‹ La rgion du TemiskamingChapitre 7 sur 7 · LES BATEAUX A VAPEUR · texte numérisé non relu

LES BATEAUX A VAPEUR

Deux bateaux à vapeur de belle dimension font le service du lac dont la navigation actuelle est de 70 milles, sans compter la rivière Blanche, navigable sur un parcours de 30 milles à travers les terrains les plus fertiles qui puissent se voir dans toute la Puissance du Canada. Les bois qu'on y trouve sont le chêne, l'orme, l'érable, le frêne, le merisier, tous de dimensions colossales. C'est à voir.

Avantages spéciaux que le colon trouve dans le canton Duhamel

Outre les avantages généraux énumérés ci-dessus et propres à tout le lac Témiskaming, il y à a ajouter que le canton Duhamel est déjà comparativement avancé en colonisation. Depuis un an sur tout, que le gouvernement de Québec a fait arpenter les terres, les colons s'y portent avec entrain. Le fait est que la terre y est de première qualité, arrosée çà et là par de jolis petits ruisseiaux, et exposée en pente douce au soleil du midi. Les grains y mûrissent à merveille. De presque tous les points on y jouit de la vue du lac, qui apparaît comme une véritable mer. Le poisson abonde sur les côtes et n'offre pas une petite douceur à la «uisinière du colon, en venant rompre la monotonie du lard salé. Les perdrix abondent dans les broussailles et le disputent en grosseur aux poules de nos basses-cours. Mais ce qui rend par-dessus

tout le canton Duhamel cher au colon c'est le voisinage très rapproché de l'église ; ,de sorte qu'il est facile à tous de se rendre à la sainte messe tous les dimanches.

C'est aussi le seul canton qui soit traversé par une route carrossable, qui part du lac Témiskaming et va à Tî milles de là rejoindre le grand lac des Quinze vers le nord. C'est la route des chantiers de M. Allan Grant, un débouché commercial, par conséquent.

A tous ces titres j'y ajouterai un autre qui me semble décisif pour tout colon du diocèse d'Ottawa. C'est qu'en quittant son beau diocèse, pour se rendre au lac Témiskaming il ne cesse pas d'être sous les auspices de Sa Grandeur Mgr J. T. Duhamel, dont il retrouve le nom vénéré, inscrit par la main de la reconnaissance, et enchâssé dans des couronnes de verdure au sein de l'un de nos plus fertiles territoires; comme, pour attester que là où le pasteur n'a pas craint de porter ses pas, les brebis ne doivent pas trembler de venir chercher un pâturage.

Comment il faut se rendre à Témiskaminy

Il faut que le colon soit bien pauvre s'il ne peut se rendre jusqu'à Témiskaming.

L'automne dernier, je fis rencontre sur le train entre Pembroke et Mattawan, d'un jeune couple marié depuis deux mois seulement. Le jeune homme avait 23 ans et la mariée en avait autant. Il s'en allaient l'un l'autre d'un front serein affronter la misère et l'esclavage sur la ligne du Pacifique; le premier devait travailler au chemin et sa jeune campagne faire la cuisine pour les ouvriers. Tout ce plan était combiné pour amasser un peu d'argent afin d'acheter une terre.

Eh ! pourquoi, leur dis-je, acheter des terres quand ici vous n'avez qu'à les prendre et à les travailler tout de suite ? Sur ce je commençai à leur parler des terres de Témiskaming avec cet

accent que donne la persuasion et voilà m^s deux aventuriers

convertis. Arrivés à Mattawan, au lieu de filer vers Nipissing,

nous organisons une caravane pour le lac Témiskaming. Mais c'est toujours là le point difficile. Trente'deux milles de rivière, des rapides enrayants, interminables, voilà le fantôme qui se dresse en face djn pauvre colon et rebute souvent son courage.

Point de vaisseau, point de provisions, point de rameurs!

Que fîmes-nous ? Nous commençâmes par emprunter un bac. Quand le bac fut trouvé et qu'il fut connu dans la ville qu'il devait partir pour Témiskaming, plusieurs jeunes voyageurs, qui eux aussi attendaient une occasion pour monter dans les pays d'en haut, vinrent nous offrir le secours de leurs bras, ou plutôt nous supplier de leur donner un passage, nous assurant qu'ils rameraient et chanteraient bien fort. Il ne manquait plus que quelques livres de biscuit et du gros lard. Cela fut trouvé pour quelques trente so-us dans le magasin de M. Jack Loughrin, qui sert bien son monde! Le lendemain nous étions à cheval sur les rapides, poussant, tirant, ramant et chantant à qui mieux mieux. Pendant que les hommes s'attellent survie câble, la petite femme égraine un chapelet en secret sous son grand chapeau de paille. Je connais un rapide où la pauvrette a eu le temps d'en réciter cinq.

Enfin, le troisième jour, nous étions sur les eaux calmes du lac Témiskaming. Tous des novices sur la rame, c'était miracle.

Pour couper court, je m'en vais tout droit installer mon petit ménage au beau milieu du canton Duhamel à côté d'un lot appartenant aux Pères de la Mission. " Voici votre domaine," leur dis-je, à l'œuvre maintenant. A chaque acre que vous défricherez pour nous vous aurez $9. Quand vous aurez assez pour vivre une semaine vous pousserez votre lot. Ils ont fait ainsi, et ce printemps ils doivent semer 10 acres, dont ils sont les heureux et reconnaissants possesseurs. Voici des gens à jamais sauvés de la misère. Voilà aussi ce que je conseille à chaque colon. Si c'est le Long-Sault qui le rebute, qu'il se rappelle de quelle manière nous l'avons franchi.

Que ceux donc qui désirent devenir colons de Témiskaming se réunissent en caravannes de six ou huit hommes. On trouve à acheter un bac à Mattawan pour trente et quelques piastres

On paie cela entre sept ou huit ; disons chacun quatre ou cinq piastres. Dans ce vaisseau on place quelques barils de fleur et de lard, des haches, etc. Gomme il se trouve toujours quelques voyageurs qui veulent monter, on en prend un pour guide, et vogue ma nacelle. Il ne faut pas avoir peur des rapides, quand au delà il y a de si belles terres.

D'ailleurs, cet état de triste navigation ne durera pas longtemps : Aujourd'hui même nous avons obtenu de Sir Hector Langevin l'assurance appuyée sur une somme de $5,000, que l'on va s'occuper d'ouvrir la rivière Ottawa entre Mattawan et le lac Témiskaming. Une commission d'explorateurs quittera Ottawa le premier juin pour s'assurer de la possibilité d'amener la navigation du lac Témiskaming jusqu'à sept milles seulement de Mattawan, par l'abaissement de la tète du Long Sault et la construction d'une digue au rapide des Erables. Un chemin de fer de sept milles amènerait ensuite le Pacifique au pied même du lac Témiskaming.

D'un autre côté, le gouvernement d'Ontàrio â voté la somme $15,000 pour construire dès cet été un chemin carossable depuis Mattawan jusqu'à la tête du Long Sault. Tout fait donc présager un bel avenir pour le lac Témiskaming. Que nos canadiens s'empressent donc de venir se grouper sur ces fertiles terrains. Il y a de la place pour des milliers.

Telles sont, monseigneur, les quelques notes que j'ai l'honneur de transmettre à Votre Grandeur et à MM. les directeurs du conseil. J'ai peut-être été un peu long ; mais quand on parie de Témiskaming on ne peut s'empêcher d'être long. 11 y a tant à dire sur ce charmant pays qu'on en remplirait des volumes. Je serai toutefois satisfait, si ce petit rapport a l'honneur de mériter votre bienveillance, et pour résultat d'encourager nos canadiens à prendre en masse le chemin du canton Duhamel.

Daignez agréer, Monseigneur, les sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur de me souscrire de Votre Grandeur, le tout dévoué serviteur.

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