ACTE I, SCÈNE VIT
IIORTENS E.
Ah ! je te dirai tout.
LISE
Eh , oui , cela soulage,
H ORTEN s E.
Que je le hais !
LISE
Tenez , il faut eu conveuii- , Autant que vous je sens que je vais le haïr 5 Mais vous me promettez entière conficlence.
nORTENSE.
Trop long- temps avec toi j'ai gardé le silence; De mon secret déjà tu connais la moitié, Et je dois cet aveu, Lise, ii ton amitié. On t'a dit qu'autrefois, trahi par la fortune. Fuyant d'un monde ingrat la présence importune. Mon père, malheureux, lui-même s'exila; Ma mère le suivit, et l'on me confia, Sous le nom de Sophie, aux soins d'une parente Qui, de tous mes penchants facile confidente, Partagea mes plaisirs , mes goûts et mes tra\ nux. Ignorant et mon sort, et mon père, et ses maux, Seize ans je fus heureuse au village avec elle. Saint-Phar y pénétra : son adresse cruelle Ne réussit que trop à le faire accueillir; Et l'ingrat , qui si bien m'apprit h le chérir. M'oublia, sans m'apprendrc a l'imiter.
LISE
Le traître!
Eh bien î l'on peut encor lui pardonner peut- être, IMais qu'il cherche du moins a se justifier.
H ORTEMSE.
Non. Si depuis trois ans je n'ai pn l'oublier, C'est le ressentiment de tant de perfidie, Lise, et non pas l'amour qui trouble cncor ma vie. D'ailleui^, quand je voudrais le trouver innocent, Peut-il, hélas! veut-il le paraître à présent?
LISE
Je répondrais de lui; mais je crains qu'il ne cède A l'exemple, aux conseils de ce fat qui l'obsède : C'est un jeune éventé, léger, présomptueux. Plus hardi que méchant, plus fou que dangereux, Au demeurant d'assez mauvaise compagnie.
Qui jamais n'aborda fille ou femme jolie, Brune ou blonde, a la ville, au village , à la cour. Sans commencer d'abord par lui parler d'amour. Sans feindre des transports, et sans se mettre en tête Qu'un fade compliment en a fait sa conquête ; Du reste, ses travers, sa folle vanité Amusent par l'excès de leur naïveté.