‹ La robe de chambre, ou, Les moeurs de ce temps làChapitre 6 sur 16 · LE DUC, LA MARQUISE · texte numérisé non relu

LE DUC, LA MARQUISE

LE DUC, à part.

Pardieu! profitons de l'occasion pour m'arranger avec la marquise : elle sait vivre, elle entendra raison.

tk MAnytiSE, d part.

Voyons s'il en veut rtellemenl à la provinciale.

Qu'avez-vous donc, ma chère Marquise?

Li MABQCISE.

Moi !.. je n'ai rien.

LE DUC

Oh! pardonnez-moi! un nuage s'est étendu sur vos Jolis traits; vous avez quelque chose dans l'esprit; voulez-vous que je vous dise ce que c'est ?

LA. MARQUISE

Soyez assez bon pour me l'apprendre.

LE DUC

Ah ! vous savez bien que je ne vous ai jamais rien appris.

LA MARQUISE

Pas même que vous êtes un impertinent?

LE DUC

Là !. . vous voyez bien que je ne me trompe pas. . . vous m'en voulez ?

LA MARQUISE

Moi !.. et pourquoi ?

LE DUC

Oh! pourquoi?. . Comme vous le savez, et moi aussi, je ne vois pas à quoi il serait nécessaire de le dire, surtout ici !.. Vous clés péuélrante , chère amie.

LA MARQu'lSE.

"Vous croyez?

Oui, vous devinez sans peine une situatîbh,'ér'vbûs 'entendez trop bien la vie pour ne pas vous accommoder aux circonstances.

LA MARQUISE

En vérité ?

LE DUC

Sans doule !. . Eh bien, écoutez-moi!., il faut nous âjuiller. . .

LA MARQUISE

Qii"est-ce ;'i dire ?

LE DHC.

Je sais bien qu'alors vous resterez seule.. . avec le petit de Bréville!. . : ' . .

LA MARQUISE, OUtrcc.

Comment! ' '

■i'^r^ni.vM. . ht. nvc, souriant.

Ah en, croyez-vous doncq'i(î je l'ignur^iis ?

LA Mi.XQCISS.

Mais. . . c'eât une infatué calomnie.

LE DUC

Il est bien jeune, c'est vrai, et cela pourrait prêter i dei pûiisanteries!.. Mais , si vous craignez qu'on ne vous accuse de vous réformer, il y a une chose toute siunple... Tenez, ci oyezmoi, ne nous boudons pas!.. Kous ne nous aimons plus, hein?

LA MARQUISE

Pour ma part, si c'est d'aujourd'hui que vous vous en apercevez?. .

lE DVC.

Allons... vous êtes piquée!. . Pourquoi cela?. . Est-ce qu'il s'agit, entre gens comme nous, de pareilles fadaises?. . Mon Dieu, soyez tranquille! je dirai par tout Versailles que c'est vous qui m'avez quitté la première. .. Oh, je sais ce que je vous dois!. .

LA MARQUISE

Vraiment, je vous admire !

LE Dt'C.

Vous êtes bien bonne!.. Pareille chose m'e.'t arrivée plus d'une fois en vous regardant.

LA MARQCISE.

Voilà une galanterie qui vient à propos.

LE DUC

Voyons, ma chère amie, mêlions de côté tout dépit, toute colère!. . Si vo'is avez de la pénétration dans l'esprit, je n'en manque pas, moi; pensez-vous donc que je n'ai rien vu?

LA MARQUIse.

Je suis curieuse de savoir ce que vous avez vu. LE DUC, lui prenant la main.

Coquette que vous êtes!. . Niez donc que vous ess-'^ye? sur le cou>te . . oui, oui... sur le comte d'Herbigny, le pouvoir de vos charmes.

LA MARQUISE

Monsieur le Duc!. .

Je veux dire que vous n'essayez rien, sûre de tout ce que vous entreprenez!. . Eh bien, il n'y a pas de mal si cela; vous Clés libre!. . le comte... le comte peut le devenir d'un moment à l'autre, si... si... quelqu'un se charge de sa femme.

LA MARQUISE

Ah! . nous y voilà!., quelque âme charitable, n'csi-il pas vrai?

LE nue , souriant.

Il s'en prése tera, gardez-vous d'en douter !

rS

LA MinQlISE,

Est-ce que j'ai jamais douté de quelque chose auprès de vous ?

LE DTC.

C'est bien aimablt;, ou bien méchant, ce que vous dites là!..

Mais revenons à d'IIerbigny.

Lk MA.nQrisE.

Oui !.. et à sa femme?

LE MJL.

D'Herbigny est très-bien : liohe, noble, joH homme, de l'espril... il vous aime, vous le savez de reste!..

LA MARQUISE

Il m'aime ?..

LE crc.

Tout-à-l'heure il ne me parlait que de cela; je suis son confident!.. Des habitudes provincialesle retiennent encore et l'empêrhent de s'avancer'.. Voulez-vous donc le rendre malheureux? Je ne croirais pas cela de vous; ce serait mal ! — et ce n'est pas dans vos habitudes.

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