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que les paysans pauvres veulent et cherchent sans toujours
la soumission aux capitalistes. Ils ont livré les intérêts des masses travailleuses et exploitées en échange de petits portefeuilles ministériels, en échange du bloc avec les menchéviks et les cadets.
L'histoire accélérée par la guerre a fait de si grands pas en avant qu'un nouveau contenu remplit les vieilles formules. L” « interdiction du travail salarié » n’était auparavant qu'une phrase vide au goût de l’intellectuel petitbourgeois. C’est maintenant autre chose dans la vie : des
millions de paysans pauvres déclarent, dans 242 mandats,
qu'ils veulent aller vers l’abolition du travail salarié, maïs ne savent pas comment s’y prendre. Nous savons comment il faut s’y prendre. Nous savons que ce but né peut être atteint que par l'alliance avec les ouvriers, sous la direc-
tion des ouvriers, dans la lutte contre les capitalistes, et non
par une politique d’ « entente » avec les capitalistes. Voïà comment doit maintenant se modifier la princi-
pale ligne de notre propagande et de notre agitation contre
les socialistes-révolutionnaires, l’idée fondamentale des discours que nous tenons aux paysans.
Le Parti socialiste-révolutionnaire vous a trahis, camarades paysans. Il a trahi les chaumières et il s’est rangé du côté des palais, non peut-être des palais du monarque, mais du côté des palais où les cadets, ennemis mortels de la révolution et surtout de la révolution paysanne, siègent au gouvernement avec les Tchernov, les Péchékhonov et les Avksentiev.
Seul le prolétariat révoinionnaiee, =. l’avant-garde qui unifie ce prolétariat — le Parti bolchévik — peut appliquer en réalité le programme des paysans pauvres, exposé dans les 242 mandats. Car le prolétariat révolutionnaire s’achemine effectivement vers l’abolition du travail salarié par la seule voie sûre, celle du renversement du Capital, et
non par l'interdiction de louer un valet de ferme. Le prolé-
tariat révolutionnaire s’achemine effectivement vers la confiscation des terres, du cheptel, des entreprises de l’indus-
trie agricole, vers ce que les paysans veulent et que les so-
cialistes-révolutionnaires ne peuvent leur donner. Voilà comment doit maintenant se modifier l’idée mat-
tresse des discours de louvrier au paysan. Nous pouvons
vous donner, nous, les ouvriers, et nous vous donnerons ce
savoir où et comment le chercher. Ouvriers, nous défendons
- contre les capitalistes nos intérêts et en même temps ceux: de l’immense majorité des paysans, tandis que les socialistes-révolutionnaires, alliés aux capitalistes, trahissent ces intérêts.
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- Rappelons au lecteur ce que disait Engels, dans les derniers moments de sa vie, sur la question paysanne. Il soulignait que les socialistes ne pensaient nullement à expro- prier les petits cultivateurs, et ne leur démontreraïent que : par l’exemple la supériorité de la grande culture socialiste mécanisée.
La guerre pose maintenant pratiquement devant la Russie une question de ce genre. Il y a peu d’outillage. Il faut le confisquer et « ne point partager » les exploitations agricoles hautement développées.
Les paysans ont commencé à le comprendre. La néces-sité les oblige à comprendre. La guerre les y oblige, car on ne peut prendre d'outillage nulle part. L’outillage existant doit être précieusement conservé. Et la grande exploitation signifie une économie de travail dans l’utilisation de loutillage, de même que sur bien d’autres plans.
Les paysans veulent garder leur petite exploitation, s'assurer des normes égalitaires et les renouveler périodi- quement.… Soit..Pas un socialiste raisonnable ne se séparera là-dessus des paysans pauvres. Si les terres sont confisquées, c’est que la domination des banques est sapée à la base; si l'outillage est confisqué, c’est que la domination - du Capital est sapée à la base et c’est aussi que, quand {e prolétariat dominera au centre, quand il prendra le pouvoir, le reste lui sera donné par surcroît, le reste résultera de la “« force de l’exemple » et sera suggéré par la pratique même.
Le passage du pouvoir au prolétariat, voilà l’essentiel. Dès lors, tout ce qu’il y a de fondamental, de radical, de primordial dans les 242 mandats devient réalisable. La vie montrera avec quelles modifications de forme auront lieu les réalisations. C’est très secondaire. Nous ne sommes pas. des doctrinaires. Notre doctrine n’est pas un dogme, mais
‘ un He pour l’action.
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Nous ne soutenons pas que Marx ou les marxistes con-
. haïssent sous tous ses aspects concrets le chemin du socia-
lisme. Sornettes ! Nous connaissons la direction de ce che-
min, nous savons quelles forces sociales y conduisent, mais
ce qu'il est concrètement, pratiquement, l'expérience de
millions d'hommes le montrera quand ils se mettront à l’œuvre.
Faites confiance aux ouvriers, camarades paysans, renoncez à l'alliance avec les capitalistes ! Vous ne pourrez commencer la réalisation du programme énoncé dans les 242 mandats qu’en alliance étroite avec les ouvriers. Unis aux capitalistes, sous la direction des socialistes-révolutionnaires, vous n’obtiendrez jamais aucune action décisive, irrévocable, dans l'esprit de ce programme.
Mais quand, unis aux ouvriers des villes dans üne lutte impitoyable contre le Capital, vous commencerez l’application du programme des 242 mandats, l’univers vous soutiendra et nous soutiendta, et le succès de ce programme — non dans sa forme actuelle, mais dans son fond — sera assuré. Le règne du Capital et l’esclavage salarié prendront fin. Ce sera le début du règne du socialisme, du règne de la paix, du règne des travailleurs.
Rabotchi, n° 6, 11 septembre (29 août) 1917.
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