LA EOSE ET LE ROSSIGNOL
Le rossignol songe comment il pourrait faire de la rose son amie ; mais la rose ne pense cju à faire souffrir le rossignol 1 .
Cette fiction offrait aux poètes persans un moyen trop commode d’exprimer leurs sentiments cachés, pour qu’ils ne lui aient pas eu toujours recours ; on la rencontre aussi à chaque instant dans leurs vers ; parmi ceux qui s’en sont servis après Hafiz je n’en citerai qu’un, Kiatibi, qui a rivalisé de grâce, mais encore plus d’afféterie avec son prédécesseur ; il appartient à la période de décadence de la littérature persane2. Dans son Poème des roses , il nous montre Bulbul — c’est-à-dire lui-même — , chantant, retenu par l’amour, sur un cyprès. »
0 toi, s’écrie-t-il 3, dont la bouche est un vrai bouton de roses, tant que tu demeures ici, je n’ai point d'ailes (pour m’envoler), blessé que je suis par l’enivrement de ton regard.
C’est là d’ailleurs le seul passage où l’on trouve quelque vérité de sentiment ; le reste du poème est un simple jeu de l’imagination, et le monde des Heurs et des animaux n’y est qu’une machinerie dont le poète se sert pour éblouir le lecteur.