BASLE
CHSz J. G. NEUKÏRGli 18 2 3.
Cai "S. N.
JLjes descriptions de la route du Simplon ne manquent pas. — Celle publiée en 1809 par Mr. Malle t à) a d'abord fixé l'attention, tout en rendant avide d'une autre , plus détaillée. M tB . Lory et Osterwald ont satisfait depuis le public par- un monument, vraiment national, sous le rapport pittoresque, b ) Ce magnifique ouvrage qui , vu son prix élevé, ne peut être que dans les mains de peu de monde, a été refondu dans un autre qui a paru 'l'année dernière chez M e ". Akermann à Londres, c) Cependant ces descriptions laissent encore beaucoup à désirer, faisant mieux connaître la beauté des ouvrages que les efforts qu'ils ont coûté. Les éditeurs des monumens français d) n'ont également rempli qu'imparfaitement cette dernière tâche ; ils ont fourni toutefois à l'homme qui pouvait en parler aveo le plus de connaissance, le prétexte de publier des
• ] Lettres sur la route de Génère à Milan par le Simplon, t'entes en ISO». Puis M Génère cbez Paschoud. 1 Vol. 8.
b) Voyage pittoresque de Genève a Milan par le Simplon, 1 Vol. fol. avec 33 gravures enluminées. Paï.s che* Didot . 1S11. Prii d'un exemplaire ordinaire 15 Loui ..
O Pittoresque Tour f.-om tyneva to Milan I ;. u J; - of Simplon. Impérial octato. London 1SÏ1 , chez Afccrmaon. Prix 2 et demi Guinéei. Le texte est de Mr. Schobrtle.
ii) La route du Simplon. Premier cahier des monumens des victoire* et conquêtes; des Français. Paris lï:V , cbei Pankouke.
renseignemens curieux sur la construction de cette route, e) Si de mon coté je me suis occupé à réunir dans un même cadre toutes les données que j'ai pu me procurer sur cette entreprise mémorable, je n'ai eu en vue que les voyageurs qui , non contens de voir, veulent en même tems s'instruire; et mon travail ne sera peut-être pas sans mérite à leurs veux, en attendant qu'il plaise aux hommes de l'art de faire paraître un ouvrage plus digne du sujet. /)
• ) Mémoire et observations historiques et critiques eut la route du Simplon et autres objets d'art adressées à Air. Ch. Duplu
in 4 1S20. Paris, chez Goeury.
/) Mr. Cordisr. un des ingénieurs français employés à là construction de la toute, a publié une carte topographtqne du* Simplon , dressée sut le dessin original de Mr. Céard. Elle ne comprend toutefois que la lisière des montagnes que la route parcourt, et scia, je présumé, suivie (l'une autre sur une plus
. grande échelle dans le genre des belles cartes du Mont-Cenis, pas Mess. Ramond et Derrien.
Mr. Céard avait fait faire un relief du Simplon pour être mis sous les yeux de Napoléon i mais l'artiste qui travaillait a ce relief, dans le burean de Mr. Céard à Genève, en escamota les principales dimensions et en Fabriqua un second qui fut envoyé a l'empereur de Russie , avant que Napoléon en ail eu Connaissance. Ou peut se figurer les Inquiétudes de Mr. Céard et du Ministre qui avait sous lui le département des ponts et chaussées i cependant Napoléon se borna à leur dire au .lieu de tout reproche : „ Si l'empereur Alexandre a le relief, moi.
En 1307 le gouvernement a fait frapper une médaille pour éterniser l'ouverture de la route. D'un eût* se trouve le buste de Napoléon , gravé par Andrienx , et (ur le revêts une figure colossale, assise sur des montagnes qui semblent s'affaisser
-La route du Simplon est depuis seize ans l'objet do l'admiration de tous les voyageurs. Elle est peut-être ce qui a élé fait de plus étonnant", depuis que l'on construit des. routes- Elle surpasse les ouvrages des Romains, autant par la hardiesse de la conception que par U perfection du travail. Ceux qui ont élevé le Cotisée , étoient loin de s'imaginer qu'on parviendroit il réduire des montagnes de sept à huit mille pieds d'élévation , à une pente de deux pouces par. toise. Ils savaient bien combler des profondeurs moyennant des voûtes surmontées les unes par les antres; mais qu'ils seraient étonnés s'ils pouvaient voir, comment tes énormes barrières qui avaient opposé de si grands obstacles au héros de Car. thage et à leurs propres légions, ont cédé aux efforts et au génie des descendons de ces mêmes Gaulois, aux. quels ils se croyaient si supérieurs.
Napoléon, en méditant durant les longues négocia, tions de la paix de Campo - f'ormio sur les moyens d'assurer à la France la conquête de l'Italie, sembla avoir eu le premier le pressentiment de l'importance d'une communication par le Simplon. Il en écrivit au Directoire exécutif {note 4. ) au mois de Mai 1797 , et envoya un ingénieur sur les lieux , pour savoir ce que coûterait une route a établir dans cette direction, II chercha en même tems a ouvrir une négociation avec le Valais. Le résultat de ces différentes démarches n'est pas connu ; toutefois la république Cisalpine s'occupa dèi l'année 1798 (an VI.) de l'ouverture d'une route par le Simplon , et Mr. Céard , chargé depuis en qualité
d'ingénieur en chef de cette grande entreprise) fut appelle* a s'aboucher ù cet effet avec le ministre Serbclloni à Paris.
Le gouvernement français chargea le général Lery, chef du génie à l'armée des Grisons , de faire une reconnaissance des diJFérens débouchés par les Alpes ■ entre le lac de Genève et celui de Constance, et de dresser un plan de défense de la vallée du Rhône, «n prenant pour base de son travail l'établissement d'une communication directe entre la France et la Lombardie par le Simplon.
Napoléon fit entrer cette communication dans son plan de campagne , lors de sa fameuse expédition en Italie, a la fin de Mai tfiOO, et dirigea un corps de troupes sous les ordres du général Bethencourt par le Simplon. Ce corps, fort à peu près de 1400 hommes et suivi de huit pièces du calibre de 3 et 4, arriva au point de réunion, fixé par le général en chef, plusieurs jours avant la colonne qui, sous lea ordres du général Moncey, avait débouché en même temg par le St. Gothard. Le rapport détaillé que Mr. Quatremtre-Disjonval, *) faisant alors service de chef d'état-major auprès du général Bethencourt, adressa au général en chef de l'armée de réserve, Alexandre Berthier, su Me passage du Simplon, semble avoir confirmé le premier Consul dans ses projets relativement à ce débouché des Alpes. Mr. Quatre m ère exposa dans son rapport {note j4 2.) qu'une communication, établie par le Valais et le Simplon, abrégerait considérablement les distances d* Paris à Milan *'), et quelle offrirait à la fois de plus grands
•J Le même qui , d'ap'îf les observations Faire! lui les araignées, avait préilir aji général PichïgTu le succès de son entreprise contre la Hollande en 17)4.
**) Le trajet de Paris à Milan se trouve effectivement abrège 1 de pris de 50 lieues par la rouie du Simplon, de même que Tarin se trouve rapproché dtf Paris de 44 lieues, moyennant Ja nouvelle route du Mont-Csnis par la Maurienne, et moyennant celle de Ctumbcry par Tour nus.
avantages et moins d'ineonvéniens qu'une route qu'on vou. . drait conduire par le St. Gothard ou les deux St. Bernard, tant à raison de sa moindre élévation et d'un climat relativement moins rigoureux que par sa position plus centrale entre la France et l'Italie.
La construction d'une route militaire par le Simplon a été décrétée peu de tema après la bataille de Marengo. L'exécution des travaux fut d'abord confiée à l'administration de la guerre. Far un décret consulaire du 20. Fructidor an VIII. le général Turreau de Linière fat chargé de la direction. Cependant le projet même de la route entre Brieg et Domo d'Ossola a été dressé par l'ingénieur en chef du Léman, Mr. Céârd. Une reconnaissance militaire avait été faite par un jeune ingénieur militaire, Mr. Guignardi pour servir a éclairer le général Turreau.
Les travaux furent divisés en deux sections dont l'une comprenait l'étendue depuis Brieg jusqu'à Algaby aux frais du gouvernement français , et l'autre celle depuis Algaby jusqu'à Domo d'Ossola, à la charge du gouvernement italien. Les ingénieurs qui avaient été mis sous les ordres du général Turreau, furent également divisés en deux brigades. La première avait pour chef Mr. Lescot qui mourut a la suite de fatigues , en 1S01 a Brieg , et fut remplacé par Mr. Houdouard. Sous eux Mr. Cordier était chargé spécialement de la partie depuis Brieg jusqu'audelà du Ganther } Mr. Polonceau, de là au point culminant, et Mr. Bouchot. Flaînchant, ingénieur ordinaire, de la distance du plateau à Algaby.
La seconde brigade, chargée des travaux du côté de l'Italie, était sous les ordres de l'ingénieur Duchesne qui lit ouvrir, dans les premiers dix.huit mois, la partie entre Domo d'Ossola et Crévola et faire plusieurs escarpement entre ce point et les abords de Gondo. L'ingénieur Cournon dirigea spécialement le* travaux tu passage d©
Goniloi il fut remplacé par Mr. Maillard. L'ingénieur Latombe fit extraire la galerie de Crévola. Mess. Coic. et Baduelle , encore élèves i celte époque, furent égale. mens employés dans la seconde brigade.
Les travaux commencèrent du côte de Brieg le S, Germinal an IX et sur l'Italie le 3. Nivôse de la même année, c'est-à-dire trois ans après qu'il en avait été ques. tion pour la première fois.
En vertu d'un arrêté des Consuls, du 19. Messidor an IX les fonctions du général Turreau vinrent à cesser, et l'administration du Simplon passa dans les attributions du ministre de l'intérieur. Dès ce moment la travaux, depuis la base du Simplon jusqu'à confiée â Mr. Céard, nommé inspecteur et celui-ci soumit au gouvernement dans un plan figuré tout le tracé de la route avec les détails , lequel fut approuvé par un arrêté du S. Germinal an X,
Plusieurs militaires avaient élé d'avis que l'ouverture d'une grande route par un débouché, aussi difficile que celui par le Sinjplon et le val Dovéria, n'était point dans la politique de l'empire français qui pouvait considérer ces montagnes mêmes' comme une barrière contre les invasions du côté* de l'Italie , et ils proposèrent de se bor. ner à l'établissement d'un chemin ordinaire, praticable en cas de besoin pour les troupes, mais également facile a détruire dans le cas qu'il faudrait abandonner sa dé. fense. Néanmoins le ministre de la guerre approuva la projet des ingénieurs d'eu faire une grande communication militaire et commerciale, et le fit agréer du gouverne* ment, en lui exposant que, pour défendre ce passage, il suffirait de construire des redoutes qu'il serait facile d'à. briter dans les sinuosités du long défilé du val Dovéria.
Du côté de l'Italie le général du génie Chasseloup avait proposé de faire diriger la nouvelle route de Domo
d'Ossola sur le lac d'Orta , à mille pieds d'élévation au moins au-dessus du niveau du Lac -Majeur qui lui est parallèle, d'au' elle serait venue joindre la roule actuelle près d'Arona, après un trajet de l4 lieues à peu près. Mais Napoléon , sur les observations de la direction des ponts et chaussées, décida qu'elle suivrait le bord du Lac- Majeur , sans monter ni descendre. Elle se trouve au-' jourd'hui établie de niveau, le long du lac, a ,16 pieds d'élévation au-dessus de ses basses eaux.
Après les premiers six mois de travaux, les ingénieurs français, employés du côté de l'Italie, furent. rappelés, a l'exception de Mr. Céard qui conserva la direction jusqu'à leur fin } et le surplus des ouvrages, depuis Algaby jusqu'à Domo d'Ossola sur six lieux de' longueur et' de là à Arona (14 lieues) à été exécuté par les ingénieurs italiens. Mess. Gianella , Bossi et Vivian). „ Le premier était un «avant distingué qui possédait et méritait toute la cotù fiance de son gouvernement — r le second, habile architecte, et le troisième, hardi constructeur — „ la terreur des rochers. " * )
Four mettre la nouvelle route en communication directe avec la capitale, .on a dû remonter jusqu'au delà du Jura et chercher les alignemens les plus courts au sud du lac de Genève et dans le Valais, dans une étendue de plus de quarante lieues. Elle a été conduite de Morex au point culminant dans la vallée d'Aspe, et delà par le vallée de Dappes à Gex. **) II a fallu ouvrir un nouveau passage
*l Je rappelle ici textuellement l'éloge qu'an fait Mr. Céard dan» son mémoire iur la roule de Simplon.
*•) La route traverse celte vallée qui appartient à la Suisse, dans une longueur d'une lieue i peu prés , entre le» Creisoniircs el la Taitay, lui nn terrain tout à fait inhabile. Pour cette parcelle, il Y a ta 20 ans de négociation:, à la suite desquelles le route a été ouverte a mai» armée, La confédération helvétique
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an col de la Faucille et surmonter de grandi obstacles. De Genève a Evian on a conserve" l'ancienne route par Thonon ainsi que le pont en pierre sur la Dranse. *), Entre Evian et St. Gingulphe où est la frontière . du Valais, la nouvelle route suit également encore la direction de l'ancien chemin jusqu'à la Tour ronde , en côtoyant le rivage du lac. Ici des roohers immenses ") dont les parois s'enfoncent presque verticalement dans le lac, fermaient autrefois le passage et laissaient a peina place à un étroit sentier. C'est dans les flancs de ces rochers, rendus célèbres par la description éloquent* de l'auteur do la nouvelle Héloïse, que les ingénieurs français ont trouvé moyen d'établir une chaussée large de 24 a 26 pieds, à 32 pieds au-dessus des eaux du lao qui dans cet endroit a 960 pieds de profondeur. Des escarpemens, quelquefois de 100 à 110 pieds de hauteur, des murs de soutènement d'un travail prodigieux, enfin des parapets et des ponts en granit d'une construction élégante attestent que cette entreprise n'a été arrêtée par aucun obstacle. C'est surtout , va du lac , que
■'a jamais voulu y renoncer. et les tentatives qui ont été" faite: a ce sujet depuis le retour des Bourbons . n'ont pis eu plus de luteis que celles qui avaient eu lieu auparavant.
*) À un quart de lieue de Thonon. Il «t fort long et très- étroit. On avait pensé il ep construire nn nouveau dans un lien ou la lit de la rivière est plus resserré; mats ce projet devant changer la direction de la route et lui faire abandonner la ville de i Thonon, on y a renoncé. La route de Genève h la Tour rondo avait été construite pat Charles Emanael III. dans l'espérance de faire renaître le commerce et l'aisance dans cette partit du ChablaiS qui avait beaucoup souffert des guerres du seizième
' tiècte. Ce prince voulait la continuer et établir nne communication avec l'Italie par le grand St. Bernard, mais les Vslaisans s'y opposèrent.
«* ; Les raeheii de Heilleraie.
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l'ensemble de ces ouvrages présente un spectacle imposant. Le pauvre Jean Jacques ne s'y reconnaîtrait plus.
La réunion du Valais â l'empire Français, justement regardée comme une usurpation , a été une conséquente de la construction de la nouvelle route par le Simplon. Il aurait été difficile, si non impossible, de s'assurer une communication aussi importante à travers un pays étranger où les mauvaises dispositions des habitons a l'égard de cette entreprise, bien qu'elle leur offrît des avantages incontestables, s'étaient déjà manifestées plus d'une fois , entr'autrés en 1802 où ils avaient formé un complot, dans le but d'intercepter les approvisionnement nécessaires pour les ouvriers employés à la route: Le Valais a été réuni de force à' la France, par un décret du 12. Novembre 1810, sous la dénomination du département du Simplon, toutes les tentatives faîtes par le gouvernement français auprès des députés Valaisans pour les engager à une soumission volontaire ou condition. «elle , étant restées infructueuses. Les noms de ces députés. Mess. Stokalper et Dérivas ■ méritent d'échap. per à l'oubli. *)
Le Valais n'est, pour ainsi dire , qu'un immense fossé, formé par les di'iix chaînes de montagnes les plus élevées en Europe. Le Rhône qui le traverse dans toute sa Ion. gueur, reçoit toutes les eaux qui descendent des glaciers -depuis la Furca jusqu'à la Dent do Midi. Sa pente depuis
i. Décembre 1510 : „ La réunion t
„ que je fais faire depuis dix an?, dans cette partie des Alpe „ Lots de mon acte de médiation , je séparais le Valais de „ confédération helvétique , prévoyant dis lors une mesure „ utile à la France et i l'Italie. " — Il était loin de prévo qu'une armés autrichienne aurait les prémices de cette rou superbe qu'il jugeait si utile a la France.
les glaciers on il prend sa source , jusqu'au lac Je Genève est «le 713 toises. Parmi les nombreux torrens qui viennent le grossir, on distingue la Salanche qui forme la belle cascade de Pisse. Vache , le Trient qui descend de la vallée de Valorsine, la Dranse qui réunit les eaux qui. ; des glaciers du grand St. Bernard , la Borgne ; l'étroite vallée de Hères, la Dala qui se fait jour a travers les précipices de la vallée de Louacha (Leuk) la Lonza qui arrive par la vallée de Loesch , la Visp qui se nourrit des glaciers du Mont. Rose et du Mont.Cervtn, et la Saltinè qui lui porte les eaux dû Simplon et celles de la vallée du Ganther. Un de ceux qui menacent le plus par leurs ravages annuels la nouvelle route, est le torrent jaune au-dessus de Sierres qui, après quelques jours de pluie, produit chaque fois une révolution terrible.
La surface du Valais comprend a peu près deux cents lieues carrées | dont quatre cinquièmes au moins sont occupés par des glaciers , des rochers arides et des , plus ou moins dévastateurs. * ) Cela n'empech*
) La longueur du Valait est estimée i 90,000 toises. La partie
depuis ta frontière occidentale k St. Gingulphe jusqu'à Brjcg qui a été mesurée par des ingénieurs français, comprend une «tendue de 64,478 toiïcs , et Celle de Brieg s
à 25— 26 mille.
1 ai ion était
tfs françaises , de 43,533.
On trouve les meilleurs renseigne mens statistiques sur le Valait dans l'ouvrage dn docteur Schinner, intitulé ; „ Descrij-tion du département du Simplon. Sien 1812. 1 Vol. 8. " et dans l'annuaire helvétique (Helvetische Almanach) pour l'année 1820. Je recommande à ceux qui aiment les tableaux pittoresques , lit lettres sur le Valais par Mr. Eichassemux , 1806. — Sous le point de vue minera logique le -Valais a été examiné par Air. Dolomieux et par un de ses élèves , l'ingénieur des mines Champeaus — sons celui de la botanique particulièrement par Mr. le prieur Murith h Marttgny.
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pis que et pays singulier ne réunisse soi» le mSrne cie) tous les contrastes de climat et de végétation et . présente dans un même cadre tout ce que la Suisse a de pittoresque dans tous les genres. Tout le Valais n'est qu'une longue galerie où les grands accidens de la nature et les paysages les plus sauvages et les plus agréables, les tableaux d'un Salvator Rosa et ceux d'un. Gefsner, se succèdent sans interruption, Ce qui frappa particulièrement les voyageurs, ce sont ces villages suspendus à plusieurs mille pieds d'élévation sur les pentes escarpées des montagnes, et dont l'œil cherche en vain les avenues. Il y en a, comme dans la vallée de Lcesch, qui sont isolés du reste du monde pendant sept mois de l'année, et d'autres, comme dans la vallée de l'Ouaclic, auxquels on ne parvient que moyennant des échelles attachées de sursaut en sursaut. *)
La vallée, du Rhône est la plus profonde connue sur notre globe, **)' Elle' renferme en même tems les passages les plus élevés en Europe. ***> Dix-sept vallées latérales y aboutissent: Savoir, du côté du midi les val. lées d'illiers, de Ferret, celle d'Entremont qui conduit
) Comme p. c. le village d'Àlbinnen.
*) Cette profondeur est surtout remarquable dans les environs de Btleg qui est situé entre le Finsterarhorn 113,234) et le Mnnt- Kosa 14..5S0 pieds an-dessus du niveau de la mer. La petite ville de Bries a elle-même 2104 pieds d'élévation, de manière que la paroi méridionale a 12.476 et la paroi septentrionale 11,130 pieds de hauteur. La vallée de Chamouny n'est que de 11,531 pieds plus basse que la cime du Montblauc, celle de Lauierbtuuaen seulement 10,412 pieds au-dessus de la Jungfrau , et le Chimborszzo ne s'élève qut °,°S2 pieds au-dessus de.la vallée
■••) Savoir celui pat le grand St. Bernard 7,47(1, celui par 11 Gemmi S,»S5, celui par le Simplon. 6,174, celui par le Griets 7,333, cnEn le sentier par le Mont-Cecvin , 1c plat «levé de tous , 10,234 au-dessus de la mer.
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au St. Bernsrd — là vaille de Bagnes, devenue réeem. ment célèbre par ses inondations *) — les vallées de Hères, ffAnniviers, de Tourtemagne , de Viège, oeil* de Sa» qui s'élève vers le Mont.Antrona et le Mont. Moro , celle de St. Nicolas qui aboutit an Mont . Cervin ou Matterhorn, enfin celle de la Saltine ru pied du Simplon — du côté du nord: la vallée de Louache, fermé* par les rochers de la Gemini, et celle de Lœsch, située tout a fait an dedans de la chaîne septentrionale dea montagnes du Valais d'où un sentier trèî-d ange renx passe dans la vallée de Pruligen (canton de Berne). ' Cette vallée qui appartenait autrefois toute entière a la noble famille de la Tour, fameuse dans l'histoire du Valois, est dominée par nn immense glacier de 12 à 13 lieues d'étendue qui, sur le revers septentrional, descend jusque dana la vallée de Frutigen. Sur le revers oriental du Simplon est la vallée du Krumbacb, et à l'est de la vallée supérieure du Rhône se trouve, a une grande élévation , la vallée de Binnen ( fBtnittnt&al ) qui communique avec le val Antigorio.
Après avoir fait connaître le pars que la nouvelle route doit parcourir pour arriver aux frontières de l'Italie, nous allons reprendre sa description au point où sous l'avons quitté, c'est. à. dire a St. Gingulpbe, frontière du Valais. De ce point la Toute continue i suivre les bords sinueux du lac Léman jusque près de Boveret; un peu plus loin elle passe sous la porte de l'ancien château, nommé la porte de Ce (Saix, ou Sez) autrefois regardé comme la clef du Valais. Bientôt ie pava s'élargit ; et la route , tracée de niveau a travers de belles prairies et de riches vergers, ne rencontre plus d'obstacles jusqu'à St. Maurice. Ici le
•) £o Avril ISIS.
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Valais se trouve tout à coup resserré entre deux immenses montagnes (la Dent de Midi et la Dent de Morales *), et le pont sur le Rhône, à l'entrée de la ville, occupe la vallée dans toute sa largeur. Ce pont, auquel les bases des deux montagnes que je viens.de nommer, servent de culées , appartient au Valais , et non conjointement au canton de Vaud , comme le dit Mr. Mallet dans tes' lettres sur la route de Genève s, • Milan, Sa construction hardie, n'ayant qu'une seule arche en pierre de 160 pieds d'ouverture, l'a fait attribuer aux Romains , mais les documens du pays < Ut Mff fd)i(b'S) mettent hors de doute que l'éveque Jodocus Sillenus (de Silinen) l'a Tait construire, ou du moins reconstruire, eu 1482; le mime releva tous les mono. meus qui avaient été détruits dans la guerre précédente en 1475, et fit rebâtir les châteaux de St. Maurice et de Martigny.
À l'entrée de St. Maurice,, il reste un rocher saillant a enlever qui surplombe et rend le passage encore difficile pour les chariots d'une grande dimension. D'au. très ouvrages sont encore à faire, entre St. Maurice et la base du Simplon, particulièrement entre Sierres et Glyss, pour rendre cette route dans toutes ses parties également belle et commode ; cependant les grandes difficultés étant partout aplanies , la route est depuis 12 ans parfaitement praticable, dans toute son étendue, pour les équipages de toute espèce.
De St. Maurice à Brieg la pente est très. douce. L'inclinaison totale, depuis la base du Simplon jusqu'au lac de Genève, n'est que de 193 toises sur une longueur d'à peu près 60,000. La route traverse Martigny, Ridde , Sion, Siders, Tourtemagne et Viège ou des relais de
•) Itui «lévaiion lu-denui île la uiir cit de 9ÏDÎ et de 'JISt pied*.
ponte sont établis. Non loin de Hidde , «lie patte 1 ]■ droite dn Rhône, pour repasser à sa gauche au delà de Sidéra.
À une lieue de St. Maurice, la fameuse cascade de Pisse -Vache fixe l'attention du voyageur; il y en a une autre près de Tonrtemagne, mains renommée, mais ni moins belle ni moins imposante, versant ses eaux dans une enceinte demi, circulaire, formée par des rochers à pic d'un effet très- pittoresque. À Viège, on découvre la cîme du Mont-Rose, dont les formes saillantes se détachent majestueusement au. dessus de l'immense chaîne de glaciers qui forment la frontière entre l'Italie et le Valais. Rival en hauteur du Montblanc > le Mont. Rose lui est bien supérieur pouf l'effet pittoresque. C'est un géant qui a l'air de balancer sa tète dans les airs, et dont on reconnaît la physionomie à plus de vingt lieues ' de distance.
Vers Brieg, le pays s'élargit, et la vallée du Rhône qui depuis St. Maurice se trouve toujours plus ou moins resserrée , forme ici un bassin d'une lieue dé jiamètre. Dn côté du nord la vue s'étend sur les glaciers d'Aletsch qui descendent du révers méridional de la Jungfrau, et vers le Fïnsterarhorn , le pic le plus élevé dans la chaîne septentrionale du Valais. *) De l'autre côté , on aperçoit les premiers ouvrages de la route du Simplon qui s'élève insensiblement et se perd dans des forêts de sapins et de mélèzes. La vallée d'où sort la Saltine, n'apparatt que comme une profonde crevasse , et on ne se doute pas que ce soit dans sou enceinte que se trouve tracée la plus magnifique route du monde. La petite ville de Brief, ■ mon avis la P lus jolie du Valais, se présente avec ses toits couverts de schistes
•) 13,254 sied! mfvant Mr. Tfa!l«.
micacés et surmontés de globes de fer. blanc, dans le fond de ce charmant paysage.
La route du Simplon proprement dite , c'est-a-dire celle qui établit la communication par la montagne , commence à la place, formée devant l'église de Gliss, et se termine à Domo d'Ossola. Cette étendue comprend une langueur de 6*, 670 mètres. *) On a choisi le point de départ a Gliss de préférence a Brieg, bien que cette ville soit plus importante pour le commerce. Placée trop bas et exposée aux dépote du torrent de la Saltrae, elle présentait de .grands obstacles pour l'alignement de la route. En s'élevant de Gliss, on a 'trouvé la facilité de franchir le torrent moyennant nn pont d'une seule arche, se soutenant sur deux rochers a pic Au delà de ce pont , la route se développe sur deux jolis coteaux , jusqu'au- dessus du hameau la Rîette, laissant Brieg h gauche dans le fond, côtoyant le Mont. Calvaire et le Brandewald , d'où elle arrive par une seule rampe au point forcé qu'elle doit contourner pour entrer dana la vallée de Ganther. Au fond de cette vallée qu'elle remonte également sur une seule rampe, ce trouve te pont* du Ganther , appuyé sur d'immenses culées en pierre de taille. Quoi qu'en face de fortes avalanche», il est, par son 'élévation et par la solidité de sa construction, à l'abri de tout acoident. De ce pont, la route s'élève sur trois rampes en lacet jusqu'au refuge do Berixal d'où elle n'en suit plus qu'une seule jusqu'au sommet. On avait percé non loin du pont , du côté du Valais, la première galerie; elle a été supprimée pour
*J Voyta pout les dimensions, UmltS.
«bvier aux éboulemens fréquens qui résultaient de la composition schisteuse de U montagne. .
Le trajet depuis Gliss jusqu'au pont du Ganther offre une des promenades les plus agréables. La forêt de mélèzes qu'on traverse, lui donne un attrait de plus par ses ombres et sa fraîcheur. Le voyageur, saisi a la fois par le mouvement continuel et par la magnificence des objets , se sent devenir toujours pins impatient des nouvelles scènes qui l'attendent. Il se détacha toutefois avec peine du frais et riant paysage de Brieg surmonté de l'immense chaîne de glaciers qui s'étend depuis le Finsteraarhorn jusqu'à la Gemmi, et dent les aiguilles se dessinent comme d'immenses crénaux sur l'horizon de 1» Suisse.
À mesure qu'on avance sur la nouvelle route, les sites . se multiplient. Une seconde forêt de sapins au delà de Berixal conduit à la galerie de Schalbet, percé* «ur une longueur de 33 mètres (95 pieds ) dans une masse saillante de granit feuilleté. A l'extrémité de la galerie, on découvre le ■ tracé de la route jusqu'au sommet , et dans ie fond du tableau une partie de la chaîne méridionale des Alpes, ayant l'immense glacier du Rosboden presqu'en face, et à ses pi*ds le profond abîme où la Saltân» et la Tavernette B< réunissent avec grand fracas. Bientôt on atteint le passage le plus à pic et le plus dangereux. On a du conduire la route , dans une petite étendue a la vérité , immédiatement au-dessous des glaciers de Kaltvrasser desquels se détachent plusieurs torrens qui, grossissant d'an moment à l'autre et «e précipitant avec impétuo. site sur des pentes de rochers très-rapides , causent souvent de grands dégâts. D'ailleurs ce passage , est
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exposé a des coups de vent d'une violence extrême. Au mois de Mai 1811. une avalanche emporta huit personnes et les lança au delà du parapet dans le fond du vallon de la Tavernette. À l'extrémité du passage, est une seconde galerie de 42 mètres de longueur, dite celle des glaciers. Elle est parfois obstruée par les neiges qui se détachent du Schônhorn , et l'eau qui s'infiltre dans les fentes du rocher, y forme une pluie continuelle. Pour éviter tous les dangers que présente ce passage, il aurait fallu, m'a. l'on assuré, conduire la route dans le fond de la vallée et la faire remonter ensuite dans la direction de l'ancien sentier vers le plateau , ce qui , outre l'inconvénient d'une grande dé. pense, aurait eu encore celui d'une pente excessivement roide, celle de l'ancien sentier étant a peu près de 215 toises.
Déjà la vivacité et la pureté de l'air annoncent un climat plus rigoureux. Les arbres ne font plus que lan. guir, et bientôt ils vont disparaître entièrement. Cependant uu beau gazon bien velouté couvre encore lé peu de terrain dont les glaces ne se sont pas emparés. En sortant de la galerie des glaciers, on apperçoit poui la dernière fois ( a une distance d'à peu près cinq lieues) les riantes prairies qui bordent le Rhône. Bientôt , après avoir tourné la base du SchÔnhora, on atteint le plateau ou le col du passage du Simplon.
Ce plateau, élevé suivant Mr. Céard de 3005 mètres, -56. c. (ou 6174 pieds) au dessus de la mer,") est un vallon presque circulaire n'ayant pour encadrement que des rochers arides et des glaciers parmi lesquels
•) De deisui la plactc de BritK au commet du Simplon Mr. Suiiutr «ait trouvé 1 par toir nivellement 465 toise! — Et Air. Cini arts le ninau d'aaa «7» — « qui aiffèrt île 13 t«ii«.
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celui du Rosboden qui appartient tu groupe du Simplon proprement dit est le plus imposant. À l'est se' présente le Materhorn et dans le fond du tableau, ver» le midi, le Fletschhorn, tout cuirassé de glace, l'un des plus superbes monts de la chaîne méridionale des Alpes, Sur l'horizon septentrional se retracent encore les sommités des glaciers d'Aletsch et du Lœschthal et les cimes jumelles de la Gemini, mais pour disparaître bientôt entièrement C'est dans cette triste enceinte, qu'on avait commencé à construire l'hospice auquel Napoléon avait affecté un revenu fixe de 20,000 franc» en Italie, et dont les desservans devaient dépendre du couvent du St. Bernard. Les destinées de l'illustre fondateur ont décidé de celles de cet établissement. L' édifice qui devait avoir trois étages sur 60 mètres dé longueur et 20 mètres de largeur, ne s'est point élevé au dessus du premier étage. Mr. Dalève , chanoine du St. Bernard, avait été dessigné comme chef du nouveau couvent qui devait être composé de quinze desservans , y compris les domestiques. Ce respectable ecclésiastique habite maintenant, avec un de ses confrères, un ancien donjon situé un quart de lieue plus bas et appartenant à Mr. de Stokalper, le propriétaire le plus aisé et le plus bienfaisant dans le Valais.
On descend la montagne sur une chaussée très massive jusqu'au village du Simplon , éloigné du plateau I peu près d'une lieue et demie, se trouvant plus bas de 526 mètres, 24 c. (1620 pieds) et i479m. 32 c. (4548 pds. au. dessus duniveau de la mer.) La pente du Sempione àDomo d'Ossola est de 3635 pieds. Sur le revers occidental de la montagne s'ouvre un profond vallon *) tapissé de beaux gazons et arrosé par le Krumbach qui , avant
•; C'«t dam « vallon lu'cit situé l'hospice pioiiiolrt.
(('arriver au village de Sempione, reçoit I«f «aux do. gengbach. Le premier de ces torrens s'alimente des glaciers du Schânhorn, et l'autre de ceux du Rosboden. On les passe tous deux sur des ponts massifs, s'appro. client toujours davantage des énormes masses de neige qui couvrent la base des glaciers, et dont la blancheur éblouissante est encore relevée par la couleur sombr» des sapins qui les encadrent.
Le village Sempione est situé au fond d'une gorge étroite, formée de masses imposantes de rochers. I,e» glaciers du Rosboden en approchent à une petite lieue* près et contribuent à rendre ce séjour des frimas , encore plus âpre et plus froid. Le sort des hommes qui le Bout resignés à habiter on pareil désert, dan» un pareil climat, n'est certes pas a envier. Toute leur fortune repose sur les secours qu'ils offrent aux passane* le sol. leur réfutant tout moyen d'existence. Les voya. geurs ne seront pas fâchés d'apprendre, que dans ce plus triste des gîtes une famille française a entrepris, il y a peu d'années, d'établir une bonne auberge.
A une demi-lieue de Sempione la route tourne sur un angle très aigu , pour s'enfoncer dans l'étroite vallé* de Kiumbach, encombrée de blocs de granit et d« gneiss que les torrens détachent continuellement des parois des montagnes. Le Krumbach se perd au milieu de ces débris dans un autre torrent, la Quirna, qui descend des glaciers de Lacjuî et prend après cette réunion le nom de Dpvéria. Il faut se résigner a errer pendant cinq lieues de chemin dans des défilés qui semblent n'avoir pas d'issues, et dans lesquels en beau, coup d'endroits les rayons du soleil n'arrivent que par reflet. Dans tout ce trajet la nature opposait le» plus grands obstacles a la construction de la route. Elle est aujourd'hui unie comme une allée «le jardin
m dépit des rochers, des précipices et des torrens. Il avait été question de diriger la route par les hauteur* de Bugliano, Frascinod! et Trasquera, pour éviter le* difficultés de la vallée; mais celles qui se présentaient sur ces hauteurs , ayant été trouvées encore plus grandes, ce projet a été abandonné.
On pénètre dans la sombre vallée de Gondo pav la galerie d'AIgaby , taillée dans un massif de granit 1 de 215 pieds d'épaisseur. Les ingénieurs avaient projeté d'établir un petit fort pris de l'angle tournant entre cette galerie et le village de Sémpïone qui aurait défendu ce passage. Un tel fort eut été une appartenance naturelle d'une route militaire aussi importante que celle du S impion , et Napoléon a du se repentir de sa trop grande sécurité à cet égard. Il en aurait sans doute mieux saisi l'importance , s'il avait jamais été sur les lieux; mais il est digne de remarque, que mal. gré sa prédilection pour la communication avec l'Italie par le Simplon, il n'a jamais visité les immenses travaux qu'il a fait faire pour l'établir. ' ' J. '
À mesure qu'on avance dans la vallée de Gondo, les montagnes se rapprochent et souvent laissent a peine assez d'espace pour la route qui , à chaque pas , doit disputer le terrain au torf ent. ' C'est un labyrinthe entre des rochers qui , en beaucoup d'endroits, s'élèvent a plus de deux mille pieds au-dessus de la route. À l'un des passages les plus étroits lé pont, surnommé ajuste titre ponte alto, embrassé toute la largeur de la vallée. Toutes ces belles horreurs prennent un caractère encore plus imposant a l'avenue de la grande galerie de Gondo» Cette galerie, saiis contredit, l'ouvrage le plus grandiose sur cette, route, a été ouverte, comme celle d'AIgaby, dans un granit très - dur et dans un lieu qui n'offrait •l'autre issue qu'a travers les rochers. Sa Jongeur est de
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celui de Gondo, L'aspect de la route continue à être sauvage. Elle a été percée, près d'Icelle, dans un rocher saillant, qui, du côté du torrent, ne repose que sur un pilastre de granit, comparativement très mince. La coupe de ce passage est très - hardie. Les fréquentes chutes de la Dovéria et les cascades formées par les torrens qui viennent s'y rendre, animent la paysage. A une lieue d'Icelle, on entre dans le riant talion de Dovedro en traversant la Cherasca. Les vignes et les châtaigniers font pressentir le pays fortune* qu'on va atteindre. Mais bientôt les ruchers se rapprochent de nouveau, et tout reprend un caractère sauvage*, jusqu'au magnifique pont de Crévola d'où l'on découvre tout à coup la belle Italie ! Le coup d'œil est magnifique. Feu avant d'arriver & ce pont*) on traverse la galerie de Crévola, ouverte dans le granit, éclairée dans le milieu et fort belle **). Le pont dont la construction et l'emplacement sont également remar. qnables, ferme la vallée du Simplon. Il est composé de deux arches en bois, de 20 mètres, 70 cent: (63 pieds) d'ouverture chaoune, qui sont soutenues par une pile en pierre de taille, de 70 pieds de hauteur, et par d'immenses culées, affermies dans le roc***). On prend congé des sombres défilés de la Dovéria, où la nature, comme dit Mr. d'Ecbasseriaux, paraît aveir coulé et frappé en bronze. Le tableau que forme le bassin de Domo d'Qssola , offre un contraste bien
') La distance de pont sur la Cherisca jusqu'à «lut de Crfuola
est de deux lieues environ — cl celle de la galerie de GujidOf
I Cberasca i peu-près la même.
•*) Elle a été exécutée en grande partie par l'ingénieur Litumlic,
Sa l'onguent est de 170 pieds environ.
«*») Il à M exécuté par Ici ingénieuri italiens inr 1« dessin! it
l'ingénieur en cbef Mr. Céard,
agréable- Le Fond est occupa par l'immense chaîna des montagnes qui séparent l'Italie «t la Suisse. Dm» l'avant. scène , se groupent le Mont Crestèse, le Mont. Mazèra, la colline de Trontano; 1« pars est couvert d'élégantes habitations i^pnt In blancheur éclatante tranche pittoresquement sur le verd foncé des châtaignier* qui en couvrent les avenues. Toute la végétation annonce un antre .climat, comme la physionomie des habitant et leur langage annoncent un autre peuple. *)
De Crévola à porno la nouvelle route est tracée en droite ligne , sur un plan insensiblement incliné. On traverse .un peu plus loin que moitié chemin le torrent de Buguano sur un pont considérable en bois. Domo d'OsscJa, petite ville assez bien bâtie, n'a de remarquable que son site , embelli par la jolie colline du Calvaire qui la domine.
De Domo au Lac Majeur la route suit dans une longueur de 46,000 mètres, la vallée de la Toccin, efant alignée tantôt sur l'une tantôt sur l'antre rive de ce fleuve qu'elle traverse sur des ponts magnifiques, A Villa, près de Mazzone et Menangione. Le site de Villa est le plus remarquable dans ce trajet. L'empla. cément du pont rappelle celui de St. Maurice , à l'entrée du Valais. Vis. a. vis de Mazzone, s'ouvre là vallée du Mont.Rosa, moins renommée par sa belle végétation que pour les mines d'or qu'elle renferme. C* métal précieux s'y trouve dans du granit veiné. Entra Mazzone et le Lac Majeur, on laisse à peu de distance, à sa gauche , le petit lac de Mergouo , dans le voisinage
•) Un antre passage des Alpes aboutit encore 1 Crévsla, «lui p a, le Criei et le val d'Aotignro. un 'des plut difficiles, mail Mâts fre'Bueaté pendant 1rs mois d'été pu i« marchand! de fromage lui arrivent du canton d* perse pu It GrimseJ.
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paraît y avoir» a plaisir, réuni tout ce qu'elle a d« plus capable d'enchanter le* yeux. En effet, on ne peut rien trouver de plut délicieux que là vue quloffre, depuis la belle plate-forme de la route, le Lac Majeur, ses ttes, aea rians coteaux, et tout l'ensemble de son ravissant paysage. "
„ La route passe par Bsveno et Belgirate ou sont établis les relais de poste. Près de Baveno est la car. rière de granit rosat, d'un grain tris fin» qui a fourni en partie les belles colonnes de la cathédrale a Milan. Baveno est presque vis-à-vis de l'Isola bella, moins attrayante par l'architecture bizarre de ses palais et de ses terrasses que par l'effet magique de son site. Vis. h. vis, sur l'antre rive da lac, une nouvelle route a été établie depuis Lareno, pour servir de communication directe, avec le lac de Côine. Le pont sur le Trefiume près de Baveno, à l'embouchure de ce tor. rent dans le lac , fixe l'attention du voyageur par l'élégance de sa construction et par son matériel précieux qui est d'un granit blanc, veiné de rouge. Stresa offre une vue magnifique sur les îles et sur les montagnes qui cou. ronnent le lac, parmi lesquelles te distingue à l'Est celle nommée la Madonna del Monte, au-dessus de Varese, but de beaucoup de pèlerinages. On trouve nn assez bon ghe » l'auberge de la poste a Belgirate. À deux
' lieues de la , la petite ville d'Arona s'avance dans le lac. Le promontoire assez élevé sjir lequel se trouvent les ruines de l'ancien château des Borromées, est d'un bel effet. C'est là, que naquit Charles Borromée dont le nom rappelle toutes les vertus de bienfaisance. La
. statue colossale que sa famille , aidée des pieuses munificences des concitoyens, fit ériger en son honneur, •et moins remarquable comme objet d'art, que par ses
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dimension». *) Elle rappelle ces fameux colosses qui
ont été des objets de mille chei les Grecs. Le saint regarde vers le lac et donne a tout ce qui l'entoure! ■a bénéd:ction<
Au de là d'Arona la route s'éloigne du lac et se plie a son extrémité pour arriver au Tessin vis. à. vis do Sesto. On passe ce fleuve dans un bac. L« gouvernement de feu le royaume d'Italie avait déjà alloué une somme de 1,060,000 fra. pour y faire construire un pont qui, par son emplacement et par sa longueur, **) serait devenu un des plus remarquables de tous les ponts qui exîs. tent.
Nous avons vu que les travaux de la route ne s* terminent point à la sortie de la vallée du Simplon. Les ouvrages qui ont été faits entre Crévola et Arona , ne sont pas les moins remarquables. La nouvelle route, devait conduire jusqu'au centre de la Lombardie, et aboutir au superbe arc de triomphe à l'entrée de Milan, destiné a être la porte du Simplou •** \, Placé a l'extré.
*) Sire Zanrïla de Pavfe et Bemardo Fakôal de Lupno ont été «barges de l'exécution ■ et l'ont terminé eu 1697. Sa hauteur ait de 6(1 pieds ; celle de ion piédestal . .qui fit du granit , de 46 — en tout 112.
•»] Il devait avoir 35 plies.
•••) L'érection de et monument avait d'abord fté décrétée en 1301 far le gouvernement de la république Julienne en l'honneur de ton fondateur- Plus tard 1SDC il ■ été voté par la municipalité de Milan en commémoration de In victoire de Jena. te marche» Lnigi Cagnola ta a dressé In plans, tes dépenses avaient été évaluai a 1,300,000 Fr. ; tuait elles auraient probablement depassé de beaucoup cette somme. Jamais plus beaux matériaux n'ont été employés à pareil usage, tes artistes les plus distingués tels que Pacetd, Monti de Milan, Moati deRavenne, Acquit if, Pitii et Marcheii ont travaillé ana basreliefs et antres ornement. 11 me semble toutefois, que et monument aurait dû être conçu dans de plut grandes proportion! pour être plai analogue aux localités et S ta destination.
xiti du champ de mats, en face de l'ancien château dégarni aujourd'hui de ses bastions ; ce monument devait recevoir autant par son site que par sa. magnificence un caractère imposant; mais étant parvenu dans sa construction à peine a la moitié de sa hauteur, il ne sert aujourd'hui qu'à augmenter les nombreux témoignages de l'inconstance des choses humaines.
À Sesto, on entre dans les belles plaines de la Lombardic. La routa conduit par Somma , Galiarate et Rhô; c'est l'ancien chemin, de Milan, an Lac Majeur, mais mis en partie a neuf, élargi et embelli en diffère ns endroits. On se trouve continuellement entre de vastas champs de maïs et de millet, entrecoupés de mûriers et de treilles. Près de Somma, on passe la Strona sur un beau pont de nouvelle construction. Le* historiens placent dans les environs de cette petite ville le champ de bataille devenu célèbre par la victoire remportée par Annibal sur Scipion. — Les voyageurs s'arrêtent a Rhô, pour voir la belle église consacrée a la Vierge, bâti* sur les dessins de Fellegrino Tibaldi, et a Legnano , pour visiter les ruines du palais d'Otbqn Visconti , ainsi que l'église paroissiale dont le dessin est attribué au Bramante. La magnifique chartreuse que l'archevêque Jean Visconti avait bâtie ( en 1349 ) a Carignano , n'existe plus depuis 24 ans; mais des monumens plus dignes d'admiration se présentent au voyageur dès «on entrée dans la capitale de la Lombardie.
Après la description que je viens de faire de la route du Simplon, il sera inutile, je pense, d'observer qu'elle est et restera probablement , unique en sou genre. Les ouvrages qui ont été jugés nécessaire* pour en faire un établissement durable et utile , mérite. raient une description plus détaillée , faite par des hommes de l'art; «Ue formerait un excellent cours d'instruction
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pratique pour les ingénieur* Les escarpement extra, ordinaires faites au Col de la Faucille, aux rochers de Meilleraie, dans les défilés du Simplon, les massifs de muraille qui soutiennent la route le long du lac de Genève et du Lac Majeur, cette quantité de ponts *) , enfin , ces galeries ouvertes , dans les rochers les plut durs, tous ces ouvrages, sont autant d'objets d'étude et d'admiration. Cette route présente, on peut le dire sans exagération, un triomphe continuel des efforts de l'art et de la persévérance humaine sur les plus grands obstacles de la nature.
Si quelque chose peut encore ajouter a l'intérêt qu'ins. firent ces magnifiques ouvrages, ce sont les mesures prises à l'égard des voyageurs. Rien n'a été négligé pour les mettre à l'abri des accidens. Il y en a qui se joueront toujours du génie des hommes; mais c'est déjà on grand triomphe que d'en diminuer les effets. Les dangers qui resteront permanent, ou qui se répéteront chaque année , sont ceux des avalanches , dans la partie haute du Simplon, au pied des glaciers de Taverne tte **), et les encombrement dans les défilés de la Dovérîa. Lors de mon premier passage , un immense bloc de granit venait d'obstruer le défilé entre Algaby et Gondo. Il n'avait cependant presque pas endommagé la route. Cent cinquante personnes arrivées des villages de Sempione et de Gondo, étaient occupées sur le champ à le faire disparaître. Les avalanches *•*) sont
■) I) en existe entre Gif» et Sesto £11 de toutes les dimension*, paimi lesquels V. considérables. Ceux Sur la Saltine, tur le Ganther, sur la Cheraiea, la Fratinnne, le Poste Alto, sur la Doteria à Crévola , sur le Trefiume prit de Baveno , et sur I* Tocci» près de Menangionc, sont particulièrement remarquable!, toit par leur emplacement,' soit par leur construction.
•*) Entre la cinquième et sixième maison de refuge.
*•*;> H y a Jeu» sortes d'avalanches i «Iles de neige qui ont lieu
.il craindre des le commencement du dégel, commune'. ment de la mi-février à la fin d'avril. Sauvent les coupa de vent et les bourrasques ne sont pas moins dangereu. «es que les avalanches. La précaution la plus saga sera toujours celle de ne point risquer le passage par une tourmente. Il n'arrive cependant guère* que le passage soit entièrement fermé. En hiver , les voitures sont placées sur des traîneaux , et des perches , hautes de dix a douze pieds, sont placées dans des distances assez rapprochées pour indiquer le chemin a travers les neiges. * > Un nombre suffisant d'ouvriers et de chevaux est disposé a Brieg et à Sempîone pour ouvrir et tracer le chemin. Sept maisons de refuge) pour le» hommes et les chevaux, ont été établies sur la pente du côté du Valais, et trois du côté de l'Italie. L'achèvement de l'hospice sur le plateau du Simplqn , commencé sous le gouvernement français , compléterait cet mesures , et tant pour cette raison que par rapport aux frais d'entretien qui ne laissent pas d'être considérables, il est à regretter que cette route magnifique ne se trouve pas établie dans un pays moins pauvre que le Valais. **) Les dépenses qu'a exigées la construction de cette, route, ont dû être énormes. Celles à la charge du trésor
plut particulièrement aut Époques du dégel , et dent le iolnmt et la force varient selon la pente des montagnes et l'affluent* des neiges, et celles qui sont composé» d'eau et de neige, et qui dans leur course emportent des pierres plus ou moins grosses — ces dernières sont celles qui causent les plus grands dégâts.
*) L'affluence des neiges est cependant quelquefois telle, surtout quand elles sont entassées par les vents que les perches disna. raissent aux yeui des voyageurs.
*•) Jusqu'à présent la route est bien entretenue ; mais qu'en Hrn-t-II, si jamais des accidens imprévus nécessitent des réparations considérables? — Il est très - problématique , si la recette des péages pourra suffire à l'entretien ordinaire, évalué i JS— , 40,000 Francs pour la sattie a la charge du Valais.
.français avaient été estimées a 9,200,000 Frs, , dont es 1812 6(100,000 étaient effectivement dépensées. Lea tommes employées par le gouvernement italien , députaient en 1811. déjà 5,000,000. Il venait d'allouer alors 1,060,000 Fra. pour un pont sur le Tessin à Sesto, et la totalité de ses dépenses effectives n'aura pas été au dessous de huit millions, en sorte qu'il n'y aura pas - d'exagération, en évaluant l'ensemble de ce qu'a coûté la route du Simplon, à une somme ronde de 17 mil. lions * ). De grandes sommes ont été ainsi répandues dans des contrées où l'industrie et les idées commet. ciales rencontraient jusqu'alors de grandes difficultés, et l'établissement d'une communication aussi magnifique que commode aurait pu devenir pour les habitans du Valais, une époque de régénération,, si des souvenirs d'indépendance et un esprit peu industrieux ne les avaient empêché d'en profiter autant qu'ils auraient pu. Je voulais terminer cette description par quelques considérations sur l'importance militaire et politique, du passage des Alpes par le Simplon. L'auteur anonyme de l'intéressant mémoire : „ Sur la Saisie dans (intérêt de î Europe " **) vient de remplir cette tâche mieux
•) Les uuvraget entre Br
t Algaby avaient absorbé i eux leali
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parativemeht moins fortes malgré la pins grande solidité et li plot grande magnificence des onvrafe*. ce qu'il faut attribuer en grande partie i la qualité supérieure de* matériaux. *•) De la Suisse dans l'intérêt de l'Europe, ou examen d'une opinion énoncée i la tribune par le général Sébastian!. Taris chcï Ànselin et Pochard'. Janvier iSïi.
que je n'aurais été a même de le faire (v. note C). Sous le point de vue commercial l'utilité d'une communication directe et commode, entre la France, l'Italie et la Suisse ne serait rien moins que problématique, . si même l'établissement d'un commerce actif entre cet pays, dans cette direction, ne l'était pas. La facilité des transports a du naturellement gagner dans la proportion de la charge d'une bête de somme à celle d'un chariot, monté sur quatre roues, sans mettre en ligne de compte les accidens de moins auxquels on a été exposé autrefois; mais on* ne saurait le nier, cette grande entreprise, si belle et si étonnante, n'a été con. eue que' dans des vues militaires, et aujourd'hui son plus grand mérite consiste dans la commodité et l'agrément qu'elle offre aux voyageurs.