INVENTIONS RÉFORMATRICES
politiques. De même que la Révolution de 1688, par la constitution de la dette nationale, attacha au Gouvernement nouveau toute la classe des rentiers, le great monied interest, de même l’Annuity Note Scheme de Bentham attacherait au régime établi toute la masse de la population, le bttle montied interest. La dette nationale a sauvé la nation de la tyrannie des Stuarts; la mesure nouvelle, en donnant aux pauvres des intérêts conservateurs, préserverait l'Angleterre de l'anarchie révolutionnaire ‘. Bentham donne encore, en 1796, au Morning Herald, des observations critiques sur le Treason Bill$i; en 1797, aux Annales d'Agriculture d'Arthur Young, des observations sur la loi des pauvres, dont la réforme est alors l’objet de discussions parlementaires ® ; en 1798 et 1799, il rédige, en collaboration avec Colqhoun, des projets de loi pour la réforme de la police de Londres“; en 1800, il s’'émeut du grand nombre des condamnations et exécutions pour crime de faux, et, en vue d'éviter ce gaspillage de peines, cherche des moyens propres à prévenir le crime ; il s'occupe, avec presque autant de passion, de l’invention d’un frigidarium, appareil réfrigérant pour conserver les fruits et les légumes; il donne, en novembre 1800, au Peter Porcupine de Cohbett, des « Indications relatives au Population Bill », où il définit les meilleures méthodes à employer pour dresser un recensement . Mais c’est le Panopticon qui absorbe la majeure partie de son temps. Son père est mort en 1799, et lui a laissé, en outre de sa maison de Queen Square Place, à Westminster, un
revenu de 300 à 600 livres sterling, qui consiste principalement en fermages *. Maître d'une fortune personnelle, Béntham la dépense en frais de propagande, en avances de fonds, comme il perd son temps en démarches. — Bentham est un philanthrope, mais il n’est ni républicain ni démocrate.
Il n’est pas seulement un philanthrope et un homme à projets; il est l’auteur de tout un nouveau système de philosophie juridique. Une partie du système a été publiée en 1789, dans l’ «Introduction aux principes de morale et de législation» ; mais d’autres événements sollicitaient alors l'attention publique, et l’ouvrage a passé inaperçu. L'ensemble des manuserits de Bentham est entre les mains de Dumont; mais, pour que Dumont trouve le temps de les rédiger, il faudra que la période révolutionnaire soit tout entière écoulée. De sorte que la Révolution française nuit à la renommée philosophique de Bentham. Ce n’est pas que Bentham ne sente en lui le génie, la vocation de la législation ; 1l aspire à exercer une action par ses œuvres. Il recueille avec joie un propos qu’aurait, en 1790, dans un cercle de diplomates, tenu Fitzherbert, le qualifiant de « Newton de la législation »°!. Quand paraît son travail sur l’organisation judiciaire , il se réjouit de le voir lire avec intérêt dans la petite société de Lansdowne House : « Cela contribue, entre autres choses, à la croissance lente de mon école”? ». Il a donc, dès lors, lambition de fonder une école; mais il est obligé de constater que, semblable aux prophètes, il est encore moins