SCÈNE II
Mme BERTHIER, GEORGETTE.
Mme BERTHIER.
Qu'est-ce que c'est , qu'est-ce que c'est ? GEORGETTE , sortant du pavillon et tenant une
pipe.
C'est M. Boulot qui s'en va au d'vant d' soi» ami , M. Moutonnet, et il avait oublié sa pipe que je lui portons avec son tabac. ( Elle fait mine de les lui remettre. )
M™e BERTHIER , à part.
Elle est gentille c'te Georgettel c'est brave et alerte !
c'est dommage qu'ça pousse si vite!... ça d'mand'rait bientôt un mari.
GEORGETTE , à la cantorincide.
Adieu, M. Boulot! nous prendrons bien soin d' vot' demoiselle.
Mme BERTHIER.
Allons, Georgette , va bien vite faire la chambre de ce voyageur et ranger ses effets.
GEORGETTE
Soyez tranquille, madame.... ça s'ra bientôt fait!... il a déjà lui-même rattrouppé tout son butin... Ces marchands dJ bœufs et d' moutons, ça ne laisse rien traîner.
Mme BERTHIER. .
Ils ont d' l'ordre, de l'énonomie , ils travaillent beaucoup. Oh! ces gens-là mérilenl bien d'êlie riches! surtout c' père Boulot... quelle éducation il a donné à sa fille !
GEORGETTE
Mamzelle Evélina, c'est vrai.
Mme BERTHIER.
Moi qui l'ai vue pas plus haute que ça . et bête , bêle ! aujourd'hui ce n'est plus ça.
Air : Voulant par ses œuvres complètes.
C'est un prodige pour son âge, Son pèr' me l 'disait encor là ; Ça s'ra z'un trésor en ménage:
Eli' chant' , danse , et cœtera ; EU' sait , d'une façon peu commune , L'Italien, l'Anglais, et l'AU'mand....
GEORGETTE
Trois langues!... Il me semble pourtant Qu'les femmes en ont assez d'une.
Mais M. Moutonnet , ne vous a-t-il pas aussi un beau garçon qui lui fait ben d'honneur, et qu'on prendrait plutôt pour le fils d'un Préfet, qu' pour celui d'un marchand d' moutons?
Mme BERTHIER.
Ça va faire deux beaux mariages au premier jour.
GEORGETTE
C'est dommage quoiqu' ça.
Mme BERTHIER.
Comment?
GEORGETTE
Oui, c'est un malheur! une jeune demoiselle qui a u" la fortune, des taleus, d* la beauté... ça devrait rester toujours fille pour faire enrager les hommes.
Mme BERTHIER.
Tu leur en veux donc bien aux hommes? Qu'est-ce qu'ils t'ont donc fait ?
GEORGETTE
Oh! pour c' qu'esl'd' moi bernicle ! j' leur défends d' m'approcher... c'est tous des enjôleurs.
Mme BERTHIER.
Cependant il y a de par le monde un certain André, qui est postillon à la poste royale de Paris et à qui qu' tu fais assez bon acceuil quand il vient ici.
GEORGETTE
Ecoutez donc, il nous amène des courriers , et puis...
Air : Eh ! ma mère , est-c que j' sais ça? Chez ma tante Marguerite, Je le vis encore entant.
Je m'souviens qu'j'e'tais petite , Et qu'André n'était pas grand; Maintenant il se dév loppe :
D'puis qu'il trott' sur c'te rout' là , Il dit qu' l'amour le galoppe.
Je n'peux pas empêcher ça.
Mad. BERTHIER.
Même air.
T'as un' min des plus gentilles ; Mais écout' bien cet avis:
Les courriers, aux jeunes fdles , Font souvent voir du pays.
GEORGETTE
Tl dit qu'il me veut pour femme , Et que quand il m'épous'ra, Chaqu' jour il m'prouvra sa flamme..
Je n peux pas empêcher ça.