TABLEAU LXIII
Délits auxquels les Juifs on été le plus sujets en Bucovine de 1882 à 1885.
Condamnations pour
c ao
acd
p^-tf
Ph-O
Vol
Escroquerie
(Betrug)
■lô
Banqueroute
frauduleuse
Contraventions
aux règlements
de police vété-
rinaires
\) L'auteur de ce travail a vu de ses yeux ces écriteaux à Sadagora et à Cârapulung.
Comme preuve de leur avidité, je citerai le fait suivant qui m'a été rapporté pas plusieurs prêtres âgés et dont l'exactitude n'est point mise en doute en Bucovine.
'^"'juifl''^' Au commencement et vers le milieu du siècle
passé, un certain nombre d'égiises était la propriété de la famille possédant la terre sur laquelle elles étaient situées et il arrivait qu'il n'y eût pas d'autre église dans le village situé sur ce domaine ou bien que l'église du village eût brûlé ou bien se trouvât en réparation. Quand la terre était affermée à un Juii, celui ci prétendait (quand il n'y avait pas de clause formelle contraire dans la contrat de ferme) que l'église lui était affermée aussi et ne permettait pas que le service divin y fût célébré s'il ne recevait, au préalable, un prix de location pour cette occasion.
En Moldavie le fermier juif eut certainement été malmené, en Bucovine le peuple avait de l'autorité une peur trop salutaire pour se porter à ces excès, iaufioumajif^ A causc du nombro énorme des cabarets tenus,
ânne^i'XooL tous, par des Juifs, l'alcoolisme fait en Bucovine des ravages effrayants. Mais depuis quelque temps, grâce aux efforts intelligents de l'excellent clergé orthodoxe de cette province, il y a un mouvement très prononcé contre l'alcool. Ce mouvement est surtout considérable parmi les Roumains des districts ^e Radautz, Suczawa, Gura-Humora et Câmpulung (Kimpolung).
Les paysans s'engagent formellement, devant le prêtre, à ne'plus boire d'eau-de-vie et ils n'en boivent plus, bans certains endroits il font enterrer solennellement l'eau-de-vie, par le prêtre. A Dorna-Watra l'alcool possède même un très-joli tombeau que tous les visiteurs des bains de cette localité ont pu voir.
Il est naturel qu'en pareille occasion le Juif cabaretier ne soit pas content: car, pour lui, c'est la ruine, aussi font-ils leur possible pour pousser les paysans à violer leur engagement solennel. C'est-là une lutte souvent très-vive entre le prêtre et le Juif. Je dois dire que, jusqu'à présent, c'est le prêtre qui a l'air d'avoir le dessus.
î;^«%mHt'eé''';i;. »i la puissance des Juifs est grande en Bucovine,
s'ils sont bien prêts d'avoir tout en mains dans cette
la Giilicii' iirientule.
province, ils le sont encore bien plus dans la Galieio Onentale: on peut dire que là tout leur appartient. L'état de choses qui rèi^ne dans la région de Stanislau et de Kolomea est réellement incroyable.
Les Juifs ont non seulement accaparé presque toute la propriété urbaine et une bonne partie de la grande propriété rurale, mais ils ont même exproprié un grand nombre de paysans. Grâce, tant à leurs procédés usuraires qu'à Tabsence des mesures protectrices de li loi rurale roumaine, ils possèdent dans beaucoup do villages les i-)arcelles d'un grand nombre de paysans.
Ces malheureux sont réduits à-présent à preiidriî en ferme des Juifs les terrains leur ayant autrefois appartenu. Les Juifs n'étant pas agriculteurs, les leur afferment volontiers pour un prix exorbitant que le p:)ysan arrive rarement à payer. Pour rentrer dans ses fonds, le Juif ajoute à ce reliquat le compte de cabaret du paysan et achète le travail de celui-ci à bas prix pour toute la saison agricole s u i V a n t e. U n e fois le c; o n t r a t fait, ce travail est revendu par le Juif, à un bénéfice énorme, à un fermier ou à un propriétaire de Moldavie.
Le paysan vend son travail au Juif à raison de 12 florins (environ 25 francs) par mois, plus la nourriture pour l'homme, et 6 florins (environ 12 francs 50 centimes) plus la nourriture pour la femme, le garçon de moins de 15 ans ou la fille. Le Juif revend ce tra vail en Moldavie pour un prix variant entre 45 et()l) francs par mois pour les hommes suivant la demande, plus la nourriture et les frais de transport, aller et retour.
Ce sont ces malheureux paysans ruthènes qu'il aurait fallu montrer à Bernard Laznre et au Dr. Ganz: maigres, hâves, abrutis par la misère et l'alcoolisme, de véritables liélotes au vingtième siècle.
Il faut entendre ce qu'ils racontent sur les spéculations et les tromperies des Juifs. Et il y en a plusieurs milliers qui, chaque année, viennent travailler dans les flistricts de Dorohoî, Botosanî, Suczawa. L'n nombre bien plus considérable voit son travail vendu en Galicie et dans le Nord de la Hongrie. Dans les villages, il ne reste guère que le nombre de travailleurs strictement nécessaire pour la culture des champs, très-improductifs d'ailleurs.
Enseignemeni- Si j"ai fait SUC Igs Juifs Gii Bucovïne cette longue
'^'"sumtim.'' digression paraissant sortir quelque peu du cadre de ''pV^o^Mnr mon travail, c'est que la Bucovine présente le spectacle atténué et en miniature de ce que serait la Roumanie si elle n'avait pas pris les salutaires mesures dont se plaignent les Juifs.
Il résulte, en effet, du tableau que tant que les Juifs n'ont pas obtenu l'égalité civile et politique, c'està-dire avant 1860 leur proportion à la population a été bien moindre qu'en Moldavie, malgré que tous les obstacles à leur entrée dans la province eussent été levés depuis 1848.
C'est une preuve que le terrain en Bucovine leur était moins favorable qu'en Moldavie.
Du moment où il obtiennent l'égalité civile et politique, leur nombre s'accroît rapidement et leur proportion à la population totale devient bientôt supérieure à celle dans laquelle ils se trouvent en Moldavie.
Nous sommes donc fondés de conclure que si la Roumanie avait fait la faute d'accorder aux Juif s l'éga lité p o li ti qu e, elle présenterait en tout le même spectacle que présente la Bucovine: celui de l'omnipotence des Juif s.
Il est même probable que la situation serait encore pire et les Juifs plus puissants par ce qu'ils seraient plus nombreux. Car la Roumanie leur offrait infiniment plus d'attraits, plus d'avantages, plus d'occasions et de facilités de gain que la Bucovine.
La Roumanie est un Etat indépendant tandis que la Bucovine n'est qu'une province, la Roumanie a un sol plus fertile, des produits plus variés, un climat plus doux, elle se trouve plus près de lamer et sur les bords d'un grand fleuve, donc plus d'entreprises fructueuses à avoir, plus d'affaires, plus de genres de spéculations, une plus grand facilité pour l'écoulement des produits, une champ d'à ctivité plus étendu. En Roumanie les impôts étaient moindres, la vie à meilleur marché.
La haute classe beaucoup plus riche, plus dépensière, plus avide de jouissances, plus insouciante (lue celle delà
Bucovine, ayant plus d'o ccasioiis pour so ruiner. Tout concourait pour faire affluer en Roumanie lesJuifs de Pologne et de G a 1 i c i e.
En Bucovine, le nombre des Juifs a plus que triplédepuis 18 57 (9 6150 au lieu de 2 9187): e n R o u m an i e i 1 au r ait plus que décuplé: les ghettos de la Pologne, de la Galicie et de la Russie seseraient déversés sur nous et nous aurions, sans aucun doute, en ce moment, dans notre pays, plus d'u n million de Juifs.
Non seulement qu'il n'y aurait plus un commerçant roumain dans le Royaume, mais la moitié de la propriété foncière et toutes les professions libérales seraient entre les mains des Juifs : médecins, avocats, architectes, tout serait juif car, ayant la puissance entre leurs mains, ils auraient tôt fait de supprimer toute concurrence roumaine. Enfin, une partie considérable de la représentation nationale (toute celle des villes) serait juive.
A moins que même la longue patience du peuple roumain ayant fini par être épuisée, l'Europe ne se fût réveillée un beau matin avec la nouvelle d'une explosion de colère de sa part auprès de laquelle les Vêpres Siciliennes et la Saint Barthélémy seraient des jeux d'enfants.
CHAPITRP] IX
Résumé de la question. Le Sionisme. Les Juifs de Russie. Conclusion.
Des faits exposés dans les chapitres IV, V et VI giltffdêf .luus de cet ouvrage, il résulte que si on fait abstraction du ''"' l%ro1^*^°' pathos, de la déclamation et des exagération contenus dans les dénonciations des Juifs contre la Roumanie et les Roumains, leurs griefs réels se réduisent aux suivants :
1. Les Juifs en Roumanie sont traités comme des étrangers et non comme des indigènes.
2. Les Roumains se refusant à édicter des mesures de nature à permettre aux Juifs d'obtenir l'indigéuat rapidement, d'une manière certaine, les obligent arbitrairement et contrairement aux usages des nations civilisées à demander l'indigénat individuellement aux Chambres ce qui, vu le mauvais vouloir mis par ces dernières, rend leur naturalisation très-lente.
3. Les Roumains ont pris une série de mesures législatives destinées à arrêter, d'un côté, les progrès faits par les Juifs dans la conquête des positions économiques du pays, à pousser et à encourager, de l'autre, les Roumains vers les métiers, le commerce et l'industrie.
Nous avons vu dans les chapitres I, II et IIl, quand ^ln Roumanie' les Juifs sont venus dans les aucunes pays, comment ils ",3,'u^i°iîéi^r s'y sont multipliés et quelle a été la situation qui leur ^"'^■,-'j;|Jfe**p°" y a été faite par les Roumains dès le commencement.
Habitant anciennement le pays en nombre infime, nous ne les voyons partager ni les luttes aussi sang-
lantes que glorieuses ui les épreuves terribles par lesquelles il a été donné au peuple roumain de passer autrefois.
Dans l'œuvre de reédification, de résurrection dont est sortie la Roumanie moderne, ils n'ont pas eu la moindre part.
Leur immigration date du premier partage de la Pologne (1772). Cette immigration devient torrentielle après la conclusion de la paix d'Andrianople (1828) et ne perd ce caractère qu'à la suite des mesures draconniennes édictées contre eux en 1839. Cette immigration continue jusque dans les dernières années du dix-neuvième siècle.
Pendant cette période de plus d'un siècle, les Roumains n'ont pas perdu une occasion pour accentuer aussi bien le caractère de race étrangère des Juifs et la manière frauduleuse dont ils se sont introduits dans le pays que le danger qu'ils présentaient pour la nation roumaine. Le Règlement Organique, les lois et les dispositions édictées et appliquées sous le régime réglementaire en sont la preuve.
La situation légale des Juifs en Moldavie est résumée par l'article 35 des Instructions du 1-er Juillet 1839 \) :
..Les Juifs ne possédant dans la Princi- „pauté d'autre droit civil que celui de faire „i eCommerce et de payer la contribution ,,qui revient à l'État, aucun Juif ne sera em- „pêché de quitter le pays . . ."
Les Roumains n'ont jamais trompé les Juifs sur ce qu'ils avaient à attendre d'eux. Lorsque le régime réglementaire fut remplacé par le régime dit conventionnel, la situation des Juifs ne changea pas. L'article 4(3 de cet acte accordait aux chrétiens, seuls, la jouissance des droits politiques ^).
C'est en vain que les Juifs voudraient tirer de la suite de l'article 46 un droit pour eux à l'indigénat: la Convention dit simplement que : „la jouisseance de ces droits pourra être étendue aux autres cultes par des dispositions législatives".
Cette extension, loin d'être obligatoire, est purement facultative et laissée à l'appréciation des Roumains.
M V. ci-dessus, p. 82.
') D. A. Sturdza. Op. cit. VJl, p. 313.
L'absence de droit à l'iiidigénat est, dQ reste, admirablement illustrée par le texte de la pétition des notables juifs de Jassyau Caïmacam Balsch '). On sait qu'ils y sollicitaient l'abolition de la disposition contenue dans le Rèo'lement Organique, excluant la nation juiv^e habitant la Moldavie des privilèges dont jouissaient les chrétiens et se gardaient bien d'appuyer leur requête sur des droits quelconques.
De 1<S58 à 1878 rien n'est venu changer la situation légale des Juifs, au contraire : l'article 7 de la Constitution de 1866 les empochait d'obtenir comme les autres étrangers la naturalisation par voie individuelle.
En 1878, les puissances signataires du Traité de Berlin, par une immixtion absolument non justifiée dans les affaires intérieures de la Roumanie, exigèrent que : „les nationaux de toutes les puissances, commerçants „ou autres, fussent traités en Roumanie, sans d i s- „tinction de religion, sur le pied d'une parfaite „ égalité".
Le traité ne stipulant pas que les Juifs obtiendraient la naturalisation en bloc, les Roumains, comme de juste, s'en tinrent à la lettre de l'article 44.
L'article 7 de la Constitution fut modifié et les Juifs purent, tout comme les autres étrangers, obtenir la naturalisation individuelle, à la suite d'un vote de la Chambre. On sait que ce fut le point de vue roumain qui finit par obtenir gain de cause devant l'Europe. Les Juifs, après le Traité de Berlin, continuèrent tout comme avant à être des étrangers en Roumanie. Il est donc bien établi qu'aucune loi du pays, qu'aucun acte international n'a jamais conféré aux Juifs la qualité de nationaux mais que, bien au contraire, tous ceux dans lesquels il est fait mention de leur nom concourent à les qualifier d'étrangers. Les Roumains sont donc pleinement en droit de les considérer comme tels.
Quels sont les services rendus au pays par les Juifs qui les autorisent à se récrier contre cet état de choses ?
Quant au deuxième grief des Juifs, je ne saurais mieux y répondre qu'en reproduisant textuellement ce que M. Lahovary dit à ce sujet ^):
'■ V. ci-dessus, p. 115.
^) J. Lahovary. Op. cit., p. 10 et suiv.
Le<i.oH,k-. La véritable question à résoudre est donc celle-ci:
Roumaius <le ne tt i *., • , , >■ i i • , • , --i
pas accorder vé- „Un pcuplc, maitrc inconteste de son territoire, a-t-il ""politique aux „robligation d'ouvrir ses frontières et d'accorder i n '"tJtaVi".'""' ^jglobo le bénéfice de sa nationalité à une population ,, étrangère, différent de lui par sa race, sa langue, ses „mœurs et sa religion, lorsqu'on fait la différence de „mœurs et de religion doit être pour de longues an- ,,nées encore un obstacle à la fusion des deux races, „et lorsque le nombre des nouveaux venus est tel- „lement considérable par rapport à l'étendue du ter- „ritoire et au chiffre de la population indigène, que „celle-ci se trouve menacée daus un avenir rapproché „de se voir submergée, dépouillée du pouvoir politique „et même de la propriété du sol, au profit d'une race «étrangère.
„I1 nous semble que la réponse à la question „posée ne saurait être douteuse. Chaque peuple „est maître de se montrer libéral ou p a r- „cimonieux en ce qui touche l'admission „des étrangers dans la cité. Il y a là une „question qui ne peut être résolue qu'en tenant compte „des circonstances particulières propres à chaque pays. „De là l'infinie variété des lois qui règlent chez les „différents peuples de l'ancien et du nouveau monde .,les questions relatives à l'acquisition et à la perte de „la nationalité ').
„Les uns, ayant à peupler et à mettre en valeur „ d'immenses territoires, ne se sentant menacés par „aucun danger dans leur indépendance et leur natio- „nalité, se montrent accueillants et aussi larges que «possible.
..Tels sont les États de l'Amérique du SudilaBo- „livie, la République Argentine, le Brésil, entre autres, „se contentent en général d'un stage de deux ans ou „même d'une année pour accorder la naturalisation : «d'autres se montrent plus avares de leurs nationalité. «Ainsi en Allemagne, la naissance sur le territoire «allemand d'un étranger n'a pas d'influence sur sa «nationalité, ne lui donne pas le droit d'acquérir par «une simple déclaration de volonté et indépendam- «ment de l'intervention publique la nationalité alle- « mande ; il en est de même en Autriche, en Hongrie, ^en Suisse, en Norvège '^).
') V. sur ce point Fuzier Herman : Bépertoire du Droit Français. V. XXVIIT. Nationalité-Maturalisation. ') FuziEB Heiîman. Op. cit., No. 1.524.
.,La Roumanie, pour des raisons dont nous espé- „rons faire cojnprendre la gravité, a adopté en cette „matière un système restrictif; le fait de la naissance ,,sur son territoire ne confère pas la naturalisation, qui „ne peut être accordée que par le pouvoir législatif.
„Un autre point de droit qu'il convient de fixer „est celui-ci :
„Le fait qu'un étranger établi dans un pays a „perdu sa nationalité d'origine, lui donne-t-il un droit „quelconque à la nationalité du pays oii il lui a plu de „tixer sa résidence?
„Par exemple un Allemand, un Autrichien, un ..Hongrois ^) qui a résidé sans interruption en France „depuis dix ans et qui aux termes de la législation de „son pays a perdu sa nationalité d'origine, est-il par ,,là même devenu citoyen français ?
„Est-il besoin de dire (|u 'aucun pays „n'a jamais accepté une pareille théorie? „(^)u' aucune législation n'a reconnu à des „étrangers le droit exorbitant de s'instal- „ier dan s le pays de leur choix et d'y ac- „q uérir la qualité et les droits de cito- „3^ens sans la volonté ou contre la volonté „des pouvoirs publics et dé l'autorité ...souveraine?
„De ce principe incontestable découlent souvent „des conséquences fâcheuses, malheureuses même pour ,.ceux qui se seront mis dans cette situation : d'avoir „perdu letu" nationahté d'origine, sans en avoir acquis „une nouvelle. 2) Mais quel droit lésé, quel „grief légitime peut invoquer contre „le pays 011 il s'est établi celui qui s'est „v olontaire m en t mis dans cette situation?"
Il n'y a rien à ajouter à ces considérations: aucun principe du droit public des nations, aucun usage universellement reconnu, n'oblige les Roumains à accorder aux Juifs l'indigénat en masse.
Mais il y a plus que cela: les Roumains ont des raisons très-sérieuses pour le leur refuser.
r/une de ces raisons me parait être d'une importance capitale: je veux parler de l'inassimilabilité des Juifs.
FuzrER Herman. Op. cit. N-os. 1555, 1556, 1583, 1606. Laurent- Principes de Droit Civil. I, p. 477.
Ïm j^I^lI"" Cette question a jadis été traitée avec autant de Sionisme, compétence que de rigoureuse logique par Portalis *) et jusque vers le milieu du siècle passé il était en général admis que le Juif n'était pas assimilable aux nations européennes, que pour lui la nationalité et la religion étaient deux choses inséparables.
Le libéralisme outré, illusioniste qui prit le des-
^) Vdici le texte du rapport de Portalis au Conseil d'État à l'occasion de la convocation du Grand Sanhédrin (^1806) par Napoléon 1 :
< L'assemblée constituante avait cru que pour rendre les Juifs bons «citoyens il suffisait de les faire participer indistinctiment et sans con- ^dition à tous les droits dont jouissent les citoyens français, mais l'ex- <périence a malheureusement prouvé que si l'on n'avait pas manqué de «philosophie, on avait manqué de prévoyance et que dans certains mi-
< lieux on ne peut se permettre de promulguer de nouvelles lois qu'au- <tant que l'on a travaillé avant tout à préparer et à former de nouveaux «hommes.
«L'erreur vient de ce qu'on n'a voulu voir qu'une question de to- 'lérance religieuse dans le problème à résoudre sur l'état civil des Juifs «en France.
«Les Juifs ne sont pas simplement une secte mais «un peuple. Oe peuple avait autrefois son territoire «et son gouvernement, il a été dispersé sans «êtredissous; il erra sur le globe entier pour y cher- «cher une retraite et non une patrie, il existe chez «toutes les nations sans se confondre avec elles, il ne «croit vivre que sur une terre étrangère.
«Cet ordre de choses tient à^la nature et à la force des institu- «tions judaïques. Quoique tous les États aient, en général, un même ob- «jet, celui de se conserver et de se maintenir, chaque Etat en a pourtant un qui lui est particulier.
«L'agrandissement était l'objet de Rome; la guerre celui de Lacédémone ; la culture des lettres celui d'Athènes; le commerce celui de t Cartage et la religion celui des Hébreux.
«C'est dans la nature d'une telle législation (jue les philosophes 'et les savants ont cherché l'explication de sa durée. On comprend en «effet que, quand chez un peuple la religion, les lois, les mœurs et les
< usages de la vie sont la môme chose, il faudrait pour opérer (quelque
< révolution dans les opinions et dans les coutumes de ce peuple, pou- «voir changer à la fois toutes les institutions et toutes les idées reçues «dont il se compose. Cela ne se peut, nous en avons en quelque sorte «la pi'euve dans l'éternité même du peuple dont nous parlons.
«La religion n'est ordinairement relative qu'aux choses i^m iuté-
< ressent la conscience ; chez les Juifs la religion embrasse •tout ce (jui fonde et régit la Société.
«De la les Juifs forment partout une nation dans «la nation; ils ne sont ni Français, ni Allemands, ni «Anglais, ni Prussiens, ils sont Juifs.
«De même que les Juifs sont moins une secte (juan peuple, il suit «qu'il n'était pas prudent de les déclarer citoyens sans examiner s'ils «pouvaient et s'ils voulaient même franchement le devenir ; il suit en- «core qu'il ne saurait être déraisonnable ou injuste de soumettre à des «lois exceptionnelles une sorte de corporation ijui par ses institutions, ses
sus dans Topinion publique européenne après 18B0, no pouvait man(iuer de prendre en main la cause^ des Juifs. U proclama leur assimilation parfaite ; aidé par les efforts de la liaute banque il réussit, dans un espace de temps relativement court, à faire adopter ses vues par les gouvernements les plus conservateurs de l'Europe. ^)
(Il est utile de remarquer que ces idées étaient grandement facilitées par le nombre minime des Juifs habitant les pays qui s'étaient trouvés à la tête de ce mouvement: la P'rance et l'Angleterre).
Une réaction ne tarda pas à se produire pourtant quand on s'aperçut avec étoniiement que les Juifs restaient Juifs. Ils s'en défendirent bien, mais il ne fut
«principes et ses coutumes, demeure coustammeut séparée de la société «générale.
iEn assimilant sans précaution les Juifs à tous <.les autres Français, on appelé une foule de Juifs étrangers «qui ontinfesté nos départements frontières et on n'a point opéré surlamassedesJuifsplus anciennement «établis en France, les heureux changements ijue l'on «se promettait du système de naturalisation qui avait «tété adopté. A cet égard les circonstances présentes parlent suffisamment d'elles mêmes». (A. D& BoiSANDRK. Napoléon antisémite, p. 7j.
'^11 ue sera peut-être pas inutile de rappeler ici que, dans beaucoup d'États européens, l'émancipation des Juifs est de date relativement récente.
Cette émancipation a été complète :
En Suède et en Sardaigne en 1848.
En Danemark en 1849.
En Prusse en 18.50 (Les Juifs restant exclus des fonclious publiijues).
En Saxe et au Wiirtemberg et dans 26 autres. Etats allemands en 1855.
A Hambourg en 1861.
À Francfort en 1S64.
En Angleterre ils n'ont pu entrer au Parlement qu'en 1858 et les fonctions supérieures ne ont été accessibles qu'en 1860.
En Autriche et en Hongrie en 1867.
Dans toute la confédération de l'Allemagne du Nord en 1869.
En Bavière et dans les autres États allemands en 1871.
En Suisse en 1874.
Chacun de ces États a émancipé ses Juifs au moment (|u'il a jugé opportun et lorsqu'il a été certain (jue cette émancipation ne présentait pas de danger pour le reste de la nation.
Sauf r Autriche-Hongrie, tous les autres pays ne possédaient qu'un uom])re de Juifs insignifiant par rapport au total de la pojiulation.
La population autochthone était, de plus, partout dans une situation matérielle rendant cette mesure sans danger. Partout le commerce, les métiei's et l'industrie étaient aux mains des indigènes.
pas difficile de prouver leur solidarité, leur tendance à former un État dans l'État, leur poursuite d'intérêts purement juifs.
Ces tendances, d'abord cachées, ne tardèrent pas à se manifester au grand jour justifiant, à près d'un siècle de distance, les allégations de Portalis.
Un courant de plus en plus fort s'établit parmi les Juifs de tous les pays, les poussant à unir leurs efforts pour se refaire une patrie dans la terre promise de leurs aïeux. Il ne cachent du reste nullement leurs intentions: des congrès ont été et sont tenus chaque jour. Il est de notoriété publique que des délégués du peuple j uif se sont ab ouchés avec le Gouvernement ottoman afin de le sonder et de voir s'il serait disposé à entrer en pourparlers avec eux pour la "vente de la Palestine.
Ce cour;int d'idées qui s'appelle le Sionisme tend de plus en plus à remplacer l'Alliance Israélite Universelle: les organes du Sionisme peuvent, aujourd'hui être considérés comme les organes du peuple juif.
J'ai déjà dit plus haut que je ne puis trouver aucun mot de blâme pour ce mouvement qui me parait au contraire, digne de tout respect.
Le spectacle que nous offre ce peuple dispersé depuis près de deux mille ans chez les autres nations et qui, en dépit de toutes les persécutions du moyenâge (réelles celles-là), a su résister à toutes les tentations et conserver intactes sa foi et sa nationalité, est réellement admirable. En cherchant a recouvrer le pays de ses pères et à y fonder un État deux milles ans après en avoir été banni et dispersé à tous les vents, il prouve sa vitalité, son énergie ainsi qu'une persistance en lui du sentiment national qui touche à l'incroyable.
Mais, d'un autre côté, ce mouvement si incontestablement noble et beau prouve combien la race juive est in assimilable même après un contact deux fois mi 1 lé n aire avec les nations les plus cultivées et les plus avancées de la terre.
Le mouvement sioniste n ' est pas parti des Juifs de Roumanie et de Russie, mais bien de ceux de France, d'Angleterre, d'Allemas'ne et d'Italie, c'est-à-dire de
ceux jouissant des mêmes droits que les c i 1 0 3^ e n s cli i- é t i e n s de ces pays.
Bernard Lazare, un des chefs du judaïsme moderne, remercie lorsque le rabbin a dit: qu'avant d'êlre français, socialiste ou républicain, Lazare était Juif.
Quand la nation puissante et généreuse qui, la première, a reconnu aux Juifs établis sur son territoire, les droits qu'elle accordait à ses enfants chrétiens, quand la France, une des nations qui se trouve à la tête de la civilisation moderne, n'est pas parvenue à assimiler les quelfiues milliers de Juifs perdus dans la proportion insignitiante de 1,4 sur 1000 au milieu du reste de la population, on voudrait nous faire croire qu'il suffirait (lue la Roumanie concède l'égalité politique aux Juifs qui forment, en Moldavie, iO "/o de la population, pour en faire des Roumains ?
Ce serait passer par dessus toutes les bornes de la créduhté permise !
Les Roumains savent bien qu'ils n'assimileront jamais les Juifs : que là ou Anglais, Français, Italiens et Allemands ont échoué tout en ayant une tûche incomparablement plus facile puisque la proportion des Juifs au reste de la population était infiniment moindre, ils ne peuvent avoir la prétention de réussir. Ils se refuseront énergiquement à faire ce dangereux essai.
La France avec ses quarante millions de Français, sa pléthore de capitaux et ses millions de bayonnettes, peut se permettre sans danger d'avoir 50 à 60000 citoyens qui sont Juifs avant d'être Français.
Mais ce jeu pourrait devenir funeste à la Roumanie qui, avec ses six millions d'habitants, sa population rurale pauvre et ses petits moyens de défense, pourrait, à un moment donné, chèrement expier la folie d'avoir concédé les droits politiques, c'est-à-dire les moyens de lui nuire, à un quart de million de gens dont le cœur ne lui est pas acquis, dont les intérêts et les aspirations pourraient être d'accord avec ceux de ses ennemis.')
') Ce qui se passe en France même prouve combien la Roumanie a eu et a l'aison de se refuser aux naturalisations en masse.
D'après la loi de 1889, tout individu né dans une colonie française devient Français par ce fait même. À la suite de cette mesure, un grand nombre d'Italien set d'Espagnols habitant les provinces de Constantine et d'Oran sont devenus cito3'ens français, mais, comme les Juifs établis en Roumanie, ils ne se sontpoint assimilés aux Français. Et maintepant la presse libérale et républicaine s'émeut du danger que pré-
Le sionisme aboutira ou, ce qui est plus probable,
il aura été une utopie de plus, nous lui devrons en
tous cas d'avoir été une preuve décisive de l'inassimi-
labilité du Juif.
rieurdesgoum-- Quaut à leur troisième grief, constitué par l'en-
roumai"s\ie scmblc dc mcsures légalcs dont, il est question au cha-
•"s'iSIfrpourm'o"- pitre V, il me semble que leur modération, leur utilité
*fc'nmi"q'4l'' et Icur légitimité ont été suffisamment établies: je ne
fatiguerai plus le lecteur en revenant sur elles.
Nous avons vu, dans le Chapitre Vil, (jue ces mesures n'empêchent pas les Juifs d'avoir, dans la vie économique de la Roumanie, une part incomparablement supérieure à celle à laquelle leur nombre leur donnerait droit.
Nous avons constaté que si, dans les dernières années, la situation matérielle de beaucoup d'entre eux laisse beaucoup à désirer, celle de la classe inférieure des habitant chrétiens les villes est bien pire. Bernard
roumains.
sente pour réiément franyaid en Algérie la présence en de cet élément étranger par le cœur mais français par les droits. Voici ce qu'on lit dans le Temps du 24 Février 1899 :
„La Question Algérienne.
, , Gravité de la question des naturalisés.
„(irave question; la plus grave assurément de toutes les ques- „tions algériennes ... la plus menaçante : la plus defficile à résoudre.
„Elle est le produit de la loi de 1889 sur les naturalisations „appliquée à notre colonie . . .
„. . . Donc, depuis 1889, par le seul jeu de la loi, auto- „matiquement en queliiue sorte, tout individu se trouve naturalisé „à sa nai-ssance, s'il appartient aux deux premières catégories et à „sa majorité s'il appartient à la troisième ...
,.. . . Si en passant brusquement de la colonne ,,Étrangers" ,,dans la colonne „Français'', ces naturalisés contractaient des sen- „liments d'une affection sincère pour la France, il n'j- aurait qu'à ..se réjouir de cet accroissement de la famille française,
„Mais il n'est pas présumable qu'il en soit ainsi pour tous. „Les étrangers sont répartis en Algérie par grands groupes, ceux „de la province de Oonstantine sont surtout Italiens, ceux île la pro- „vince d'Oran sont presque exclusivement Espagnols. Continuant à „vivre au milieu de leurs compatriotes d'origine, et à parler leur ..langue, faut-il s'élonner si le c(i>ur d'une partie des naturalisés ne .bat point parfaitement à l'unisson du patriotisme français?
„0n voit maintenant quelles ont été les conséquences de la „loi de 1889 . . .
„Dès maintenant les naturalisés sont assez nombreux pour ,.peser d'un poids décisif dans la vie politiijue du pays. Ils disposent „déjà des élections dans plusieures communes ; ils eu disposeront «promptemenl dans beaucoup d'autres. Il sufl'it pour cela de lai.sser Jouer les naturalisations . . .
„Uans la voie où elle est lancée, l'Algérie mareh'e
Lazare a dfi reconnaître qu'en Galicie, où il n'existe aucune mesure restrictive à leur égard, leur misère est plus o-rande qu'en Roumanie. Hugo Ganz lui-même a dû convenir que la misère des Juifs de Roumanie n'est nullement due à la législation roumaine mais bien à des causes inhérentes à l'organisation de la société juive.
Il me semble encore utile de relever que, en les prenant, les divers gouvernements roumains n'ont pas seulement usé d'un droit incontestable mais qu'ils se sont surtout acquittés d'un devoir impérieux.
En effet, le premier devoir d'un gouvernement est de veiller à maintenir intactes le patrimoine national et l'indépendance nationale. Peut-on concevoir pour l'intégrité de ce patrimoine et de cette indépendance un danger plus redoutable que l'accaparement de toutes
„;i une situation ou l'é 1 é m e n t français sera 1 i a r é „au bon plaisir de l'élément naturalisé et où le ^loyalisme d'une colonie acquise par 30 années do guerre et d'iin- „menses sacrifices d'hommes et d'argent, reposera sur des fils d"é- „traugers. En peut-on imaginer de plus angoissante? Et avion-^ „nous tort de dire, en commençant, ([u'il n'est pas de question plus «grave ?"
Et M. Jean Lahovary (Op. cit., p. 48) auquel j'emprunte celle citation continue :
„Qu'ajouter à ces paroles :
„Peut-on mieux décrire le danger des naturalisations en masse «d'éléments non assimilés ? Et si de patriotiques angoisses viennent „assaillir le cœur des Français quand il est question d'une simple «colonie, que dirons nous, nous Roumains, lorsqu'on nous demande „de livrer à des fils d'étrangers les destinées d'une partie de la «patrie, de l'antique domaine d'Etienne-le-Grand ? Chose étrange ! Le «même journal français qui sent si vivement, qui décrit si vigoureu- «sèment le danger que court l'Algérie, prend parti contre nous, «lorsque nous nous défendons contre le même danger, bien plus «redoutable chez nous, il approuve l'initiative de M. Hay et sou- ^haite, sans trop l'espérer. ([ u'i 1 soit possible de défendre „ efficacement avec l'art. 44 du Traité de Berlin, les «principes fondamentaux de la civilisation moderne. «(Le Temps du 30 Septembre 1902). Défendre l'Algérie est bien, „défendre la Roumanie, c'est violer les principes de la philosophie «moderne."
Dans une note de la même page. M. Lahovary observe à juste raison: Qu'il y a bien plus d'affinité entre un Espagnol, un Italien et un Français du Midi, tous catholiques, laboureurs et vignerons, qu'entre un Juif polonais commerçant ou trafiquant, et un Roumain, agriculteur avant tout. De plus, en Algérie, les mariages mixtes peuvent en peu de temps amener la fusion des différents éléments ethniques ; eu Roumanie la différence de religion met obstacle à cette fusion.
les positions économiques d'un État par un élément étranger, arrivé dans le pays récemment, contre le gré des nationaux, en fraude ? Pour préserver l'élément national, autochthone, formant plus des quatre-vingtquinze centièmes de la nation, de ce désastre équivalant à son anéantissement, les mesures les plus énergiques deviennent légitimes.
Celles qui ont été prises depuis 1878 jusqu'à aujourd'hui ne sont évidemment qu'un minimum et constituent une preuve éclatante de la modération et de l'humanité de la nation roumaine.
Il a été facileàl'Angleterre, àlaFrance et à l'Italie, dans la population desquelles les Juifs entrent pour une proportion variant de 1,2 à 2,4 pour mille, de vouloir imposer àla Roumanie de recevoirdansla sein de la nation un élément étranger dont la proportion au reste de la population, dans la partie du pays qu'il a envahie, est de plus de dix pour cent. Mais que feraient les Français, en voyant... ,u n c e rt a i n n o m b r e d e d é p a r t e m e n t s e n- „vahis par une race étrangère, professant „une religion, qui, sauf de rares excep- „tions, met obstacle aux mariages entre les deux peuples et par suite à la fusion des races: qu'on se figure Paris comptant 4 00000 hab itants Israélites venus d'Al- ,lemagne; Lyon, Bordeaux, le Havre, Marseille, ayant une population aux ^'a étrangère et voyant la population française décroître chaque année, le commerce passant dans ces villes, dans la proportion de 85 à 9 2 ''/o, entre les mains des nouveaux venus?^)".
Il me parait probable que les mesures prises pour arrêter l'invasion et protéger les intérêts économiques des Français seraient incomparablement plus énergiques et plus complètes que celles que les Roumains ont prises pour se défendre contre les Juifs.
Il n'est guère douteux, toujours dans ri\vpothèse énoncée plus haut, que nous aurions assisté et que nous assisterions à des excès autrement graves que ceux dont se plaignent les Juifs de Roumanie et que
'} .1. Lahovarv. Op. cit., p. 413.
le chiffre des victimes de ces excès ne se bornerait pas aux deux Juifs noyés à Galatz — par des soldats turcs.
La France qui contient environ 5400(> Juifs, c'est à-dire 1,4 Juifs pour 1000 Français possède un parti antisémite nombreux et gagnant chaque jour du terrain, que serait-ce donc si ses départaments du Nord comptaient cent fois plus de Juifs qu'ils n'en contiennent aujourd'hui et si les Juifs avaient accaparé toute l'industrie et tout le comaierce de ces départements?
Mais pourquoi donc est ce uniquement la Roumanie "^-'îî^ âussl^'* que les Juifs dénoncent? En Russie il y à 5187000 Juifs soumis à un régime autrement dur que celui sous lequel ils vivent en Roumanie M.
') „En Kiissie, il faut distinguer entre la Pologne 'les dis „gouvernements de la Vistule), le nterritoire" et le reste de l'empire. „En Pologne, les Juifs, au nombre de 1 million environ, sont frap- „pés des mêmes incapacités que les autres sujets non orthodoxes „(qui composent la grande majorité de la population ) mais l'ancieune „législatiou polonaise n'a guère été aggravée.
„Cette législation, relativement indulgente, leur permet de „s'établir où ils veulent, d'exercer toutes les professions (sauf celle „d' avocat) ; elle les exclut des conseils communaux. Indispensables „à la vie économique d'une nation qui n'a pas de classe bourgeoise. „les Juifs de Pologne détiennent le commerce et la plupart des ,.méliers; ils sont artisans, colporteurs, fabricants, et débitants d"al- „cool, prêteurs d'argent. Leur costume, leur langage, leur vie tal- „mudique les distinguent des autres habitants dont ils partagent „cependant le sentiment national. Le-s communautés sont fortement ^organisées (système du Kahal), la littérature et l'imprimerie hé- „braïques sont florissantes.
„Le ,,territoire juif-* est cette partie de la Russie propre dont „le séjour est permis aux Israélites par la loi de 1885, plusieurs „fois modifiée depuis. Ce territoire se compose de quinze gouver- „nements, pour la plupart découpés dans les anciennes annexes de „la Pologne. Même dans ce territoire, les Juifs ne peuvent pas ha- „biter à moins de 50 verstes de la frontière ni hors des villes et «bourgades, expression élastique dont le sens officiel a souvent „varié. En vertu des lois de Mai 1882 et de divers textes plus ré- ,,cents, les Juifs ne peuvent ni acheter ni louer ni prendre ù hy- „pothèque ou même gérer des immeubles ruraux, il leur est dé- „fendu de se livrer au commerce les dimanches et jours de fête «chrétiens.
„La proportion des élèves des écoles secondaires ou spéciales, ^dans les universités, est strictement limité et varie de 3 à lOo/o. Aucun «bureau ne doit avoir plus de lO^/o d'avocats juifs : à Odessa il ne „doit y avoir, que 25o/() de courtiers juifs. Certaines écoles, certaines «professions leur sont complètement interdites : les Juifs ont été «exclus des fonctions publiques, des compagnies de chemins de fer «et de navigation, do toutes les fonctions électives et du droit d'v
Parqués dans les villes et les bourgs de quelques gouvernements, ils ne peuvent habiter le reste de TEnipire que sous certaines conditions assez difficiles à remplir. Frappés de toutes les interdictions dont ils se plaignent en Roumanie, supportant les mêmes charges que tous les autres sujets de l'Empire, ils sont, de plus, soumis à des taxes spéciales et à des règlements rigoureux qui, suivant l'expulsion de Reinach. en font les s e rf s de la police.
„élire ; le service militaire est obligatoire ruais les Israélites ne „peuvent aspirer à l'épaulette. Le culte, libre en théorie, est soumis „à des règlements vexatoires et à des impositions variées: tant „pour la viande koscher, tant pour les bougies du Sabbat, tant pour „la calotte de prière.
„Par l'effet de cette législation, digne du moj-en âge, plus de „2 millions de Juifs, peut être '6, vivent entassés dans un petit „nombre de villes où ils constituent parfois la majorité, ordinaire- „ment le tiers ou la moitié de la population. C'est un imense ghetto „où ils s'étiolent et succombent à la tâche dont ils se contentent „(il y a 3000(?0 artisans juifs dans le territoire).
„Dans les juiveries de Vilna, de Berditchev, d'Odessa, la plu- „part des liabitations sont des masures où l'encombrement est ef- „froyable, le dénuement profond, le typhus endémique. Néanmoins „cette raallieureuse population, pour qui le pain quotidien est un ,,problème continuel, ne cesse de s'accroître par la fécondité natu- „relle à la misère et le refoulement des Juifs chassés des autres «provinces de TEmpire ; l'émigration en Roumanie, en Occident, „en Turquie, en Amérique (Etats-Unis, République Argentine, co- „lonies de Hirsch), quelques proportions qu'elle ait prises depuis «quelques années (5C000 têtes par an) est tout-à-fait insuffisante pour „faire de l'air dans cette vaste et misérable fourmilière.
„En dehors du territoire, le séjour de l'Empire russe n'est «permis qu'à un petit nombre de catégories de Juifs priviligiés. Ce „sont notamment les diplômes académiques, les citoyens héréditai- „res ou honoraires, les marchands de la première guilde, les artisans «habiles (autre terme élastique fécond en controverses), les colons «des colonies agricoles, les sages-femmes, les filles publiques (!), les ,,Caraïtes. A ces privilèges légaux s'étaient ajoutés dans la suite «du temps et par l'effet de tolérances administratives quantité de «familles non autorisées, débordant hors du territoire surpeuplé : on «évaluait le nombre total des Juifs habitant hors du territoire à un „demi-million. L'exécution rigoureuse des lois de 1882 a fortement «diminué ce nombre, en particulier les villes saintes, Kiev, Moscou, «ont été purgées de leur population juive, mais l'application com- «plète de ce système de refoulement serait une entreprise aussi «chimérique que barbare
«En général, la situation légale des Juifs russes, régie par ..une (piantité de lois, d'ukases de circulaires etc., non abrogés et „coutratlictoires, est, sur bien des points, obscure et mal définie, «cette incertitude de la législation favorise l'arbitraire administratif «la vénalité des fonctionnaires de tous ordres qui exploitent odieu- «sement le Juif tout en exigeant de lui les marques extérieures de «respect sous peine d'amende; le Juif est, comme on l'a dit, le serf
Les excès anti-juils dans l'Empire voisin sont fréquents et sanglants ^).
Je n'ai nullement Tentention do critiquer les mesures prises par le gouvernement russe pour enrayer les progrès des Juifs: je suis certain qu'il les a adoptées parce qu'elles répondaient à une nécessité impérieuse et je me borne à constater qu'elles créent aux Juifs une position beaucoup plus défavorable que celle qui leur est faite en Roumanie.
Il résulte de cette situation des Juifs en Russie, situation dont, je le répète, je ne discuta pas le bien fondé, que la Roumanie, si elle abrogeait les salutaires mesures de défense prises par elle, s'exposerait au danger d'une nouvelle invasion, semblable à celle qui a suivi la paix d'Andrinople. Les Juifs de Russie s'empresseraient d'émigrer en Roumanie où, avec un sol plus fertile et un climat plus doux, ils trouveraient un régime politique beaucoup plus libéral. Vu la facilité de communications existant actuellement.
,,cle la police. Une population aussi misérable, aussi opprimée, ne ^saurait être ni très-éclairée, ni oflïir une haute moralité ; le Juif „russe est cependant loin d'être aussi dégradé que le fait croire au ,,premier abord son aspect minable, son jargon, son attachement ..aux vieux usages, aux vieilles modes. Il n'est ni ivrogne, ni dé- ..bauché, ni malfaiteur; sa fidélité héroïque à sa religion (même „aux époques de persécution aiguë le nombre des convertis ne dé- ,.passe pas 1200 à 1300 par an) est son honneur et son soutien „moral. Les reproches si variés adressés aux Juifs par l'antisémi- „tisme officiel — usuriers, cabaretiers, empoisonneurs, fripons, ac- „capareurs, mauvais soldats, parasites, inaptes à l'agriculture, révo- ,,lutionnaires, particularistes, ignorants, malpropres, — sont pour la ..plupart mal fondés, exagérés." (Thkodoke Reinach, dans la Grande Encriclopcdic à l'article Juifs, XXI, [). 276).
Il est bien entendu que, si je cite ce tableau de la situation des Juifs en Russie, faite par un Juif, je ne m'associe nullement aux jugements portés par lui sur les autorités russes et les motifs ([ui ont dicté les mesures incriminées. Nous autres Roumains des nous avons des raisons pour n'accepter ce que les Juifs disent, sur le compte des gouvernements qui se défendent contre eux, que sous bénéfice d'inventaire.
Je ferai de plus observer que les accusations portées contre les autorités russes ne sont guère qu'une répétition de celles qu'ils mettent à la charge du gouvernement roumain.
M D'après des nouvelles de source officielle le nombre des Juifs: hommes, femmes et enfants, tués ou blessés lors des derniers troubles de Kicheneff, à été de près de cinq cents. Des cruautés inouïes ont été commises, des yeux ont été arrachés, des langues coupées et pourtant, M. Hay n'intervient pas en faveur des Juifs de Russie, le rabbin Krauskopf n'exige pas que les Etats-Unis déclarent la guerre au Tzar!
il serait très-difficile d'empêcher une pareille immigration sans élever autour du pays une véritable muraile de la Chine, faite de règlements de douane et de police, qui soulèveraient contre la Roumanie un haro général.
Conclusions. ^^g Roumalus sc garderont bien de se départir
des sages mesures adoptées depuis 1878 jusqu'à nos jours : elles ne sont pas seulement justes et légitimes, elles forment pour eux une condition de leur existence nationale.
Les Juifs doivent se résigner à l'idée qu'ils sont et demeurent des étrangers en Roumanie où ils sont venus sans être appelés et contre la volonté des Roumains. Ils n'obtiendront le droit de cité que par voie de naturalisation individuelle et dans la mesure que les Roumains jugeront nécessaire.
L'exemple de la Bucovine est sous nos yeux : il est trop éloquent pour ne pas nous ser\'ir de leçon.
Il peut paraître préférable au gouvernement autrichien de voir en Bucovine les Juifs parlant l'allemand (?) y être l'élément dominant plutôt que les Roumains, anciens maîtres du pays. Les efforts de tout gouvernement roumain, au contraire, doivent tendre à ce que ce soient les Roumains qui, dans leur propre pays, restent l'élément dominant.
Si ces conditions leur paraissent trop dures, c'est dans l'émigration qu'ils doivent chercher un retnède efficace à leurs maux. Tant le pays que les Juifs y gagneront.
Qu'ils soient bien persuadés que les dénonciations, les calomnies, les intrigues, aussi bien que les déclamations sur la base de principes soi-disant humanitaires ne serviront à rien. Les gouvernements qui se succéderont au pouvoir en Roumaine, à quelque parti qu'ils appartiennent, veilleront à assurer aux Juifs la protection des lois existantes, ils préviendront, réprimeront et puniront sévèrement toute brutalité envers eux. Mais, entre les intérêts vitaux de la nation roumaine et l'avantage des Juifs établis en fraude sur son territoire, ils ne sauraient hésiter; il y va de l'avenir de la nation roumaine et, par conséquent:
Salus rei publicae suprema lex.