DE LA
L’AGRICULTURE
La Roumanie est, sans contredit, le pays le plus riche de l’Orient de l’Europe. Son sol, d’une grande fertilité, son sous-sol contenant des gisements énormes de pétrole, ses mines, ses carrières, ses salines, ses pêcheries, ses belles forêts, en grande partie encore inexploitées, constituent des richesses naturelles incomparables. Le Danube, longeant le côté sud du Royaume dans toute son étendue, forme une artère sans pareille pour l’écoulement de ses produits ; Constantza, sur la Mer Noire, lui ouvre l’accès des grandes voies maritimes. Une population rurale laborieuse, des villes prospères où des fabriques et des usines surgissent chaque année, des institutions financières puissantes qui dénotent l’esprit d’épargne et d entreprise des habitants, sont autant d’éléments de prospérité.
Cette prospérité, d’ailleurs, s’accroit d’année en année et c’est un phénomène intéressant de constater la rapidité avec laquelle les richesses du pays ont doublé et même triplé de valeur dans un intervalle de temps relativement très court.
Il est incontestable qu’à côté de ces richesses on constate aussi de grandes misères, mais somme toute, le tableau dans son ensemble, malgré ses tâches, dénote un état florissant et des perspectives encourageantes pour l’avenir. Dans la description qui va suivre, en faisant ressortir les côtés lumineux, nous ne négligerons par les ombres.
Jusqu’en 1829, lorsque le traité d’Andrinople ouvrit l’accès de la Mer Noire aux navires de commerce et, par là, substitua en grande partie, dans les Principautés de Moldavie et de Valachie, la production des céréales à l’élevage du bétail,
l’organisation économique des pays roumains resta tout à fait rudimentaire.
Les produits principaux qui alimentaient leur commerce étaient le bétail, la laine, la cire, le vin, le sel, les peaux, le poisson salé. Les céréales de Moldavie trouvaient anciennement un débouché aux ports génois de la Mer Noire ; plus tard, après le déclin de la puissance de Gênes, la domination de la Mer Noire tomba aux mains des Turcs Cet évenemeut eut pour résultat que les céréales roumaines commencèrent à être exportées en Turquie; avec raffermissement de l’influence turque dans les principautés, la Turquie, comme puissance suzeraine, acquit le droit de préférence quant à l’achat des céréales, ce qui eut pour conséquence, par l’élimination de toute concurrence, l’avilissement des prix. Il n’est pas étonnant que, dans ces conditions, l’exportation des céréales était insignifiante en Pologne et en Transylvanie1). En dehors de ces achats forcés pour Constantinople, les céréales roumaines ne pouvaient être exportées dans les autres pays européens faute de moyens de transport terrestres (la voie d’eau était complètement fermée à toutes les autres nations, les Turcs exceptés).
C’est donc depuis 1829 que date l’extension de la culture des céréales en Roumanie ainsi que notre contact économique plus fréquent avec les pays de l’Occident. Naturellement nos exportations ont suivi, dans les premiers temps après l’ouverture des ports de la Mer Noire, une marche très lente ; ainsi, en 1832, l’exportation de toutes nos céréales (blé, maïs, orge, avoine, millet) représentait une valeur, en monnaie actuelle, de 2.070.000 lei, tandis que l’exportation du sel représentait 3.250.000 et celle du bétail 2.532.404 2).
On verra, par la suite, le développement pris par cette exportation qui a fait de la Roumanie un des grands factuirs de l’alimentation mondiale.
Les surfaces des cultures ont pris chaque année une plus grande extension; sans remonter à des époques plus éloignées il suffit de comparer les chiffres actuels avec ceux d’il y a une quinzaine d’années pour se rendre compte des progrès qui ont été réalisés.
1) Handel und Wandel in der Moldau,bis zum Ende des lô.Iahrhunderts von dr. I. Nistor, Privatdozent an der Universitàt Wien. — Czernowitz 1912 (page 158).
Voyez aussi: Histoire des Roumains de la Dacie par A. D. Xenopof Vol. II (en français).
2) Finantele Bornâniei de Th. C. Aslan p. 35.
L’AGRICULTURE
La moyenne pour la période de 1900—1904 a été de 5.919.641 hectares, pour la période 1905—1909 de 5.974.747 hectares et pour 1909 — 1913 de 6.028.322 hectares. En 1915 le total des surfaces cultivées a été de 6.082.964 hectares, donc en 15 ans une augmentation de 232.014 hectares.
La culture du blé est la plus importante; elle occupe, en 1914, une surface de 2.111.730 hectares (y compris les nouveaux départements de Durostor et Caliacra) soit plus du tiers de la surface totale. C’est cette culture qui s’est le plus développée:
En 1862—1866 on a „ 1867—1871 „
cultivé en moyenne
697.220 hectares 877.200 1.060.340 1.509.700 1.438.200 1.590.000 1.851.990
„ 1914(v compris les nouveaux terriloires) 2.111.730
La production du blé s’est accrue à chaque période:
En 1900—1904 moyenne . . 23.449.071 hectolitres
La production par hectare a varié entre 1 1 ,8 (en 1909) et 20 (1910) hectolitres à l’hectare; pendant les périodes de très grande sécheresse, comme en 1899, cette production est descendue à 5,5 hectolitres; la moyenne générale est de 12 — 13 hectolitres, ce qui est au dessous de la moyenne des pays de l’Occident.
Le blé roumain est d’une qualité incomparable; celui de Moldavie, surtout, occupe le premier rang parmi les céréales de l’Europe1).
Pour se rendre mieux compte de l’importance de notre production de blé, nous donnerons quelques chiffres compa-
9 Voir en qui concerne les qualités de notre blé l’étude remarquable de Mr. le dr. Al. Zaharia, professeur de chimie agricole à l’Université de Bucarest : Le blé roumain , récolte des années 1900 — 1908. Imprimerie Albert Baer. 1910.
Mr. le dr. Zaharia cite, entre autres, le travail de Mr. Paul Hirtz sur La valeur nutritive des blés , dans lequel on relate les résultats analytiques obtenus avec 44 échantillons de blé de la récolte 1908—1909 et provenant de tous les pays exportateurs. Nous y trouvons que le blé de Moldavie contient 18,94% de substances proteïques tandis que le blé hongrois de la Theiss n’en renferme que 17,09%.
ratifs. Ainsi en ce qui concerne la superficie cultivée, la Roumanie tient, pour les pays d’Europe, le septième rang:
Russie d’Europe France . . .
Italie .
Espagne . . .
Hongrie ....
Allemagne. . .
Roumanie . . .
Hectares
moyenne
En tenant compte de l’étendue de son territoire, la Roumanie tient le premier rang comme surface cultivée.
De même pour ce qui a trait à la production:
Russie . .
France .
Hongrie .
Italie . .
Allemagne Espagne .
Roumanie
Quintaux
moyenne
Mais il n’en est pas de même quand il s’agit du rendement par hectare:
Danemark . . . . . .
Belgique .
Pays-Bas .
Allemagne .
Grande Bretagne . . . • . . . .
Suède . .
Suisse .
Norvège .
Autriche .
Hongrie . .
Roumanie .
Quintaux
moyenne
On voit combien la Roumanie est encore arriérée au point de vue de la science agricole; avec de meilleures méthodes de culture, en organisant son régime des eaux et en employant les engrais chimiques, sa production pourrait facilement augmenter d’au moins 50%.
Notre pays est un de ceux qui emploient le moins d’en-
L’AGRICULTURE
grais artificiels pour son agriculture. Nous avons une seule fabrique d’engrais chimiques, à Marashesti, et notre importation de ces articles est très limitée. Ainsi en 1913 nous avons importé seulement 344-817 kilogrammes de phosphates artificiels et 255.000 kilogrammes de saipêtre de Chili et de sels de potasse. Or, la production de ces articles est arrivée, à des chiffres énormes ; ainsi l’Allemagne produit 536.402.600 de kilogrammes de sels potassiques pour l’agriculture, les autres pays industriels pour près de 500 millions. La production du nitrate de soude (Chili), s’est élevée, en 1913, à près de 2 milliards et demi de kilogrammes et son exportation a atteint 1.847 millions.
La diminution de notre bétail nous privera d’une grande quantité d’engrais naturels; nous serons d’autant plus forcés, à l’avenir, d’avoir recours aux engrais artificiels.
Les céréales et leurs dérivés constituent le principal article de l’exportation roumaine. Sur une exportation totale de 670.705.335 lei, les céréales figurent, en 1913, pour 66,68% du total; en 1912 elles représentaient 75, 77, en 1911 la proportion était de 80,62 %-
Le blé figure en tète des céréales avec les chiffres suivants :
. Exportation totale XT , des céréales
Tonnes Valeur (valeur)
Les quantités exportées sont très variables; elles dépendent des conditions climatériques et sont naturellement influencées par la sécheresse, assez fréquente en Roumanie, conséquence du déboisement de nos forêts. Ainsi pendant la grande sécheresse de 1899 nous n’avons pu exporter que 181.331 tonnes, tandis qu’en 1905 et 1906 nos exportations ont dépassé 1.700.000 tonnes, mais en général la moyenne de l’exportation se maintient à des chiffres très élevés.
Nous devons ajouter à notre exportation de blé la farine de blé, dont la fabrication a pris un grand essor en Roumanie ; dans les dernières années des moulins systématiques ont été installés surtout à Braila et Galatz:
Tonnes Valeur
Nous exportons de la farine de blé surtout en Turquie (16 V3 millions) en Autriche-Hongrie et en Allemagne.
En comparant les chiffres de notre exportation de blé avec ceux des principaux pays producteurs de cette céréale on pourra se rendre compte de l’importance de la production roumaine par rapport au commerce mondial:
Moyenne Moyenne
Quintaux
Russie . 33.204.077 43 489.817
Etats-Unis . 15.562.106 16.772.712
Canada . 6.891.082 21.242.086
Bulgarie . 5U82.242 2 248.296
Inde . 9.671.694 12.779.550
Roumanie . 7.634.135 13.531.236
Il faut observer que le blé n’est consommé en Roumanie que par une minorité de la population ; sur 8.000.000 d’habitants on peut affirmer avec certitude que près des trois quarts se nourrissent rarement avec du pain; leur nourriture habituelle est constituée par le maïs. Aussi la Roumanie est le pays qui peut, comparativement à sa production, exporter le plus de blé.
Le tableau suivant nous indiquera le rapport qui existe entre la production et l'exportation pour nos deux catégories de céréales les plus importantes1).
Désignation