PONT
» Les religieuses demandent l'exécution du règlement de 1706.
» En conséquence :
» L'amphithéâtre réservé aux seuls élèves de la maison :
» Une leçon seule par jour depuis deux heures jusqu’à trois heures du soir ;
» Que les malades ne soient opérés que devant peu d'élèves ;
» Que les femmes surtout ne soient pas transférées de la salle Saint-Jean ni qu'elles traversent le pont pour passer par les salles d'hommes, et conduites à l’amphithéâtre,
» Mais qu'il leur soit affecté une pièce près leur salle pour les opérations; \
» Que le sieur Desault soit tenu, et invariablement, de suivre ses pansements le matin à six heures et le soir à trois heures;
» Et de panser tous les jours les malades et de n'en omètre aucuns, arrivant fort souvent que les malades blessés ne sont pas même visités.
» Messieurs les Administrateurs sont trop éclairés pour ne pas sentir la justice des réclamations des religieuses. »
Paris, le 20 mars 1780.
(1) On avait dit plus haut 2 à 3 cents. Desault prouva que l’'amphithéâtre
bondé ne pouvait contenir que 150 personnes.
Desault fit une réponse spirituelle et qu'on trouvera dans Brièle, à la date du 31 mars 1789 (page 240).
Il est inutile de dire que toutes les accusations portées contre l'illustre chirurgien furent reconnues fausses ; il fut établi que la femme dont il a été question ne fut opérée que sur son consentement, il fut également prouvé — détail plus piquant peut-être — qu'elle vivait encore le 31 mars, qu'elle était hospitalisée dans la salle Saint-Jean, où d’ailleurs elle était presque complètement guérie.
Desault terminait son mémoire par ce noble langage :
« L'opinion publique sera ma défense. Il serait à souhaiter » que les dames religieuses s’acquitassent de leurs devoirs avec » autant de zèle et d’exactitude que je m'acquite des miens, et » qu'au lieu de passer une partie de la journée renfermées dans » leurs chambrettes avec des conseillers perfides, et ne s'y » occuper qu'à tramer quelques méchancetés ou ourdir quelque » nouveau mensonge, elles fussent dans leurs salles, suivant leur » institution, rendant elles-mêmes l'hospitalité aux malades, et » donnant l’exemple de la charité et des vertus chrétiennes. »
Après rapport de M° Martin fait à l'assemblée générale tenue à l’archevêché le 2 avril 1789, le bureau donna raison en tous
points à Desault (x).
Détresse financière. — Mais par malheur ses efforts n’amenèrent sur les autres points que peu de résultats. Ce n’est pas qu'il ne fût suivi. Il était parvenu à s'imposer au Bureau, grâce à ses nombreux admirateurs. Mais l'argent manquait. Chaque
(1) Desault mourut le 13 Prairial an VI (1° juin 1795). Il avait été arrêté le 28 mai 1793 sur la dénonciation de Chaumette et accusé d’avoir refusé ses soins aux blessés du 10 août. Traduit devant le tribunal révolutionnaire, emprisonné un moment au Luxembourg, il fut bientôt après remis en liberté sur l’ordre du comité de Sûreté générale, l'accusation d’ailleurs,ayant été reconnue fausse. Son caractère entier, son tempérament combatif, peut-être aussi ses talents lui avaient créé beaucoup d’ennemis et le médecin Mayet avait été obligé en 1792 déjà, d'écrire au Maire de Paris pour le défendre. Desault fut chargé de soigner le Dauphin, prisonnier au Temple, et mourut en trois jours d’une fièvre chaude, malgré le dévouement et les soins de Corvisart. Le bruit se répandit qu'il avait été empoisonné « à cause de ce qu'il avait vu et dit concernant le Dauphin ». Son autopsie, faite par Corvisart, Lepreux et Laurens, infirme cette légende. La nation assüra à sa veuve une pension de 2,000 livres.
malade coûtait à l'Hôtel-Dieu 1 livre 4 sols 2 deniers par jour, et, malgré les revenus de l’Hôtel-Dieu (1.300.000 livres) (1), il ne s'agissait plus seulement « de l'amélioration de cet établissement, mais de son existence même (2). »
Il était dû à l'Hôtel-Dieu, le 22 mai 1790, 600 000 livres d’arrérages de rentes et, loin de payer ses dettes, le gouvernement demandait au contraire de l'argent aux administrateurs. Le 12 mai 1700, ceux-ci avaient dû protester auprès de M. de La Millière, intendant des finances, contre les différents avertissements pour le payement des vingtièmes de quelques-unes des maisons appartenant à l'Hôtel-Dieu, dans un moment où la situation financière était déjà si critique, et à l'instant même où on leur demandait de payer l'impôt sur les biens de campagne.
Dans sa réponse du 4 juin, La Millière fut inexorable, déclarant que la loi devait être la même pour tous et qu'il ne pouvait plus être question de privilèges.
La Compagnie dut revenir à la charge le 16 juin 1790. Cette fois dans un long mémoire (3) adressé au premier Ministre des finances, à Necker lui-même, elle exposait :
19 Les causes de sa détresse financière occasionnée par les dépenses que l’administration de l'Hôtel-Dieu s'était trouvée obligée de faire, par les nouveaux arrangements occasionnés par la construction de nouvelles salles (4), indépendamment de celles qu'elle avait faites pour le compte du gouvernement et dont le remboursement lui était dû.
2° Les avances où elle se trouvait pour le payement des droits d'entrée, auquel l'Hôtel-Dieu était assujetti depuisle 15 juin 1788.
3° L'augmentation des prix des denrées depuis plusieurs années (5).
(1) D’après les commissaires du Comité de mendicité. Archives parlementaires. Op. cit. Tome XXII, p. 381.
De Jussieu indique à peu près le même chiffre : r livre, ro sous, 6 deniers comme prix moyen d’une journée de malades. Cf. Sigismond Lacroix. Actes de la Commune de Paris. Tome V, p. 266.
(2) Lettre du 12 mai 1790 des administrateurs de l'Hôtel-Dieu à M. de la Millière. À N. F5, 233 Tuetey. Op. cit. Tome I, p.'rtr0,
(3) Tuetey. Op. cit. Tome 1, n° 48, p. 124.
(4) St-Landry et Ste-Monique affectées aux femmes en couches.
(5) Cette augmentation portait surtout sur le blé et le vin : 100,000 livres sur le blé en 1789, 40,000 livres sur le vin en 1790.
4° Celle des consommateurs.
so Les retards qu'elle éprouvait dans la recette de ce qui lui était dû.
Elle exposait aussi qu'il était possible de remédier à cette détresse en remboursant les sommes düûes par le gouvernement, le montant des rentes arriérées de l'Hôtel-Dieu sur la Ville et le Domaine, et enfin les droits des pauvres, en tout 772.400 livres 6 sols 6 deniers.
La Millière répondit encore une fois, le r°r juillet 1790, qu'il ne pouvait rien et conseilla d’avoir recours à un emprunt. Les administrateurs cherchèrent donc à emprunter (t). Ils ne trouvèrent pas d’emprunteurs, et le 23 juillet, ils pouvaient écrire:
« Nous avons pour plus de cinq cent mille francs de mémoires à payer, dont nous ne savons où prendre le premier écu et cette somme grossit tous les jours, parce qu’à peine nous avons de quoi satisfaire aux dépenses courantes qu'on ne peut faire que l'argent à la main. »
Il fallut faire quelque chose. Dufresne, directeur du Trésor, fit donner 20 mille livres à l'Hôtel-Dieu comme à-compte de ce qui lui était dû. C'était peu, mais Dufresne promit de nouveaux SÉCOUtTS
La mortalité s'élevait, année commune, à l'Hôtel-Dieu, à près de 20 0/0.
Le 159° registre donne pour l'année 1788 (2) : Personnes traitées à l'Hôtel-Dieu en 1788 : 27621 (1578 naissances) » sorties de » » 20740 Décès : 4040. — Soit : 2539 hommes) 1403 femmes ( 137 enfants nouveau-nés.
141 personnes envoyées des hôpitaux.
de la ville et de la campagne
Le 161e et dernier registre (3) :
Personnes traitées à l’'Hôtel-Dieu en 1700 : 27463 (1637 naisances) » sorties de » » 24247
(r) Lettre à La Millière. Tuetey. Op. cit. Tome 1, p. 139. (2) 7 janvier 1789. Brièle. Op. cit., p. 236. (3) 12 janvier 1791. Brièle. Op. cit., P. 277.
Décès : 3679. — Soit : 1898 hommes.
1465 femmes. 171 enfants nouveau-nés.
145 personnes envoyées des hôpitaux (1).
Le rapport du Comité de Mendicité indique une proportion de décès beaucoup plus considérable ; mais il ne fournit pas les éléments qui ont servi à former la moyenne qu'il indique :
... (C(La mortalité), à l'Hôtel-Dieu, n’est jamais inférieure au cinquième du nombre des malades, et le plus souvent elle est d’un quart ou d'un quart et demi. » (21 janvier 1791). (Archives parlementaires. Op. cit. Tome XXII, p. 379). Tenon avait évalué cette mortalité à 2 sur 9. On peut donc suspecter les chiffres donnés par l'administration, qui sont d’ailleurs sujets à caution. Si l’on s’en rapportait à eux, l'Hôtel-Dieu eût été un des hôpitaux les plus salubres du temps; or, nous savons qu'il n'en était pas ainsi.
Le rapport de de Jussieu permet d’ailleurs de se faire une opinion :
« Il est entré en dix années à l'Hôtel-Dieu, non compris les » enfants qui y sont nés, 262,785 personnes, c'est-à-dire, année » commune 26,279. Le nombre des morts, pendant le même » espace de tems, a été de 50,540, ou de 5,054 année commune, » la mortalité est donc de un sur cinq et un cinquième.
» N. B. — En ajoutant aux personnes entrées le nombre des » enfants nés à l'Hôtel-Dieu, on auroit pour les dix ans, un total » de 278,131 personnes, cest à-dire une année commune de » 27,813 : la mortalité seroit alors de un sur cinq et demi ; mais » les enfans nés à l’Hôtel-Dieu ne restant point à cet Hôpital » après leur naissance, et passant aussitôt à celui des Enfans- » Trouvés, leur nombre ne peut être d'aucune considération » pour établir la mortalité de l’Hôtel-Dieu (2) ».
On trouvera dans Tuetey les noms des différentes salles de l'Hôtel-Dieu le 12 avril 1700 et le chiffre des lits.
(1) Sur celles-ci : 155 décès de Bicétre Sur 424 personnes traitées (!l). ON EM CN EE » 369 »
11 » delaSalpétrière » 156 »
(2) Compte-rendu à la Commune par le Département des Hôpitaux. Imp. Lottin, ainé., Mémoire de de Jussieu. Imprimerie Nat, Lbi®, 1221, Tableau de la p. 24.
Bureau de l’Hôtel-Dieu