807, le parti tory exploite contre le parti whig les passions patriotiques et anti-catholiques, quand le parti whig riposte en dénonçant dans le parti tory le parti des « amis du roi », courtisans sans principes et corrompus, combien d’électeurs ne sont pas tentés de donner raison aux uns et aux autres et de les renvoyer dos à dos! Le vieil esprit d’hostilité commune aux deux factions, rivales et cependant complices, de l’aristocratie, aux ins et aux outs, se réveille, principalement dans les grands centres, et particulièrement à Westminster. « La cité et la liberté de Westminster », sous le régime électoral incohérent qui va se perpétuer jusqu’en 1832, est une circonscription à suffrage très étendu, mais où les dix-sept mille électeurs, obéissant, depuis de longues années. aux conseils des factions aristocratiques, nomment régulièrement, à chaque élection, un représentant whig et un représentant tory. En 1807, le charme est rompu : sir Francis Burdett, enrichi par son mariage avec la fille du banquier Coutts, mais dégoûté par les tentatives infructueuses et ruineuses qu’il a faites pour entrer au Parlement, consent à se porter candidat populaire, à condition qu’il ne lui en coûtera pas un penny ; grâce à l’intervention dans la

lutte, par ses « lettres aux électeurs de Westminster », du grand journaliste Cobbett, devenu depuis peu démo- : crate — grâce à l’action de quelques électeurs influents, au premier rang desquels on distingue le marchand tailleur de Charing-Cross, Francis Place, — grâce surtout au réveil de l’opinion, il est élu. Événement retentissant : il est prouvé désormais que l’ancien régime électoral permet lui-même des élections favorables au parti populaire. Or, c’est à Westminster, sous l’impulsion des mêmes hommes qui ont fait l'élection de sir Francis Burdett, que le groupe des amis de Bentham va s'organiser en parti d'action politique. C’est le bourg de Westminster, avec son corps électoral où domine la « chair de cochon », son armée de commerçants et de boutiquiers, dignes héritiers de la tradition de Hampden, que Bentham va bientôt offrir aux yeux de tous comme le modèle, préexistant au sein d’une constitution absurde, de la « démocratie représentative » qu’il préconise ‘7. Et cependant rien n'indique, dans les lettres de Bentham, que l'élection de 1807 l’ait en quelque mesure ému. Il semble qu’il ait fallu, pour faire de lui un démocrate, l’intrusion, en 1808, de James Mill dans son existence ‘À.

James Mill est, depuis plusieurs années, un whig, et peut-être un whig avancé. Il tient pour la thèse de la perfectibilité indéfinie. Il réclame, avec les publicistes de la « Revue d’Édimbourg », l'émancipation des catholiques. La liberté de l’opinion et de la presse est la cause qu'il défend avec le plus d’ardeur. Or, nous voyons Ben-

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