‹ La Révolution russe de 1917Chapitre 32 sur 252 · K& PPS EU ER (ET TA LLET AT · texte numérisé non relu

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Ne nous faisons pas d'illusions. Ne nous leurrons pas. < Attendre » des congrès ou des conférences internationales, c’est trahir l’Internationale, puisqu'il est démontré qu'on ne laisse parvenir jusqu’à nous, même de Stockholm,

ni les socialistes fidèles à l’internationalisme, ni même leurs

lettres, malgré la possibilité complète et l’existence de Ia censure militaire la plus féroce.

Notre Parti doit non pas « attendre » mais fonder sans délai la III° Internationale. Des centaines de socialistes res-

pireront alors plus librement dans les prisons d'Allemagne

et d'Angleterre; des milliers et des milliers d’ouvriers allemands, dont les grèves et les manifestations font trembler Guillaume II, ce misérable et ce forban, apprendront notre décision par les feuilles clandestines; ils apprendront quelle confiance fraternelle nous avons en Karl Liebknecht, et en lui seul; ils apprendront notre résolution de lutter maintenant encore contre le « défensisme révolutionnaire ». Et layant lu, ils seront fortifiés dans leur internationalisme révolutionnaire.

Qui a beaucoup reçu doit beaucoup donner. Il n’y a pas aujourdhui de pays aussi libre que la Russie. Usons de cette liberté non pour prêcher le soutien de la bourgeoisie ou le « défensisme révolutionnaire », mais pour fonder hardiment, franchement, en prolétaire, à la Liebknecht, Ia ITj° Internationale, ennemie irréductible des traîtres social-chauvins et des hésitants du « centre ».

18. Quant à lunification des social-démocrates de Russie, il ne peut en être question. Point n’est besoin de longs discours pour le démontrer, après ce qui vient d’être dit.

Mieux vaut rester à deux, comme Liebknecht, car c’est rester avec le prolétariat révolutionnaire, qu’admettre, ne serait-ce qu’un instant, l’idée de la fusion avec le parti du comité d'organisation, avec Tchkhéidzé et Tsérétéli, qui tolèrent le bloc avec Potressov dans la Rabotchaia Gazéta, qui votent l'emprunt au Comité exécutif du Soviet des députés ouvriers, qui ont glissé vers la « défense nationale ».

Laissons les morts ensevelir leurs morts!

Quiconque veut aider les hésitants, doit d’abord cesser d’hésiter lui-même.

Quelle doit être l’appellation de notre Parti, pour être scientifiquement exacte et pour contribuer à éclairer la conscience politique du prolétariat ?

19. Je passe à la dernière question, celle de l’appellation de notre Parti. Nous devons nous appeler Parti communiste, selon Marx et Engels.

Nous devons répéter que nous sommes marxistes et prenons pour base le Manifeste communiste, trahi et dénaturé par la social-démocratie sur deux points principaux: 1. les ouvriers n’ont pas de patrie : la « défense nationale » dans la guerre impérialiste est trahison du socialisme; 2. la doctrine marxiste de l'Etat, dénaturée par la II° Internationale.

L’appellation « social-démocratie » est scientifiquement inexacte, comme le démontra plus d’une foix Marx, notamment dans la Critique du programme de Gotha, en 1875, et comme le répéta, avec plus de souci de popularisation, Engels en 1894. Du capitalisme, l’humanité ne peut passer directement qu’au socialisme, c’est-à-dire à la possession en commun des moyens de production et à la répartition des produits proportionnellement au travail de chacun. Notre Parti voit plus loin: le socialisme est destiné à se transformer peu à peu en communisme, sur le drapeau duquel il est écrit : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoiïins. »

Tel est mon premier argument.

Voici le deuxième: la seconde partie de notre appellation (social-démocrates) n’est pas, elle non plus, scientifiquement exacte. La démocratie est une des formes de l'Etat. Or, marxistes, nous sommes les ennemis de tout Etat.

Les chefs de Ia If° Internationale (1889-1914), MM. Plékhanov, Kautsky et leurs semblables, ont avili et dénaturé le marxisme.

Le marxisme se distingue de l’anarchisme en ce qu’il reconnaît la nécessité d’un Etat pour la transition au socialisme, mais non (et c'est en cela qu’il se distingue de Kautsky et C*) d’un Etat du type de la République démocratique bourgeoise parlementaire ordinaire, mais d’un Etat du type de la Commune de Paris de 1871, ou des Soviets des députés ouvriers de 1905 et de 1917!

Mon troisième argument est : la vie, la révolution ont

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déjà réellement créé chez nous, quoique sous une forme encore faiblement prononcée et embryonnaire, ce nouvel € État >» qui n'est plus un Etat au sens propre du terme.

C'est déjà une question pratique que résolvent les masses et non une théorie à l’usage des leaders.

À proprement parler, l'Etat, c’est le commandement exercé sur les masses par des détachements d'hommes armés, distincts du peuple.

Notre nouvel Etat naissant est lui aussi un Etat, car il nous faut des détachements d'hommes armés, car nous avons besoin de l’ordre le plus strict, car nous devons réprimer sans pitié, au moyen de la violence, toutes les tentatives de contre-révolution tsariste aussi bien que bourgeoise à la Goutchkov.

Mais notre nouvel Etat naissant n’est plus un Etat au sens propre du mot, car en bien des endroits de la Russie ces détachements d'hommes armés sont la masse elle-même, tout le peuple, et non pas quelque chose de placé au-dessus de lui, distinct de lui, privilégié, pratiquement inamovible.

Ce n’est pas en arrière qu’il faut regarder, mais en avant, non vers la démocratie ordinaire qui étayait la domination de la bourgeoisie au moyen des vieux organismes d'administration monarchistes: police, armée, fonctionnaires.

I faut regarder en avant, vers la nouvelle démocratie naissante qui cesse déjà d’être une démocratie, car la démocratie, c'est la domination du peuple, et le peuple armé ne saurait exercer la domination sur lui-même.

Le terme de démocratie appliqué au Parti communiste, n’est pas seulement scientifiquement inexact. Maintenant, depuis mars 1917, c’est une œillère mise au peuple révolutionnaire pour l’empécher d’édifier librement, hardiment, par sa propre initiative, du nouveau: les Soviets des députés ouvriers, paysans et autres, comme pouvoir unique dans !’ « Etat », annonciateurs de la « disparition progressive » de toute espèce d'Etat.

Mon quatrième argument est: il faut tenir objectivement compte de la situation du socialisme dans le monde

entier.

Elle n'est plus la même qu’en 1871-1914, à l’époque où Marx et Engels se résignaient sciemment au terme opportuniste et faux de « social-démocratie ». Alors, après la défaite de la Commune de Paris, l’histoire mettait à l’ordre

du jour le lent travail d'organisation et d'éducation. Il n’y en avait point d'autre. Les anarchistes avaient (et ont encore) radicalement tort, tant dans le domaine de la théorie que dans celui de l’économie et de la politique. Ils procédaient, faute de comprendre la situation internationale, d’une appréciation erronée de l’époque: l’ouvrier d’Angleterre était corrompu par les bénéfices de l’impérialisme, la Commune de Paris écrasée, le mouvement national bourgeois à peine victorieux en Allemagne (1871); la Russie demi-féodale dormait son sommeil séculaire.

Marx et Engels apprécièrent exactement l’époque, comprirent la situation internationale, comprirent les tâches d’une lente marche d'approche vers la révolution sociale.

Sachons comprendre, nous aussi, les tâches et les particularités de la nouvelle époque. N’imitons pas les marxistes à la manque dont Marx disait : « J’ai semé des dragons et récolté des puces. »

La nécessité objective du capitalisme, devenu par voie de croissance l’impérialisme, a engendré la guerre impérialiste. La guerre a conduit l’humanité entière au bord du gouffre, à la ruine de la civilisation, à l’abrutissement et à la mort de millions d’hommes, d’innombrables millions.

H n’y a pas d’issue, hors la révolution du prolétariat.

Au moment où commence cette révolution, où elle fait ses premiers pas timides, guère assurés, guère conscients, trop confiants envers la bourgeoisie, la majorité (c’est la vérité, c’est un fait) des chefs « social-démocrates », des parlementaires « social-démocrates », des journaux « socialdémocrates » — et ce sont là précisément les instruments d'action sur les masses — ont abandonné le socialisme, trahi le socialisme, passé du côté de « leurs » bourgeoisies nationales.

Les masses sont troublées, déconcertées, trompées par ces chefs.

Et nous favoriserions cette duperie et nous la facilite- Tions en gardant la vieille appellation périmée, pourrie comme est pourrie la Il° Internationale!

De « nombreux >» ouvriers conçoivent la social-démocraie dans le bon sens, soit. Mais il est temps de distinguer le subjectif de l'objectif.

Subjectivement, ces ouvriers social-démocrates sont des guides très fidèles des masses prolétariennes.

Mais objectivement, dans la situation actuelle du

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