‹ La rose chez les différents peuples, anciens et modernes; description, culture et propriété des rosesChapitre 42 sur 79 · GREFFE · texte numérisé non relu

GREFFE

La greffe est une opération par laquelle on unit une partie d’un rosier à un autre rosier, pour l'y faire croitre comme sur son pied natu-

rel, en formant, par cette réunion, un tout de la tige et des racines d’une espèce avec la tête d’une autre espèce. Ce moyen de multiplication est le plus répandu aujourd’hui..

La greffe en écusson est celle qu’on emploie communément pour les Rosiers. Elle se faiten deux saisons : au printemps, lors de l’ascension de la sève, c’est l’écusson à œil poussant, et en été, lorsque la premiéresève est arrêtée, c’est l’écusson à œil dormant, qui ne doit se développer qu’au printemps suivant.

Pour la premiére de ces greffes on emploie des branches de l’année

récédente, et pour la seconde des

ranches de l’année même. On enlève à ces branches une portion de chaque feuille , de maniére qu’il n’en reste qu'un cinquième environ aprés les pétioles, et cette préparation achevée, on procéde comme il suit pour obtenir les écus-

sons. La branche se prend de la main gauche; elle se tient avec le pouce et l'index, etles doigts majeur et annulaire servent de point d'appui pendant l'opération. L'œxl de l’écusson doit être bien aoûté et bien nourri; On place le tranchant du greffoir quatre ou six lignes au-dessus de cet œil, suivant la grosseur de la branche ; on l’enfonce obliquement en descendant jusqu’à ce qu’on ait entamé laubier, et l'on continue à le faire descendre verticalement jusqu'à ce que l'œil soit dépassé de quelques lignes; alors on allonge ercore tantsoit peu l’écusson, mais en obliquant légérement le tranchant du greffoir du côté de l'écorce, afin de la détacher. Si par cas on avait enlevé une trop grande portion d’aubier , on en retrancherait à l’aide de l'instrument , mais en observant de ne pas offenser l'œil et le germe qu'il contient. Cet écusson se tient à la bouche, en plaçant entre

les lèvres l'extrémité du pétiole, pendant qu’on dispose le sujet, On fait à celui-ci, dans la partie où l'écorce est bien unie et sans nœuds, une incision horizontale jusqu’à l'aubier , un peu plus large que la greffe, et au milieu de cctte incision , on en fait une seconde verticale de la longueur de l’écusson qu’on a choisi. Quand on écussonne au printemps, la réunion de ces deux incisions doit présenter la forme d’un y renversé, parce que l'incision verticale se fait au-dessus de l'horizontale, et après la sève au contraire, la forme est celle d’un T droit, parce que l’incision verticale a lieu au dessous de l’autre.

Avec l’ivoire du greffoir on souléve légèrement les côtés de l'écorce dans l’endroit où les incisions ont été pratiquées, de manière à pouvoir introduire lécusson dont on laisse seulement à peu prés une ligne en dehors; alors on applique

le tranchant de l'instrument dans une direction semblable à lincision horizontale, et l’on coupe la portion de l’écusson qui n’est pas insérée sous l’écorce , et qui entre dans l'incision horizontale, on rapproche ensuite la greffe de cette incision, pour que son écorce touche celle du sujet dans cette partie, et l’on appuie sur l’écusson avec le plat de l'ivoire, pour l’appliquer plus immédiatement sur l’aubier. On termine l'opération en entourant tout l’écusson, à l'exception de Pœil, avec une ligature de laine non terdue. On emploie encore des lanières de plomb, peintes en blanc , et dont l'épaisseur est relative à celle des branches. Alors on entoure, avec le milieu de la laniére, la fente de l’écusson au-dessous de l'œil, et on réunit les deux extrémités de l’autre côté, en donnant une légère torsion, On met aussi une autre lanière au-dessus de l'œil. À mesure

ue la branche grossit, la torsion

iminue, et il arive souvent que la lanière tombe au moment où elle cesse d’être utile. Quand on écussonne à œil poussant, on coupe de suite la tête du sujet.

On doit visiter fréquemment les greffes pour réparer le dérangcment qui pourrait avoir lieu dans la ligature , et l’on est assuré du succès de l’opération quand le pétiole se détache naturellement et promptement. On a l'attention de relacher la ligature à mesure que le sujet grossit, et lorsqu'il est bien repris on len débarrasse aussitôt, soit aprés la pousse pour les écussons du printemps, soit à l'entrée du printemps pour ceux à œil dormant.

S'il se développe plusieurs bourgeons, on n’en laisse aucun aux sujets nains, et un ou deux seulement à ceux à tige, afin d'attirer la sève des racines, jusqu’à ce que la greffe ait poussé un scion garni de trois ou

quatre feuilles, alors on détruit entiérement les bourgeons.

Quoique destinés à ne se développer que le printemps suivant, on peut forcer les écussons à œil dormant à pousser de suite, en cou-

ant la tête du sujet au dessus de ’écusson aprés avoir greffé, au lieu d'attendre la fin de l'hiver comme on fait ordinairement ; mais cette pousse trop hâtée peut courir des dangers pendant les grands froids.

On peut garder plusieurs jours les branches qu’on a coupées et préparées pour former des greffes, en ayant le soin de les envelopper dans P usieurs linges mouillés; mais pour es conserver plus long-temps, ou les faire voyager, il faut lesenduire de miel ou les placer dans un vase qui en soit rempli. Il sufit, lorsqu’on veut en faire usage, de les plonger dans l’eau tiède pour enlever le miel.

On emploie aussi pour les Rosiers, mais bien rarement, la greffe en fente qui se fait à la premiére sève du printemps. Elle se pratique de la maniére suivante : on coupe sur les espèces qu’on veut multiplier, de petits rameaux destinés à porter des fleurs dans l’année; on les taille très-nets en biseau, par leur base, à commencer d’un æ1l et de maniére que l'écorce, laissée seulement du côté de cet œil, puisse se bien ajuster avec celle du sujet que l’on a coupé préalablement et horizontalement, à la hauteur convenable; on fend ensuite perpendiculairement celui-ci par le milieu et suflisamment pour y introduire la greffe qui s'enfonce jusqu’à lindroit où commence le biseau; on recouvre ensuite le haut du sujet, ses fentes et le bas de la greffe, d’une sorte de mastic composé de deux tiers de colophane , et d’un tiers de cire jaune, fondues et mélées ensemble. Ce mas-

tic doit être assez chaud pour bien tenir, mais pas assez pour dessécher les parties qu’il doit garantir du contact de l'air.

Beaucoup d'amateurs se plaisent à greffer différentes espèces sur le méme sujet, mais rarement ils jouissent long-temps de l’agrément qu'ils se sont procuré, et l’espéce la plus vigoureuse attirant à elle toute la sève fait bientôt périr les autres.

Pline indique pour moyen, quand on vent se procurer des Roses précoces, de creuser la terre au pied du Rosier et l’arroser avec de l’eau chaude.

Pour avoir des roses pendant l’hiver, il faut retrancher au printemps tous les bourgeons qui commencent à pousser, ou transplanter les Rosiers à la même époque pour rendre leur végétation plus tardive. On place encore de jeunes pieds dans la serre et sur couche; et les espèces qu’on choisit de pré-

férence sont le Rosier des quatre saisons et le pompon. Lorsqu'ils sont fleuris, on en décore les appartements.

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