BENTHAM ET BURDETT
le ballot n’est qu’un des cinq points fondamentaux du programme, tandis que, pour Bentham, et, après lui, pour ceux de son groupe, l’organisation du scrutin secret apparaît comme la partie vraiment essentielle de la réforme électorale. Burdett, sans faire d’objection, insiste sur l’inopportunité de la demande, « en raison du préjugé à surmonter ». Enfin, Bentham se décide à rédiger vingt-six « Résolutions sur la Réforme Parlementaire », que Burdett agrée, et dont, le 2 juin 1818, il fait l’objet d’une motion aux Communes.
Cest le principe de l'identification artificielle des intérêts qui est rigoureusement appliqué, en confor- . mité (Bentham insiste sur ce point) avec l'esprit traditionnel de la constitution anglaise. Bentham affirme « qu'il ne peut y avoir de garantie suffisante de bon gouvernement, si ce n’est qu'il existe, et si ce n’est dans la mesure où il existe, unecommunauté d'intérêts entre les gouvernants et les gouvernés », « que, sous le régime de ce pays, cette communauté d'intérêts ne peut exister si ce n’est dans la mesure où les personnes aux mains de qui l’administration des affaires publiques est confiée sont soumises à la surveillance et au contrôle, à l’action restrictive (check) des représentants du peuple; ces représentants parlant et agissant conformément au sens du peuple »; enfin « que c’est seulement dans la mesure où les membres de cette Chambre sont en fait choisis, et de temps en temps révocables par les suffrages libres de la grande masse du peuple, qu'il peut y avoir assurance suffisante que leurs actes
sont conformes au sentiment et aux vœux du peuple, et, par suite, qu’ils peuvent en vérité, et sans impropriété d'expression, être appelés, ou déclarés, représentants du peuple». Il demande donc au Parlement, en affirmant l’avantage et la nécessité d’un suffrage intégral (comprehensive), égal et libre, de faire « un grand sacrifice de tous les intérêts séparés et particuliers », et propose d’instituer : le suffrage universel, en d’autres termes, « une participation au suffrage électoral, de toutes personnes qui, étant du sexe masculin, d'âge mûr et d’esprit sain, auront, pendant un temps déterminé antérieur au jour de l'élection, résidé, comme propriétaires ou habitants, dans le district, ou dans la localité où elles sont appelées à voter » ; — le scrutin secret ; — des élections annuelles au moins, « pour assurer plus effectivement l’unité de volonté et d’opinion, entre le peuple et ses représentants » ; — la division du territoire de la Grande-Bretagne et de l’Irlande en six cent cinquante-huit districts aussi égaux que possible en population, chaque district élisant un représentant; — les élections faites en un jour, « pour éviter les délais, les vexations et les frais inutiles, aussi bien que la fraude, la violence, le désordre, et les élections nulles » ; — la subdivision des districts électoraux en subdistricts pour recevoir les votes?. Le 23 mars 1818, une réunion publique des householders de Westminster chargeait déjà Cartwright de transmettre leurs remerciements à Bentham, « ce raisonneur profond, et cet écrivain éminent en matière de législation »,