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La route du Mississippi [microforme]

En ce temps-là, on voyait partout des choses surnaturelles. Les gracieuses fictions de la Grèce et les créations fantastiques du moyen-âge avaient droit de cité dans la cosmographie chrétienne et dans les croyances de l’Europe. Le monde réel était noyé dans le monde imaginaire : le vrai seul paraissait invraisemblable. Les aventuriers que le fanatisme et la fièvre de l'or poussaient en Amérique s’attendaient à fouler une terre enchantée. Il y avait d’ailleurs en Europe, à ce que l'on disait, beaucoup de sources qui guérissaient toutes les infirmités, pourquoi n'y aurait-il pas eu en Amérique une fontaine et un fleuve guérissant de la vieillesse ?

Ni plus ni moins crédule que ses contemporains et que beaucoup des nôtres, Ponce admit comme exacts les récits des indiens et partit avec l'espoir que, si la fortune le favorisait, sa femme le reverrait dans tout l'éclat de la jeunesse.

Son expédition dura six mois. A son retour les Porto-Ricciens remarquèrent malicieusement qu'il était plus vieux et plus malade qu'avant son départ. Ils voyaient juste, ce qui ne les a pas empêchés, comme tous les autres Espagnols, de chercher, un siècle durant, dans les rivières, les fontaines, les lacs et les marais, l’eau miraculeuse qui les devait rajeunir.

Ponce de Léon n'avait pas, cependant, perdu sa peine.

Le 27 mars 1512, jour de Pâques-Fleuries (Pascua Florida), il avait découvert et baptisé du nom de Floride la péninsule qui termine au sud-est l'Amérique septentrionale; il avait observé les forts courants qui viennent de l’ouest et ouvert aux marins espagnols le canal de Bahama. Cette double découverte et l'espoir de trouver en Floride d'immenses richesses durent beaucoup adoucir l’amertume de son insuccès relativement aux sources miraculeuses. :

En habile conquistador, il vint demander à Ferdinand V l'autorisation de conquérir les terres par lui découvertes. Sa Majesté Catholique accordait très-facilement ces autorisations : elles ne lui coûtaient rien, elles agrandissaient l'empire, elles

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rapportaient de grosses sommes au trésor, elles devaient, dans sa pensée, amener à la foi chrétienne les idolâtres américains. Le roi accorda donc à Ponce de Léon, son ancien page, la faveur qu'il sollicitait, et le fameux conquistador partit de Séville, en 1591, avec trois caravelles, pour faire la conquête de la Floride.

Ponce ne supposait pas que des sauvages pussent tenir devant lui. Il se trompait. Les Floridiens aimaient leur indépendance, leur beau pays, leurs pauvres cabanes, leurs enfants, peut-être aussi leurs femmes, et ne se souciaient nulle-

+ ment de passer sous le joug des Espagnols. Sans s’effrayer + de l'imperfection de leurs armes, de leur ignorance de la tac- « tique et de la stratégie, ils engagent la lutte bravement, mais, “ il faut le dire, sans courtoisie, sans nul souci des lois de la | guerre. Ils considèrent les envahisseurs comme des bandits et les traquent, les tuent sans pitié ni miséricorde, par tous * les moyens..Cela fait frémir, mais huit ennemis seulement leur échappent et, pour cette fois, leur pays est sauvé.

Ponce, blessé à la cuisse, meurt dans l’année, moins de | ses blessures que de la honte d’avoir été si complétement

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