‹ La romance de l'hommeChapitre 19 sur 51 · SOLEIL COUCHANT · texte numérisé non relu

SOLEIL COUCHANT

Voici le vieux soleil qui meurt, comme un cyclone De feu, comme un soupir de trompe grave et jaune. Au ras de la foret et du remblai du train Qui file, et dont la fuite en trombe nous étreint Le cœur et nous remplit Tàme de ces fumées, Il traîne des relents de terres parfumées... Le soleil triste part comme un pas qui décroît. L'ortie et le tilleul respirent dans l'air froid. J'entends monter du fond d'un bastringue la plainte D'un orgue avec sa voix de misère et d'absinthe... Du gris tombe, des gens nasillent sur le pas Des portes, quelqu'un rit que l'on n'aperçoit pas. Et, derrière la paix rouge des devantures, Des ombres vont, portant vers des salles obscures Des lampes dont la flamme a l'air d'être un œillet... 11 fait tiède et le soir frissonne de volets

Etranges et de bruits d'ailes et de nuances

Où la Mort au Souci de vivre se fiance...

Au loin, la sentinelle arpente le talus...

Et moi, je songe aux temps qui ne reviendront plus.

Je regarde à travers les feuillages atones

Le dernier rayon vert de ce couchant d'automne...

Et c'est ainsi qu'il faut s'en aller!... Oh! l'Ennui

Qui vous happe et vous pousse en avant, dans la nuit!

A Edmond Rostand.

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