‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 172 sur 252 · LA CONTRE-RÉVOLUTION MOBILISE SES FORCES · texte numérisé non relu

LA CONTRE-RÉVOLUTION MOBILISE SES FORCES

au front, cette union convoque dans deux jours une

« Deuxième conférence de Moscou » à laquelle sont in-

- vités instamment les représentants de l’« Union des troupes

cosaques ».

Au front, surtout au Sud et à l’Ouest, l’association clandestine des généraux korniloviens organise fébrilement une nouvelle croisade contre la révolution en groupant autour d'elle toutes les forces aptes à de gros « travaux ».…

Et le gouvernement Kérenski qui, avec Kornilov, avait comploté contre la révolution, s’apprête à fuir à Moscou afin d'organiser, — Pétrograd une fois livré aux Allemands, conjointement avec les Riabouchinski et les Bourychkine, conjointement avec les Kalédine et les Alexéev — un nouveau complot, plus redoutable, contre la révolution.

Impossible d’en douter. Contre le front de la révolution, | se forme et se raffermit le front de la contre-révolution, le front des capitalistes et des propriétaires fonciers, du gouvernement de Kérenski et du Préparlement. La contre-révolution prépare un nouveau coup de force Kornilov.

Le premier complot de Kornilov a été mis en échec. Mais la contre-révolution n’a pas été brisée. Elle n’a fait que battre en retraite, s’étant abritée derrière le gouvernement Kérenski et retranchée sur de nouvelles positions.

Le deuxième complot tramé actuellement par Korni- Iov et ses complices doit être étouffé dans l’œuf pour mettre pour longtemps la révolution en sécurité.

La première action de la contre-révolution a été brisée par les forces des ouvriers et des soldats, par les forces des

Soviets à l’arrière et des Comités au front.

Les Soviets et les Comités se doivent de prendre toutes les mesures pour que la deuxième action de la contre-révolution soit écrasée par la puissance de la grande révolution.

I faut que les ouvriers et les soldats, les paysans el les

matelots sachent que la lutte est engagée pour la paix et le

pain, pour la terre et la liberté, contre les capitalistes et les propriétaires fonciers, contre les spéculateurs grands et petits, contre les traîtres et les félons, contre tous ceux qui ne veulent pas en finir une bonne fois pour toutes avec les korniloviens qui s’organisent.

Les korniloviens mobilisent leurs forces, préparez la résistance !

Rabotchi Pout, n° 32, 23 (10) octobre 1917.

LE POUVOIR DES SOVIETS

Aux premiers jours de la révolution, le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets » était une nouveauté. En avril, le « pouvoir des Soviets » est, pour la première fois, opposé à celui du Gouvernement provisoire. Dans la capitale, la majorité est encore pour le Gouvernement provisoire sans Milioukov-Goutchkov. En juin, ce mot d’ordre êst manifestement reconnu par l’immense majorité des ouvriers et des soldats. Dans la capitale, le Gouverrement provisoire est déjà isolé. En juin, autour du mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets » éclate la lutte entre la majorité révo'utionnaire de la capitale et le gouvernement Lvov-Kérenski. Le Comité exécutif central, conciliateur, fort du retard sur la province, passe dans le camp du gouvernement. La lutte se termine à l’avantage du gouvernement. Les partisans du pouvoir des Soviets sont déclarés hors la loi. Arrive la morte-saison, caractérisée par Ï4 répression « socialiste » et les prisons « républicaines », les intrigues bonapartistes et les complots militaires, les exécutions au front et les « conférences » à l’arrière. Tout cela dure jusqu'au mois d'août. Fin août, le tableau change nettement. Le soulèvement de Kornilov provoque la tension de toutes les forces de la révolution. Les Soviets à l’arrière et les COmités au front qui avaient disparu en juillet-août, ressuscitent « brusquement ». Et, une fois ressuscités, ils prennent le pouvoir en Sibérie et au Caucase, en Finlande et dans l’Oural, à Odessa et à Kharkov. Sans cela, sans la prise du pouvoir, la révolution aurait été terrassée. Ainsi donc, le { pouvoir des Soviets », lancé en avril par un « petit groupe » de bolchéviks à Pétrograd, est reconnu, fin août, presque unanimement par les classes révolutionnaires en Russie.

Aujourd’hui, tout le monde voit clairement que le

LE POUVOIR DES SOVIETS

+ pouvoir des Soviets » n’est pas seulement un mot d’ordre populaire, mais aussi le seul moyen efficace dans la lutte pour la victoire de la révolution, l’unique issue de la situation qui s’est créée, …

L'heure a sonné où le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets » doit enfin devenir une réalité.

Mais qu'est-ce que le « pouvoir des Soviets » et en quoi se distingue-t-il de tout autre pouvoir ?

On dit que remettre le pouvoir aux Soviets c’est former un ministère démocratique « homogène », créer un nouveau & cabinet » de ministres « socialistes » et, en général, opérer des « remaniements sérieux » dans la composition du Gouvernement provisoire, Mais ce n’est pas vrai. Il ne s’agit pas du tout de remplacer tels personnages du Gouvernement provisoire par tels autres. L’essentiel est que les nouvelles classes révolutionnaires deviennent les maîtresses de la situation dans le pays. L’essentiel est que le pouvoir passe aux mains du prolétariat et de la paysannerie révolutionnaire. Maïs pour cela, un changement dans la composition du gouvernement, à lui seul, ne suffit nu‘lement. Il faut pour cela procéder tout d’abord à une épuration radicale de tous les services et étabiissements gouvernementaux, en chasser les korniloviens, mettre partout des hommes dévoués issus de la classe ouvrière et de la paysannerie. C’est alors seulement et dans ce cas seulement que l’on pourra parler du passage du pouvoir aux Soviets, au « centre et en province ».

= Comment expliquer l’impuissance, connue de tous, des < ministres socialistes » du Gouvernement provisoire? Comment expliquer pourquoi ces ministres ont été de piètres jouets entre les mains d’hommes se tenant en dehors du Gouvernement provisoire (rappe:ez-vous les « rapports » de Tchernov et de Skobélev, de Zaroudni et de Péchekhonov, à la conférence démocratique) ? Cela s'explique avant tout par le fait qu’au lieu de diriger leurs services, ils S’étaient laissé diriger par eux. Entre autres, par le fait que chacun de ces services constitue une forteresse infestée, encore aujourd'hui, de bureaucrates de la période tsariste, qui transforment les pieux désirs des ministres en « sons creux », qui sont prêts à saboter toute mesure révolutionnaire du pouvoir. Pour que le pouvoir passe aux Soviets non seulement en paroles maïs en fait, il faut prendre ces forteresses,

en chasser les valets du régime tsariste et cadet, et mettre. à leur place dés fonctionnaires ue révocables et dévoués à la cause de Ia révolution.

| Le pouvoir aux Soviets, cela aifle l’é épuration radicale de toutes les institutions gouvernementales, quelles ellés soient, à l'arrière et au front, du haut en bas.

. Le pouvoir aux Soviets, cela signifie l’électivité et l amovibilité des «.chefs » de tout rang, à l’arrière et au front.

Le pouvoir aux Soviets, cela signifie lélectivité et l’ amovibilité des « représentants du pouvoir > à la ville et à la campagne, dans l’armée et dans la marine, dans les « dépar-

tements » et les « institutions », dans les chemins de fer. et les P.T.T.

Le pouvoir aux Soviets, cela signifie. la dictature du prolétariat et de la paysannerie révolutionnaire.

Cette dictature se distingue radicalement de celle de. la bourgeoisie impérialiste, de cette dictature que voulaient dernièrement instaurer Kornilov et Milioukov, avec le con-. cours bienveillant de Kérenski et Térechtchenko.

La dictature du prolétariat et de la paysannerie révolutionnaire, c’est la dictature de la majorité travailleuse sur la minorité exploiteuse, sur lés propriétaires fonciers

et les capitalistes, sur les spéculateurs et les banquiers, aùu nom de la paix démocratique, au nom du contrôle ou- -

vrier sur la production et sur la répartition, au nom de Îa ‘terre pour lespaysans, au nom du pain pour le peuple.

La dictature du prolétariat et de la paysannerie révolutionnaire, c'est la dictature déclarée exercée par les masses, réalisée à la face de tous. sans complots ni Mmanœuvres de coulisse. Car une telle dictature n’à pas à dissimuler qu'il faut être impitoyable pour les capitalistes- -lock- |

outeurs qui aggravent le chômage par des « licenciements » de toute sorte, et pour les banquiers- spéculateurs qui font monter les prix des denrées et provoquent ainsi la famine.

La dictature du prolétariat et de la paysannerie, c'est, la dictature sans violence envers les masses, la dictature par la volonté des masses, la dictature pour réprimer Le volonté des ennemis de ces masses.

Tel'e est la substance de classe du mot d'ordre « Tout le pouvoir aux Soviets ».

LE POUVOIR DES SOVIETS 399 -

Les événements de la politique intérieure et extérieure, la guerre interminable et la soif de paix, les défaites sur le front et la défense de la capita!e, la putréfaction du Gouvernement provisoire et son « départ » pour Moscou, le délabrement et la-famine, le chômage et l'épuisement, tout cela pousse irrésistiblement au pouvoir les classes révolu-. tionnaires de la Russie, Cela signifie : le pays est déjà mûr pour la dictature du prolétariat et de la paysannerie révo- —Jlutionnaire. | |

L'heure a sonné où le mot d’ordre révolutionnaire < Tout le pouvoir aux Soviets » doit être enfin réalisé.

Rabotchi Pout, n° 35, 26 (13) octobre 1917.

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