L'ATTITUDE ENVERS LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE 115 D
peut pas vaincre autrement. Au sein du Soviet de Russie, des frottements, la lutte des partis pour le pouvoir sont inévitables. Mais ce sera l’élimination des erreurs possibles et des illusions par lexpérience politique propre des masses et non par des rapports faits par des ministres qui se réfèrent à ce qu'ils disaient hier, qu’ils écriront demain et qu'ils promettront après-demain. C’est ridicule, camarades, du point de vue de l'institution créée par la révolution russe et devant laquelle se pose maintenant la question d’être ou de ne pas être. rs
Les Soviets ne peuvent continuer à exister comme maintenant. Des adultes, des ouvriers et des paysans, se réunissent, adoptent des résolutions, entendent des rapports qui ne peuvent être soumis à aucune vérification palpab'e ! Une institution de ce genre, c’est la transition à une République qui créera — non pas en paroles, mais en fait — un pouvoir ferme, sans police, sans armée permanente, un pouvoir qui ne peut pas encore exister en Europe occidentale, sans lequel la révolution russe ne peut remporter Îa victoire sur les propriétaires fonciers, la victoire sur l’impérialisme.
Sans ce pouvoir, il ne peut être question pour nous de remporter cette victoire, et plus nous approfondissons l'étude du programme que l’on noùs recommande ici et des faits en présence desquels nous nous trouvons, plus la contradiction fondamentale nous apparaît criante. On nous dit, comme le räpporteur et d’autres orateurs, que le premier Gouvernement provisoire était mauvais ! Mais quand les bolchéviks, ces néfastes bolchéviks, disaient naguèëre : « AuCun soutien, aucune confiance à ce gouvernement ! » que d’accusations d’ « anarchisme » ne nous a-t-on pas lancées ! Tout le monde s’accorde maintenant à dire que le gouvernement précédent était mauvais, mais le gouvernement de coalition avec ses ministres quasi-socialistes, en quoi diffère-t-il du précédent ? N’en a-t-on pas assez des parlottes sur les programmes, les projets, n’en a-t-on pas assez ? N'est-il pas temps de passer à l’action ? Voilà qu’un mois s'est déjà écoulé depuis que s’est formé le 6 mai le gouvernement de coalition. Voyez ses actes, voyez la débâcle économique de la Russie et de tous les pays belligérants !
Comment s'explique la désorganisation ? Par la rapacité
des capitalistes. La voilà, l’anarchie véritable ! Et il en est ainsi non d’après notre journal, non d’après quelque journal bolchévik — Dieu nous en préserve ! — mais d’après les aveux publiés par la Rabotchaïia Gazéta ministérielle : les prix industriels des fournitures de charbon ont été augmentés par le « gouvernement révolutionnaire » et le gouvernement de coalition n’a rien changé à cet égard.
On nous demande : peut-on instituer en Russie le socialisme et, de facon générale, peut-on effectuer d’un seul coup des transformations radicales ? Ce sont de vaines dérobades, camarades. La doctrine de Marx et d’Engels, telle qu’ils l’ont toujours enseignée, c’est : « Notre doctrine n’est pas un dogme, mais un guide dans l’action. » Le pur capitalisme se transformant en pur socialisme n'existe nulle part et ne peut pas exister en temps de guerre, mais quelque chose d’intermédiaire, quelque chose de nouveau, quelque chose sans précédent existe parce que des centaines de millions d'hommes succombent, précipités dans une guerre criminelle entre capitalistes. Il ne s’agit pas de promettre des réformes, ce sont des mots creux, il s’agit de faire le pas qui est maintenant nécessaire.
Si vous voulez invoquer la démocratie « révolutionnaire » il faut que vous distinguiez entre cette notion-là et celle de la démocratie réformiste sous un ministère capitaliste, parce qu'il est enfin temps de passer des phrases sur la « démocratie révolutionnaire » et des congratulations mutuelles au sujet de cette « démocratie révolutionnaire », une définition de classe, ce que nous a enseigné le marxisme et, de facon générale, le socialisme scientifique. Ce qu'on nous propose, c’est le passage à une démocratie réformiste sous un ministère capitaliste. C'est peut-être magnifique du point de vue des exemples habituels de l’Europe occidentale. Mais plusieurs pays sont en ce moment au bord de l’abîme et ces mesures pratiques de salut, si compliquées qu’elles seraient d’une application malaisée et qu'il faudrait les élaborer de façon plus spéciale, comme disait l’orateur précédent, le citoyen ministre des Postes et Télégraphes, ces mesures sont bien claires. Il a dit qu'il n'existe en Russie aucun parti politique qui se serait déclaré prêt à assumer la plénitude du pouvoir. Je réponds : « Si ! Aucun parti ne peut s’y refuser et notre Parti ne s'y refuse