ENCORE A PROPOS DE STOCKHOLM
C’est là, et là seulement, qu’il faut chercher les voies démocratiques de la liquidation de la guerre.
On parle d’une « évolution » dans l’opinion des socialpatriotes anglo-français, de leur décision de se rendre à Stockholm, etc. Mais est-ce que cela change quelque chose à l'affaire ? Les social-patriotes russes et austro-allemands n’ont-ils pas décidé eux aussi (même avant les Anglo-Français !) de prendre part à la conférence de Stockholm ? Qui peut affirmer que cette décision qu’ils ont prise a hâté la cessation de la guerre ? |
Le parti de Scheidemann, qui prend part à la conférence de Stockholm, a-t-il cessé d'appuyer Son gouvernement qui mène l'offensive et occupe la Galicie, la Roumanie ?
Les partis de Renaudel et de Henderson, qui parlent de la « lutte pour la paix » et de Stockholm, ne soutiennent-ils pas en même temps leurs gouvernements respectifs qui occupent la Mésopotamie, la Grèce ?
Quelle importance peuvent avoir pour la liquidation de la guerre leurs conversations à Stockholm, en regard de ces faits ?
De bonnes paroles sur la paix, couvrant le soutien décidé de la politique de guerre et d’occupation — qui ignore ces vieux, archivieux procédés dont usent les impérialistes pour duper les masses ?
On dit que les circonstances ont changé aujourd’hui, comparativement au passé, qu’il conviendrait, par conséquent, de changer aussi son attitude à l'égard de Stockholm.
Les circonstances ont changé, en effet, mais non pas en faveur de Stockholm, elles ont changé uniquement à son désavantage.
D'abord il y a ceci de changé que la guerre, d'européenne est devenue mondiale, qu'elle a élargi et approfondi à l’extrême la crise générale.
Par conséquent, les chances de réussite d’une paix impérialiste et de la politique de « pression » sur les gouvernements se sont réduites à l’extrême minimum.
En second lieu, il y a ceci de changé que la Russie s’est engagée dans la voie de l'offensive sur le front, en adaptant aux exigences de la politique d’offensive la vie intérieure du pays, dans le sens d’une compression des li-
bertés. Car il faut bien finir par comprendre que la politique d’offensive est incompatible avec le « maximum de liberté »; que lé tournant dans le développement de notre révolution a commencé déjà en juin. Et les bolchéviks « se sont trouvés emprisonnés 5, tandis que les défensistes, devenus partisans de Ée. tiennent le rôle de geôliers.
C'est pourquoi la situation des partisans de la « lutte
pour la paix » est devenue intenable, car si auparavant
l’on pouvait parler de paix sans crainte d’être convaincu de mensonge, aujourd’hui, après la politique d’offensive
appuyée par les « défensistes », les paroles de paix, dans
la bouche des « défensistes », ont une résonance ironique;
Qu’atteste tout cela ?
C’est que les conversations « entre camarades » sur la paix à Stockholm et les actes sanglants sur les fronts, se sont révélés absolument incompatibles, que leur contradiction est devenue criante, évidente.
C’est ce qui rend inévitable le krach de la conférence de Stockholm.
Ceci étant, notre attitude aussi a quelque peu changé à l'égard de Stockholm.
D'abord nous avons dénoncé l’entreprise de Stockholm. Maintenant il n’est guère besoïn de la dénoncer, puisqu “elle se dénonce elle-même.
Auparavant il fallait la flétrir comme jouant à la paix, comme trompant les masses. Maintenant il n’est guère besoin de la flétrir : on ne frappe pas un vaincu.
IF s’ensuit donc a le chemin de Stockholm n’est pas celui de la paix.
Le chemin de la . passe par- -dessus Stockholm, par la lutte révolutionnaire des ouvriers contre l’impérialisme.
Rabotchi ti Soldat, n° 15, 1917.
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