‹ La RoumanieChapitre 68 sur 69 · ÉTATS · texte numérisé non relu

ÉTATS

Population

Dépenses

budgétaires

totales

Moyenne

par

habitant

Millions

Allemagne .

96 fr. 3i

Angleterre .

Autriche . .

Belgique .

Bulgarie .

Danemark .

Espagne .

France .

Grèce .

Hollnnrle .

Italie .

Luxembourg .

Norvège .

Portugal .

Russie .

Serbie .

Suède . / .

Suisse .

11 est toutefois piquant de signaler que, malgré la modicité de la part contributive de chacun,

LÀ U U LM ami:

l'homme qui paie le plus d’impôts au monde esl un Roumain, M. Marinesco Bragadir, poissant distillateur, qui a Fondé au mois de mai dernier une brasserie monstre à Bucarest, et dont la redevance annuelle, sous forme de taxes de toute espèce, atteint aujourd’hui deux millions deux cent mille francs.

Ce détail donne, en même temps, une idée de la force productive de la Roumanie et de son développement commercial et industriel. « En un mot » comme le dit un organe autorisé en la matière, Le Monde économique , « la situation « financière de la Roumanie est une des plus « solides entre tous les Etats, en fan de grâce « 1896 ».

Cependant, il ne faudrait pas supposer que la Roumanie se soit montrée moins soucieuse de ses intérêts moraux et intellectuels que de ses intérêts matériels et financiers. Si nous avons insisté surtout sur ceux-ci, c’est parce qu’ils sont l’objet même de notre étude ; mais, avant de terminer, nous tenons à prouver, au contraire, que les lettres ont toujours été en grand honneur dans le royaume.

Jusqu’au milieu du xvnc siècle, l’imprimerie n’avait pas encore été introduite en Moldavie et en \ alachie , et, sauf quelques chroniques et ouvrages religieux, la littérature de ces principautés se composait de légendes, de poésies, de

LA ROÜMAXIK

INI

contes populaires, qui n’ont été connus à l'étranger que récemment.

Nous ne pouvons nous occuper des écrivains du xvne et < 1 il xxviii0 siècles : Démètre Cantemir, J. Conta, Enaké Kogalniccanu, Samuel Micul, Georges Sincaï, etc., qui ont traité des questions historiques, ni des littérateurs et des poètes qui les suivirent, tels que Gichindel, Pavel Jorgovici, S. Barac, Enake Vacaresco (1740-1799) et ses fils, et d’autres, restés célèbres.

Le xixc siècle intéresse naturellement davantage, marquant le début d’une phase nouvelle pour la littérature. Sous le gouvernement des Phanariotes, l’enseignement se faisait en grec, et ce n’est qu’en 1817 que G. Lazar ouvrit à Bucarest le Collège de Saint-Sa va, où se donnaient des cours en Roumain. Ensuite, le prince Grégoire Ghika, désireux de rendre à la langue nationale la place qui lui était due, encouragea les efforts de Jean Iléliade B adulesco, auquel poètes et prosateurs doivent d’écrire dans la langue roumaine, à la fois si gracieuse et si poétique.

Il serait trop long de mentionner les nombreux auteurs qui ont illustré de leurs œuvres le xixe sièle ; nous ne pouvons citer que quelquesuns d’entre eux : le poète Joan Vacaresco, neveu d’Enake Vacaresco ( 1789-1 809) ; les fabulistes Gr. Alexandrescu et G. Greteanu, nés au commencement du siècle; Balcesco (1819-1852), bistoriograpbe de grand talent qui a laissé le « Chant

de la Roumanie » et « Michel le Brave » ; les journalistes G. Bolliac et G. A. Rosetti, ce dernier fondateur, en 1877, du « Romanulu » ; B. Alexandri, le poète national par excellence, qui a donné tous ses soins à recueillir les chants nationaux populaires, auteur de « Gente latine » et de « Penes Curcanul » ; Bolintineano (1826- 1872), qui s’est complu dans les élégies ; Eminesco (1848-1889), le meilleur poète roumain, qui a fait des satires et d’admirables sonnets, dont c( Venise » ; M. Caragiali, auteur dramatique de valeur, à qui on doit « Noaptea furtunoasa » et « Scrisorea perduta », etc., etc.

Nous avons parlé ailleurs de M. Xénopol, et nous aimerions à signaler les noms des autres savants qui l’entourent, mais il serait difficile de faire un choix parmi tant d'auteurs ' contemporains.

Peut-être, connaît-on mieux à l’étranger les ouvrages de M. Blaremberg, mort depuis quelques semaines, de MM. B. P. Hasdeu, Jon Ghika, Maïoresco, Bengesco.

La Roumanie compte de hauts patrons dans le monde des lettres, entre autres le prince Georges Bibesco et le prince Stirbey, qui écrivent volontiers en français, comme l’a fait Mlle Julie Hasdeu (1869-1888), dont les poésies sont si justement goûtées en France. Une place spéciale est due à cette jeune fille, dont le talent touchait au génie, et qui, morte avant d'avoir atteint Page de dix-

neuf ans, a laissé nombre de légendes, de contes, de comédies, d’œuvres de toute sorte qu’elle se proposait de finir un jour, et surtout un volume de vers, « Bourgeons d’ Avril », où l’on trouve des morceaux aussi exquis de forme que profonds de sentiments.

La Roumanie peut être fière des femmes qu’elle

a inspirées et qu’elle inspire encore : Carmen

Sylva lui reste. 11 ne nous appartient pas de

faire une analyse ni un éloge détaillé des ouvrages

de la reine, dans ce cadre forcément limité. On

sait que la reine a le don précieux de comprendre

la douleur, qu’après l’avoir comprise Élisabeth

excelle à la consoler et Carmen Svlva à la dé-

peindre. ((Ne vous plaignez pas de souffrir, car vous apprenez h secourir ». C’est cette faculté de sympathie qui donne à tout ce qu’écrit Carmen Sylva ce caractère si touchant et si personnel. Beaucoup de ses « Pensées » ont été écrites en français. Quant à la plupart de ses romans, de même que les « Contes du Peles » et les « Nouvelles », ils ont été traduits.

Si courte et si incomplète que soit une exquisse littéraire, la presse, à notre époque, joue un rôle trop important dans l’éducation des esprits pour ne pas parler de ses principaux organes.

Indépendamment d’une quantité de revues et de publications périodiques, il paraît en Roumanie une trentaine de grands journaux, qui

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