‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 76 sur 239 · LE PROBLÈME DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DE LA POPULATION

social libre et égalitaire, le système dont Godwin insütue la critique peut être considéré comme arrêtant sur le seuil de l’existence les quatre cinquièmes de cette valeur et de ce bonheur. Bref, c’est pour Godwin une conséquence évidente du principe de l’utilité que la quantité de bonheur éprouvée dans une société est proportionnelle au nombre d’individus capables de bonheur, et par suite au nombre total des individus. Paley n’avaitil pas interprété à peu près de la même façon le principe de Putilité *? La fin de toute politique rationnelle est de produire la plus grande quantité de bonheur sur un territoire donné. Mais le bonheur d’une société est constitué par le bonheur des membres isolés de cette société, et la quantité de bonheur peut seulement être augmentée en accroissant soit le nombre des êtres qui perçoivent, soit le plaisir de leurs perceptions. Or, tout au moins dans les pays de l’Europe occidentale, où les conditions économiques se rapprochent de Pégalité, on peut considérer que la quantité de bonheur dépend principalement du nombre des individus; on peut, en tous cas, supposer, dans tous les raisonnements politiques, qu’une plus grande portion de bonheur appartient à dix personnes vivant dans l’aisance, qu’elle ne peut appartenir à cing personnes vivant dans le luxe. Donc le politique doit se proposer pour but l’accroissement de la population ; et e’est par rapport à cette règle pratique que Paley ébauche tout un système d'économie politique, chaque mesure économique ou fiscale étant tour à tour examinée, et approuvée ou condamnée,

dans la mesuré où elle tend, ou ne tend pas, à un accroissement de population.

Voici pourtant que l’accroissement de la population soulève un problème grave. Wallace, en 1761, dans ses Various Prospects of Mankind, Nature and Providence, * avait commencé par préconiser l’abolition de la propriété privée. Grâce à cette révolution, seraient supprimés tous les obstacles sociaux à un accroissement indéfini de la population humaine. Mais non pas, ajoutait Wallace, les obstacles naturels : car la terre ne pourrait nourrir constamment une humanité dont le nombre croîtrait toujours, à moins que sa fertilité püt être continuellement augmentée, ou que, par quelque secret naturel, analogue à la pierre philosophale, un occultiste pût inventer une méthode pour conserver l'humanité, tout à fait différente de tout ce que l’on connaît à présent; la terre elle-même finirait par être comble, et il faudrait, pour trouver place à de pareilles multitudes, que la terre augmentât constamment de dimensions. « Misérable effondrement du plus généreux de tous les systèmes humains de gouvernement! » Godwin croit pouvoir résoudre la difficulté. La suppression des besoins artificiels, d’une part, et, d’autre part, les progrès de la culture et de l’industrie permettront à l’homme de faire vivre un nombre d'hommes beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui sur un espace donné. Cest, d’ailleurs, prévoir le danger de trop loin. Les trois quarts du monde habitable ne sont pas cultivés; les parties déjà cultivées sont capables d’améliorations

Page 1