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LES PROPOSITIONS DE PAIX DES EMPIRES CENTRAUX

Les propositions de paix des Empires centraux nous arrivent. Smolny, et nous avec lui, les avons attendues longtemps. Il y a eu des échanges fiévreux ,de télégrammes, des 4^" mandes urgentes de loffé, des réponses précises de Trotski, des allusions mystérieuses à on ne sait quoi qui nous reste caché. Et je me demande pourquoi c'est loffé qui est président de la délégation russe. Kamenef était tout désigné (pour ce rôle de premier plan. Il est de la même race que loffé, mais il a de la valeur. C*est &a plus, paralt-il, un honnête homme, loffé, c'est un comparse. Pourquoi, diable, Trotski l'a-t-il choisi? Est-il plus sûr de lui que

de Kamenéf ? Il y a là quelque chose de louche devant quoi on reste inquiet

Enfin, les Empires centraux nous donnent la^ réponse suivante :

« Aujourd'hui 25 décembre, à 22 heures, a eu lieu la deuxième séance de la Conférence de la paix. Au nom de la délégation de la Quadruple Alliance, le comte Czernin, en réponse à notre déclaration, a donné connaissance de la note suivante :

« Les délégations des puissances alliées se fondent sur la volonté clairement exprimée par leurs gouvernements et leurs peuples d'arriver au plus vite à la conclusion d'une paix générale et équitable. Les délégations des alliés, en accord complet avec le point de vue exprimé plusieurs fois par leurs gouvernements, supposent que les propositions fondamentales de la déclaration russe peuvent être prises comme bases de pourparlers pour une paix de ce genre. Les délégations de la Quadruple Alliance sont prêtés k signer immédiatement une paix générale sans annexions par la violence et sans contributions. Elles se joi-

gnent au point de vue de la délégation russe qui blâme la continuation de la guerre pour de simples buts de conquête. Les hommes d'Etat des gouvernements alliés ont plus d'une fois souligné dans leurs programmes et déclarations que les alliés ne prolongeront ipas d'un jour la guerre dans des buts de conquête. Les gouvernements des alliés ont toujours soutenu ce point de vue. Ils déclarent solennellement leur décision de signer des conditions de paix, terminant cette guerre, à des conditions également équitables pour tous les pays belligérants, sans exception. Il est pourtant nécessaire d'indiquer, avec la clarté la plus complète, que les {propositions de la déclaration russe pourraient être réalisées, dans le cas où toutes les puissances belligérantes, sans exception et sans restriction, s'engageraient à réaliser ces conditions générales pour tous les peuples. Les puissances de la Quadruple Alliance, entrées en accord avec la Russie, ne peuvent admettre ces conditions sans avoir des garanties que les alliés de la Russie reconnaissent et réalisent honnêtement et sans restrictions

ces conditions envers la Quadruple Alliance.

Selon ce principe, nous devons déclarer ce qui suit au sujet des six points proposés par la délégation russe comme base de pourparlers :

« Point 1. — Les {puissances alliées n'ont pas l'intention d'annexer par la violence les territoires qu'elles ont occupés pendant cette guerre. Quant aux troupes qui se trouvent actuellement en territoires occupés, il en sera décidé par le traité de paix, autant qu'une décision n'aura pas été prise préalablement sur le (retrait des troupes de tel ou- tel autre endroit.

« Point 2, — Les alliés n'ont pas l'intention de priver de leur indépendance politique les peuples qui ont perdu cette indépendance durant la guerre actuelle.

« Point 3. — La question du rattachement à tel ou tel autre pays des groupes nationaux n'ayant pas d'indépendance politique, de l'avis des puissances de la Quadruple Alliance, ne peut être résolue d'une manière internationale. Elle doit être résolue par chaque Etat

de coneert avec ses peufples, selon les moyens indiqués par la constitution du pays.

« Point 4. — De même, conformément aux déclarations des hommes d'Etat de la Qua druple Alliance, la sauvegarde des droits des minorités forme la partie réelle du droit des peuples de disposer d'eux-mêmes indiqué pat les constitutions. Les gouvernements des alliés mettent aussi en vigueur ces prineipes, quand il y a la possibilité de les appliquer.

« Point 5. — Les puissances alliées ont plus d'une fois indiqué la possibilité d'un renoncement mutuel, non seulement au remboursement des dépenses occasionnées par la guerre, mais aussi au remboursement des dommages causés par la guerre. Conformément à cette proposition, chacune des puissances belligérantes n'aurait qu'à payer les frais d'entretien de ses ressortissants faits prisonniers et les dommages icausés sur son propre territoire aux ressortissants civils de l'ennemi en violation du droit international. La proposition du gouvernement russe, au sujet de la création

d'un fonds spécial dans ce but, peut être examinée seulement au cas où les autres pays belligérants se joindront aux pourparlers de

paix, avant Texpiration d*im terme fixé.

« Paint 6. — Des quatre puissances alliées^ il n'y a que l'Allemagne qui possède des colo-

nies. La délégation allemande, d'accord avec les propositions russes, y ajoute ce qui suit : le retour des territoires coloniaux occupés par la violence pendant la guerre est une des parties essentielles des exigences allemandes, à laquelle l'Allemagne ne peut, en aucun cas, renoncer. L'exigence russe concernant l'évacuation immédiate de tels territoires, correspond aux intentions allemandes. Ayant en vue la nature des territoires coloniaux de l'Allemagne, le droit des peuples de disposer d'eux^» mêmes, malgré l'acceptation du principe proposé par la délégation russe, est actuellement impossible en fait. La conduite des indigènes des colonies allemandes qui, malgré les énormes difficultés et l'impossibilité de vaincre un ennemi plusieurs fois supérieur et disposant à

. discrétion des transports par mer, sont restés malgré toutejs les difficultés fidèles jusqu'à la «^ mort à leurs amis allemands, prouvant leur dévouement et leur résolution de rester attachés à rAUemagne. C'est là une preuve qui l'emporte, par sa signification et son importance, sur n'importe quelle expression de la volonté populaire.

« Les principes concernant les rapports économiques, liés aux six points mentionnés cidessus, et proposés par la délégation russe, sont entièrement approuvés par les délégations des puissances alliées, qui ont toujours protesté contre toyte atteinte à la liberté économique et voient dans le rétablissement des rapports économiques réguliers, répondant aux intérêts de tous les peuples intéressés, une des conditions principales pour la préparation et l'élaboration des rapports amicaux entre les puissances actuellement en guerre. »

La note est habile. On voit comment les maximalistes pourront exploiter leur succès apparent. On devine la manœuvre de l'Allemagne. Elle veut amener une rupture com^

plète entre la Russie et les Alliés. Elle semble accepter pour une paix générale les principes de la démocratie russe, mais elle s'arrange de façon à ce que ses propositions nous soient inacceptables. Nous réfusons la coupe emprisonnée qu'elle nous tend. Alors, les Empires centraux se rétourneront vers la Russie et lui diront :

« — Vos abominables alliés ne veulent rien entendre. Ils continuent une guerre impitoyable. Dans ces conditions nous sommes obligés de prendre quelques garanties en Orient.

Nous ne pouvons évacuer les territoires occu pés. (La faute en est à vos alliés. »

Et les maximalistes , et, avec eux, une grande partie de la Russie, crieront : « A bas les Alliés ! » Nous n'aurons plus qu'à quitter la Russie et la laisser aux Allemands qui sauront s'en accommoder.

A lire de près le texte de la note, on constate qu'elle contient des exigences inadmissibles, des équivoques nombreuses que les Empires centraux sauront interpréter à leur profit, chaque mot cache un piège; enfin au

point de vue russe, un refus net d'accepter les principes mêmes de la paix voulue par les maximalistes.

L'exigence inadmissible est contenue dans Tartiçle 6. Les Allemands y exigent l'évacuation immédiate de leurs colonies, tandis qu'ils n'-évacueront les pays occupés par eux que lors de la discussion du traité de paix (article premier).

L'équivoque : ils déclarent qu'ils rendront l'indépendance aux pays occupés par eux au cours de la guerre. Mais ils accolent au mot indépendante le qualificatif « politique ». Et l'indépendance économique? On se souvient de quelques phrases menaçantes à l'adresse de la Belgique. Et que veulent dire les mots :

« Sans annexions par la violence. » Ils laissent iplace aux annexions dissimulées, au soidisant désir des peuples de s'unir à l'Allemagne. Rien de plus facile que de faire voter par des assemblées nommées à cet effet, des v<çux que les Emipires centraux s'empresseront de satisfaire.

Le refus net : ils nient le droit des peuples

de disposer d^eux-mèmes. €ette question ne peut être résolue internationalement Chaque Etat la résoudra de concert avec ses peuples, selon les moyens indiqués par sa constitution (art. 3).

Le beau billet qu'ont là TAlsace-Lorraine, la Pologne, la Bohême, la Transylvanie, les populations slaves du Sud de rAutrichel

Mais qui, en Russie, aujourd'hui, examine ce texte à la loupe? La paix, la paix! On ne voit pas plus loin. Et Smolny triomphe, déclarant que la Russie maximaliste a fait trembler sur leurs bases les Emjpires centraux.

Et je pense à la France douloureuse. Comment les simples de chez nous, et les soldats dans les tranchées depuis plus de trois ans, liront-ils ces lignes perfides?^ Auront-ils le moment de faiblesse que guette l'ennemi? La paix à laquelle ils rêvent tous, leur paraîtrat-elle enfin une paix acceptable?

Dure épreuve. Jours tratgiques!

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