PRÉFACE
La Rhétorique d'Aristote est encore aujourd’hui le meilleur traité que nous ayons sur l’art de la parole. Par une destinée singulière, et dont l’histoire de la littérature n'offre pas de second exemple, le livre qui a créé la science oratoire est en même temps celui qui en a donné l’idée la plus profonde et la plus originale. En effet, les rhéteurs et les sophistes, qui avaient précédé Aristote, avaient eu sur la rhétorique des notions superficielles, incomplètes ou fausses, Ils la considéraient comme un recueil de procédés ou de recettes propres à émouvoir les passions, et à préparer des victoires faciles, mais peu durables : ils ne disaient presque rien de la preuve ou confirmation, qui est, sans contredit, ce qu'il y a de plus important; et sans se préoccuper de la justice ni de la morale, ils plaçaient le but de l’éloquence dans le succès de l’orateur plutôt que dans le triomphe du droit.
Aristote, au contraire, établit avee une savante précision l'ordre et l'importance des diverses parties de l'art oratoire. Une définition rigoureuse, pénétrant au fond des choses, sépara nettement la rhétorique de la dialectique: Tout en reconnaissant qu’on peut sbusèr de Ja parole, comme on abuse de ce qu'il y ἃ de meilleur au monde,