Ibid., p
98. Cf. Souvenirs sur Mirabeau, p. 139: notre pièce de marqueterie, notre mosaïque de prétendus droits naturels... La déclaration des droits. peut se faire après la constitution, mais non pas avant; car les droits existent par les lois, et ne les précèdent point. Ces maximes, d’ailleurs, sont dangereuses ; il ne faut point lier les législateurs par des propositions
générales, qu’on est obligé ensuite de modifier et de restreindre. Il ne faut pas surtout les lier par des maximes fausses. Les hommes naissent libres et égaux, cela n’est pas vrai; ils ne naissent point libres; au contraire, ils naissent dans un état de faiblesse et de dépendance nécessaire : égaux, où le sont-ils ? où peuvent-ils l'être? Entend-on l'égalité de fortune, de talent, de vertus, d'industrie, de condition ? Le mensonge est manifeste. Il faut des volumes pour parvenir à donner un certain sens raisonnable à cette égalité que vous proclamez sans exception.
99. Dumont, Souvenirs sur Mirabeau, pp. 138 sqq. « J’en possède aujourd’hui, ajoute Dumont, une réfutation complète, article par article, de la main d’un grand maître, et il a porté jusqu’à l'évidence Les contradictions, les absurdités, les dangers de ce programme séditieux, qui suffirait à lui seul pour détruire la constitution dont il faisait partie, semblable à un magasin de poudre placé sous un édifice, pour le renverser par une explosion.» — On pourrait, à la rigueur, se demander, puisque Dumont était hostile dès 1789 à l’idée d’une déclaration des droits, et puisque la réfutation de la déclaration par Bentham a été écrite en 1795, si Dumont n’a pas sur ce point inspiré Bentham. Mais, si l’on songe, d'autre part, que l'Introduction contient l'expression de pensées semblables, et que Dumont était déjà depuis deux ou trois ans le confident de celui qu’il considérait comme son maître, il est infiniment probable, il est pratiquement certain que Dumont, sur ce point comme sur les autres, est le disciple de Bentham.
100. Dumont à Bentham, 23 oct. 1792 (Bowring, vol: X, p. 286).