OBSERVATION IV
Cette observation concerne une enfant de 2 mois quia eu‘une rougeole compliquée maligne, mortelle après quelques jours d'évolution. -
C... Eliane née le 2 septembre 1924, à la clinique Baudelocque, d’une mère âgée de 23 ans née et élevée à la campagne où elle demeure jusqu’à l'âge de 18 ans. La mère vient ensuite à Paris, où trois ans plus tard, se manifesteront chez elle les premiers symptômes d’une tuberculose pulmonaire évolutive avec hémoptysie initiale en mai 1922. Soignée d’abord au dispensaire franco-américain, puis à l'Hôpital Andral, l’évolution s'arrête momentanément au mois d'août de la même année. En décembre 1923 début de grossesse ; nouvel épisode évolutif en février 1924: retour
au dispensaire franco-américain qui l'envoie à Angicourt
-pour cure sanatoriale. Court séjour à l'Hôpital Laënnec au
mois d'août 1924." Finalement admission à la clinique Baudelocque en vue de l’accouchement : accouchement normal 3 septembre. La mère nie toute atteinte de rougeole et même tout contact avec des morbilleux.
A. la naissance, l'enfant pèse 4.070 grammes pour un placenta de 870 grammes."Cette discordance entre le poids de l'enfant et le poids de l'arrière-faix fait suspecter une syphilis héréditaire Oninstitue un traitement par le sulfarsénol : ce traitement n’est pas poursuivi, l'enfant ne présentant aucun stigmate d’hérédo-spécificité. En effet, l'examen de
l'enfant fait dans le service d'accouchement mentionné :
« Enfant bien constituée ; pas de craniotabès, foie et rate
normaux ; rien à la peau ni aux muqueuses. »
En raison de la tuberculose maternelle, l'enfant est séparée de sa mère dès la naissance ; une cuti-réaction à la tuberculine est néanmoins pratiquée le 8 septembre: elle est
d’ailleurs négative.
Le 14 septembre, la mère et l'enfant entrent à la crèche de l'Hôpital Laënnec. L'enfant pèse alors 3.685 grammes, présente des selles fréquentes muco-glaireuses. On la nourrit au lait sec ; les selles ne tardent pas à s'améliorer.
L'état de santé de l'enfant est parfait jusqu'au 1°" octobre.
Le 1° octobre, l'enfant reçoit une injection sous-cutanée de 3 centimètres cubes de sérum de convalescent de rougeole. Un premier cas de rougeole est en effet constaté à la crèche le 16 septembre ; puis un autre cas le 30 septembre ; c’est alors qu'on a recours à la séroprophylaxie antirougeoleuse pour tous les enfants de la crèche, sans‘exception.
Ce même jour, fièvre à 3824. Puis la température baisse, revient à la normale le 3 octobre.
Le 5 octobre, fièvre à 39°9, le 6 octobre au matin on note 40°4 (Cette fièvre doit être mise sur le compte du sérum). ,
Du 1°* au 6 octobre, l'enfant manifeste une inappétencé à peu près complète ; elle se déshydrate. On lui administre alors du sérum salé sous la peau.
Les 6et7 octobre, selles diarrhéiques, verdâtres, qui s’améliorent par suite d'une diète hydrique de vingt-quatre
heures.
Du 6 au 16 octobre, le courbe thermique s'inscrit suivant un type non défini.
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i + 69 Re * Du 16 au 27 octobre, l’apyrexie est franche; l’état général s'améliore, le poids augmente sensiblement.
A noter que le 16 octobre deux nouveaux cas de rougeole {ont leur apparition à la crèche.
Le 18 octobre, l'enfant présente un érythème fessier banal
et quelques rougeurs dans Le dos et sur le visage.
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Os. IV.— C... Eliane, 2 mois.
Sérum de convalescent le 30 sept. Rougeole maligne compliquée. Mort (La mère n'avait pas eu la rougeole).
- Le 20 octobre, disparition des rocgeurs de la face; ces rougeurs persistent au niveau des autres territoires primitivementintéressés.
Le 27 octobre, le professeur Léon Bernard examine l'eufant en vue de son placement : « Enfant bien développée, jontanelle ouverte, une certaine pâleur. Pas d'altérations osseuses, pas de ganglions ; auscultation normale.
J. Mariani x 5
« L'enfant est admise, en principe, ses troubles digestifs étant à l'heure actuelle diminués ; mais en raison des dernières rougeoles de la crèche, l'enfant ne partira pas avant le 4 novembre. » Le même jour, température à 37°8 le soir.
Le 28 octobre, fièvre à 38°r, le matin.
Le 29 octobre, et les jours suivants, la fièvre s'installe pour ne plus disparaître. Cette fièvre et une rhino-pharyngite avec coryza, d’une part, la notion d'un contact, d'autre part, attirent l'attention vers une rougeole probable ; mais pas de signes de Koplik. L'enfant présente en ouire des
alternatives de rougeur et de pâleur sur le visage.
Le 31 octobre, le coryza est plus intense ; les taches. de Koplik échappent à l'examen; il existe une éruption érythémateuse du visage ; le transfert de l'enfant au Pavillon de la rougeole de l'Hôpital des Enfants-Malades, est décidé.
À son entrée dans le service spécial le 3x octobre, l'enfant frappe par l'intensité de l’éruption qui siège au visage. Très confluent à la face et sur le tronc où il ne laisse subsister que quelques rares intérvalles de peau saine, l’exanthème est plus clairsemé au niveau des membres. La muqueuse bucco-pharyngée est envahie par un exanthème également très intense. Les taches de Koplih, recherchées avec soin, sontnettement visibles sur la face interne des joues, à droite et à gauche. Pas de catarrhe oculaire ; par contre le catarrhe de la pituitaire donne naissance à un écoulement séreux à orifice des narines.
Les symptômes généraux sont particulièrement graves :
L'enfant est très abattue, comme sidérée : la fièvre est à fo*5. La langue est sèche, rôtie. La dyspnée est vive.
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L'auscultation révèle l'existence d’un double loyer de râles à la base et à la partie moyenne du poumon droit ; une respiralion soufflante dans l’espace inter-scapule vertébral du côté gauche. .
L'enfant reçoit d’abord 20 centimètres cubes de sérum antipneumococcique, on le traite en outre par l'huile camphrée, les. enveloppements alcoolisés, les bains sinapisés, sans grands résultats d’ailleurs.
. Le r°r novembre, fièvre à 41°8. le soir ; elle baisse un peu le lendemain.
Dans la nuit du 2 au 3 novembre, la mort survient.
A l'autopsie, on constate l'existence de deux foyers étendus de broncho-pneumonie, un à chaque base, avec suppu-
ration bronchique abondante.