II AVANT-PROPOS
avorté, si la masse des paysans n'y avait pris part, ne l'avait étendue à toute la France, et, quand la victoire fut acquise, n'avait défendu, maintenu, développé cette victoire.
Or, si les paysans s'insurgèrent, ce fut pour secouer le fardeau qui, depuis des siècles, pesait sur eux, ce fut pour obtenir l'abolition de ces droits féodaux qui leur semblaient intolérables depuis que, par la diffu" sion des lumières, ils en sentaient l'iniquité.
La bourgeoisie souffrait moins du régime, parfois même en profitait, ne voulait, au début, qu'une révolution politique : elle n'accorda d'abord qu'une satisfaction partielle aux paysans, après leurs premières insurrections, et la Constituante, dans la nuit du 4 août 1789, ne détruisit pas, tant s'en faut, tout le régime féodal.
Ce qui en subsista, c'est-à-dire peut-être les deux tiers ou les trois quarts, parut si désagréable aux paysans déçus et irrités qu'il y eut des jacqueries, dont une au moins fut formidable à la bourgeoisie.
Tant qu'elle se crut d'accord avec le roi, tant qu'elle put gouverner par le roi, tant
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que la monarchie qu'elle avait organisée dura, la bourgeoisie opposa aux paysans une politique conservatrice et de répression.
Mais quand la chute du roi et du trône eut affaibli la bourgeoisie, elle fit aux paysans, en août 1792, de grandes concessions, et alors on allégea des trois quarts peut-être ce gros reste du fardeau féodal qui pesait encore sur les épaules des paysans.
Ce qui en subsista, assez lourd encore, fut maintenu pendant près d'une année.
Enfin les droits féodaux furent tous, sans exception, radicalement supprimés par la Convention, en juillet 1793, à un moment où, occupée à défendre la patrie nouvelle contre les ennemis du dehors et les ennemis du dedans, elle eut besoin de rallier entièrement les paysans, et de gagner leur cœur.
La Convention nationale obtint ainsi ce ralliement et ce gain, qui furent définitifs.
Depuis lors et pour ce motif les paysans français sont restés, à peu d'exceptions près, fidèles à la Révolution, même en sa déviation napoléonienne, et, étant le nombre, ont déjoué, par leur résistance inerte ou active,