CARÊME DE
Prêché à
NOTRE-DAME DE MONTREAL Par
MGR LÉON - ADOLPHE LENFANT Evêque de Digne
1 Conférence, le Dimanche 12 mars
Droits réservés, Canada, 1916.
ns ex co ae
“Confitebor tibi, Domini in toto corde meo, in Consilio justorum et in Congregatione ”.
Je vous rendrai témoignage Seigneur de toute mon âme dans l'assemblée de vos justes au milieu de vos fidèles. — (Psaume 110 — verset I).
Monseigneur,
Mes très chers frères,
Telle est bien ma première pensée en venant au milieu de vous, rendre témoignage à Notre- Seigneur Jésus-Christ, de toute mon âme de Français, de tout mon cœur d’évêque; depuis que j'apprends à connaître davantage votre magnifique ‘ays. je sens que j'ai d’abord à bénir Dieu de l'avoir si bien préparé Pour vous et de vous y prodiguer tant de faveurs. Ici tout est grandiose, émouvant, transportant. :
(1) Sa Grandeur, Monseigneur l'Archevêque de Montréal,
Set
La nature est grandiose — où donc at-elle plus de majesté qu’au moment où se déroulent les nappes profondes du Saint-Laurent ? Où dépiloie-telle plus de grâce royale que dans les forêts qui recouvrent l’une des plus riches terres du monde d’un manteau d’hermine l'hiver où l’été d’une longue traîne d’émeraude ? Où montre-t-elle plus de puissance et de bonté que dans ces hautes monta- &nes qui s’élèvent comme les bords d’un écrin gigantesque au-dessus de toutes ces magnificences ; lécrin s’est ouvert il Y a des milliers d’années et ne sé‘referme jamais, comme s’il n’était pas permis de ravir aux regards, ne fut-ce qu’un instant, la vue de tant de splendeurs.
Ici la vie sociale est grandiose comme la nature : grandiose dans ces cités magiques qui semblent surgir du sol toutes faites, avec des écoles, des magasins, des usines, des parcs géants, des hôpitaux, des universités, des musées rares, des églises, des cathédrales dignes de rivaliser avec les œuvres les plus admirées de notre vieille civilisation; grandiose dans ces prairies, sur ces rivages, au sein de ces forêts, où les maisons, les pêcheries, les coupes d'arbres ininterrompues, une colonisation incessante donnent l’idée d’une immense fourmilière humaine, toujours en progrès ; grandiose enfin dans ces institutions, dans ces lois qui régissent tous les citoyens du Canada, riches et pauvres, habitants des villes ou pionniers solitaires, avec un égal souci de respecter la liberté de chacun et de protéger la sécurité de tous.
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t Et voici qu'au spectacle du présent, s’aju. 1 mnt ! les souvenirs du passé, avec les espérances :on | moins grandioses de l'avenir, — Merveilleuse con- { ciliation d'éléments opposés! Vous êtes un peuple jeune, et vous êtes une vieille race ; vous avez 4 l'élan, la vigueur d’une nation qui commence, et { vous possédez les traditions, la noblesse, l’expé- © rience, la maturité d'esprit rt de jugement d’une | civilisation quinze fois séculaire. Vous êtes da * Nouveau-Monde autant qu'aucun autre peuple de | l'Amérique et vous appartenez à lAncien-Monde, Ê
plus encore, j'ose le dire que les Français de France, parce que vous n’avez pas subi l’action délétère de notre 18e siècle : c’est ainsi qu’on peut saluer en vous le sang généreux d’une nation qui
grandit chaque jour, et en même temps la foi de
Clovis et de Charlemagne, le cœur de St-Louis, l’âme de la Bienheureuse Jeanne d’Arc.
Oui, sur cette terre du Canada tout est grandiose et transportant, et quand je me trouve non p'as en face de vos fleuves, de vos bois et de vos
ités, mais dans une église comme celle-ci où plus de dix mille auditeurs entendent et comprennent notre belle langue française aussi bien que n’importe quelle foule parisienne; quand je retrouve
: ma foi de catholique pure, vibrante, intacte dans
i régist pauitaires, le cha-
chacune de vos âmes, comme elle l’est dans mon cœur d’évêque ; quand je devine dans vos rangs pressés des pères et des mères en deuil pour avoir donné leurs fils aux armées qui défendent nos frontières en même temps que la carse du droit
et de la civilisation ; lorsque j’apercois dans ce sanctuaire les maîtres vénérés de ma jeunesse cléricale, les éducateurs éminents d’une si grande partis du clergé de France et d'Amérique, les fondateurs principaux de l’œuvre capitale des séminaires et que je me dis qu’ils sont en même temps les pères de vos âmes, de cette paroisse, de tant d’autres, de cette ville même; lorsque élévant les Yeux jusqu’à vous, Monseigneur, l’Archevêque aimé de ce beau diocèse, je crois vous voir encore dans l’apothéose eucharistique des fêtes de 1910, concevant vous-même, préparant et rendant à Notre- Seigneur, l'hommage le plus solennel et Je plus beau qui Lui ait été jamais rendu dans le Nouveau- Monde, et que je me prends à
rayonnement de la S; quand je vois et bien aimés frères, il me semble que la France catholique tout entière t par la voix du plus indigne de ses évêques, mais non du moins honoré puisqu'il a le Privilège en ce moment d’être dans ire à vous! au milieu des grandes épreuves de l'heure présente, vous m'êtes un sujet d'espérance et de fierté! Ah! plus que jamais, priez, travaillez, combattez Pour moi !”?
“Si la France vous parle, il me semble que vous aussi dans les circonstances présentes vous avez quelque chose à lui dire; du haut de cette chaire je sens monter vos réponses, vives, ardentes de vos
lans ce sse clégrande les fons sémi- } temps le tant ant les e aimé e dans conce- Notre- > plus Aveau- ; hom- , avec s non de la pis et es, il itière plus Jnoré dans ilieu vous plus Loi !”?
vous avez aire vos
cœurs jusqu'au mien; et puisque déjà je suis tout vôtre et que je ne fais qu’un avec vous en ce moment, permettez-moi de vous représenter à votre tour et de crier à la France d’une voix qui vovdrait être assez forte pour s'en faire entendre audelà de l’océan: “O France bien-aimée, jamais tu ne nous as paru plus grande que sur ton Calvaire! l’envahisseur espérait t’ensevelir sous tes ruines ; non! de tant de décombres fumants il n’a réuësi qu’à faire pour toi un magnifique piédestal où, en te redressant avec une farouche énergie contre les barbares, en leur portant des coups terribles malgré tes blessures, tu apparais plus que jamais dans ton rôle séculaire de vengeresse du Droit et de champion indomptable de la Liberté, de la Civilisation et de la Justice. Ah! nous disons de toutes nos forces : “ Vive et triomphe la France! ”
Je ne veux pas non plus commencer ces conférences sans les mettre sous la bénédiction spéciale de notre Père Commun, Sa Sainteté Benoit XV; il y a deux mois, j'avais l’insigne honneur de l’entendre exprimer ses augustss sentiments, dans une audience particulière; j’en ai gardé cette profonde conviction : s’il aime tous les catholiques du monde, comme un père aime tous ses enfants, il a une prédilection réelle pour notre race française; il en parle la langue avec aisance; il est venu à Lourdes, à Paris; il redit avec joie les souvenirs très précis qu’il en a gardés; je suis sûr de répondre en ce moment à ses intentions les plus chères en priant Dieu de vous bénir tout particulièrement VOUS, VOS familles et votre graud pays!
Et maintenant, cherchant un sujet qui soit digne de cet auditoire et qui s’élève à la hauteur des événements de l'heure présente, je me rappelle la parole de Bossuet : “ Ce qu’il y a de plus grand au monde, c’est Jésus-Christ ! ” j'ose ajouter: “et ce qu’il y a de plus gränd en Jésus-Christ, c’est son amour, C’est son Cœur divin ” Ce sera donc tout notre Carêmé: Jésus-Christ, Son amour, sa royauté incomparable, unique, les lois de cette royauté, et les moyens employés par le Fils de Dieu pour la faire triompher. Quel sujet! non! il n’en est pas de plus digne de votre foi et de vos Cœurs! il n’en est.pas non plus qui soit plus de nature à vous inspirer les résolutions exceptionnelles que comporte la gravité de la crise, ouverte dans le monde entier.
Jésus-Christ est Roi.’ Les patriarches, les pro- .phètes, les apôtres, l’Eglise tout entière l’ont salué mille fois de ce titre : mais quelle est sa royauté, quels en sont les fondements ?
Répondons d’abord à ces deux questions dans cette conférence préliminaire.
TL. — Jésus-Christ est roi: mais en quel sens ? il 4 a plusieurs genres de royautés. 4
Nous nous représentons volontiers la royauté éternelle de Jésus-Christ, quand sera venue la fin du monde; nous le voyons descendre sur les nuées du ciel, avec une grande majesté, juger les vivants et les morts, et régner sur eux dans les siècles des
siècles; c’est très beau, c’est très vrai; mais croy- :
: digne ur des elle la ind au ‘et ce St son c tout yauté té, et ur la t pas | n’en vous comonde
prosalué auté,
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ons-nous aussi au règne de Jésus-Christ sur cette terre et dès maintenant ? et si nous y croyons, quelle idée nous en faisons-nons ? :
Jésus-Christ est le Roï de la nature: avec son Père et le Saint-Esprit, il en a créé les forcés mystérieuses ; il n réglé leur évolution par des lois admirables; il peut encore, s’il lui plaît, com- Jnänder à l’océan, à la lumière, à la vie, et la vie, : la lumière, l’océan lui obéiront comme æax temps de som séjour en Galilée ; mais test une obéissance aveugle, ce sont des hommages matériels et forcés; être roi sur les éléments du monde inanimé, si merveilleux qu’en soient la grandeur, l'ordre et le mouvement ne suffit pas à Jésus-Christ ;
À faût autre chose à son Cœur ; comme vous, Mes-
sieurs, vous ne vous contenteriez pas d’être les maîtres de puissantes machines dans l’une de nos usines modernes, et d’en faire jouer les rouages à votre gré; il faut autre chose à Findustriel que la vue de ses ateliers, dans leur merveilleuse activité L il lui faut, en rentrant le soir au foyer de la famille, des. âmes, d’autres lui-même qui le comprennent et qui l’aiment.
I] ÿ a la royauté intellectuelle. Elle s'exerce sur l’esprit par les arts, les sciences, la littérature, la philosophie; elle a d’illustres représentants dans tous les siècles et dans tous les pays; nous saluons très bas les rois de la Peinture, de l'Architecture, de l’Eloquence: glorieux domaines où Jésus-Christ pouvait revendiquer les premières places! il ne Pa pas voulu; il n’est roi d’aucune académie: et si cependant il est le Roi du moe intellectuel, parce
*oyaume n’est Pas de ce monde ”; il laisse à chaque
‘meüt; et alors, que veut-il pour Lui ? une royauté ‘plus haute encore ct plus complète: Jes rois, les !
peuvent atteindre que nos
qu’il est le Verbe de Dieu, éclairant tonte intelliÿenCe qui vient en ce monde. Parce que toute raison trouve en la sienne ges principes et sa règle, parce qu’il a ramené, affermi dans sn voie la pensée humaine égarée et qu’il l’a élevée aû-dessus d’ellemême en lui apportant la lumière de la Révélation, gi dis-je à tous. ces titres, Jésus-Christ est le Roi les intelligéteés, il ne s'en contente pas encore; la royauté intellectuelle s'exerce principalement sur une élite, et elle s’impose souvent par l'évidence du vrai Ou par la splendeur du beau; Jésus-Christ veut les hommages de la foule comme de l’élite,
. et. il veut des hommages libres et spontanés —
quelle sera donc sa royauté — ?
.… Voici la royauté politique et sociale — qui révient-elle plus qu’à Notre-Seigneur Jésus-Christ? 11 est Dieu, “et, Dieu n'est-il pas le maître des nations et des peuples ? il les appelle à la vie et les faït rentrer dans le néant, comme il ui plaît; il fixe à chaque peuple ses frontières dans le temps ‘comme dans l'espace; n'est-ce pas aussi sa morale qui est la condition essentielle de vie et de progrès pour Tes nations, comme pour les individus ? et
.Cependant Jésus-Christ ne vent pas être le chef
temporel des nations, à la manière de nos rois et
de nos présidents de Républiques : il l’a dit « mon
peuple le choix: de son régime et de son gouyerne-
emperears ct tous les potentats de ce monde ne aetes extérieurs; ils ne
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peuvent pas entrer dans nos âmes; ils ne s’impo-. sent pas à nos cœurs; que veut done Jésus-Christ?
— Le voilà! C’est äens le sanctuaire le plus im-
pénétrable qui soit au monde, c’est sur notre conscience, c’est sur notre volonté, c’est sur notre âme tout entière qu’Il veut exercer sa royauté. Il en-
‘tend être le Roi de nos cœurs !
Royauté auguste, Eau re qu’un Dieu seul peut revendiquer...
Une mère peut régner sur "3 cœur de ses enfants, un roi sur le cœur de ses sujets, mais qui osera ja-
mais prétendre à l’empire souverain sur le cœur
de tous les hommes? — Qui? Sinon, Vous, 0 Verbe incarné, Ô Fils de Dieu fait homme, Ô Jésus-Christ !
Regnum Dei intra vos est ! “C’est dans vos cœurs, yous dit-il, que Dieu veut dresser son trône ! (eZ
Il le veut, il l’exige, il le commande impérieusement. . {
A Lui, la première place, à Lui le sceptre, dans chacune de ves âmes !
Oui, vous.aimerez vos familles! Qui, vous aimerez votre patrie, vous, catholiques, autant et plus que qui que ce soit. !
Mais vous l’aimerez, Lui, votre. Dieu et Sauveur, au-dessus de tout et de tous. ::
Il'faut qu’il règne sur vous, sur tous, entière. ment, absolument, ‘éternellement.
Nôn! pas une geule infiduuté volontaire! autrement, si légère qu'elle soit, c'est déjà le péché; non,
mr. | SA
‘ pas une seule infraction grave à ses volontés’ autrement, C’est le péché grave, c’est ‘a rupture; il
s’en va! — il fui faut la première place dans vos
Voici que moi, ton Dieu, je me:tiens à la porte de
‘bre, ; ‘bouche, 5 fille de ma téndresse, 6 fruit de mon
“Qué tu wiénnes,-0ù que tu'ailles sur térre, tu t’appelles mon enfant, tu viens de Dieu, tu vas au ciel: e:veux végner èn toi par Vamour!:
Appel pressant, irrésistiblé, : universel, Jésus- Christ ‘eut être le r6i'de‘tons les: cœurs ‘pour’ les dir tous /Afson Père! A dbeniat reéghum tuum, fiat voluntas tua, sicut in coelo et'in terra!” — “O'Père; je: voië les: myriades d’astres du‘firmament suivre, sans en dévier ‘jamais, les ‘eourbes harmonieuses que: vons leur. avez tracées ; :ainsi :je ‘voudrais voir les hommes :vons obéir, mais.éux librement et par.amour;:ah:! je vois un autre :ciel-encore plus-beau:que celni des étoiles ; Je Yois le ciel
tés ; au-
pture; il lans vos
pulso.!
porte de ma .chele étran- , entrez ter ? — ‘amour, t d’être e dé ma de mon
ce Soit lieu de m, d’où tu t’apau cie} :
Jésusour les tuum, al — iament harmoje ‘vou- “libreiel-enle ciel
de vos anges; que les hommes leur ressemblent et } fassent de la terre aussi le royaume du saint 4 amour !
À Voilà l'ambition de Jésus-Christ! sil m'est per- # mis d'appeler ainsi le plus ardent désir de son Cœur divin.
Il veut créer le monde moral dans l’ordre et É l'unité de l’amour, comme il a créé l'univers dans | l’ordre et l’harmonie de l'unité matérielle; ce sera {la même beauté; mais celle du monde moral sera d'autant plus éclatante qu’elle jaillira de la coor- « dination sublime des efforts et des sacrifces spentanés de l’amour, en union avec le Cœur de Jésus- Christ devenu le centre de gravitation des âmes !
à Il. — Voilà comment Jésus-Christ veut être roi, + ct voici quels sont ses titres!
+ Un titre d’excellence d’abord. Le Cœur adolrable de Jésus-Christ doit être le roi des cœurs, 2puisqu’il en est l: plus parfait, parce qu’il possède {soul et en plénitude ce qui peut les toucher, les “ravir, les attacher tous pour jamais : l'amour pur, l'amour noble et délicat, l'amour tendre, miséricor- “dieux, compatissant, l’amour fidèle et fort, héroï- Sque et sublime, l'amour qui a toutes les bontés, “toutes les patiences, tous les pardons, tous les dé. vouements, l'amour qui accomplit tous les sacri- “fices, qui veut sécher toutes les. larmes et secourir toutes les détresses, l’amour de ami le plus cons- “tant, de la mère la plus attentive, du père le plas
hi —
généreux, l’amoür réuni des anges et des saints, l'amour du ciel et de la terre, oui, tous ces saints amours, mais en y surajoutant ce qu’un Dieu seul peut mettre dans un cœur, par l’union hypostatique, l'infini et l’éternel! Specie tua et pulchritudine tua intende, prospere et regna ! Seigneur, montrez-vous donc, apparaissez dans la sublimité de votre amour: Vous êtes le roi des cœurs, parce que vous en êtes le premier par l'amour; Saül dominait ses guerriers de sa haute taille ; David surpassait les siens par sa bravoure ; Solomon l’emportait sur tous par sa sagesse ; vous, vous êtes le roi des cœurs parce que votre amour surpasse tous les autres de toute la hauteur du ciel à la terre. Qu'il me soit permis de répéter l’hosannah de St-Paul, en changeant deux mots : « Au Roi immortel des. Cœurs, à Jésus-Christ, tout honneur et toute gloire ! ”
Jésus-Christ est le roi des Cœurs! A ce premier titre, à sa perfection divine, d’aut es s'ajoutent, des droits sacrés.
Domini cst terra, et plenitudo ejus et omnes qui habitant in eo! La terre est à Dieu, s’écrie le prophète, la terre et tout ce qu’elle contient, la terre et tous ceux qui l’habitent.” Le Seigneur nous en - laisse les biens matériels; il nous dit: jouissez-en, faites-les fructifier ; je vous les donne ; mais je garde vos cœurs ! :
Ils sont à Lui, par droit de création, est-il nn titre plus imprescriptible ? c’est le droit du potier
sur le vase d’argile qu’il a façonné de ses mains; cest un droit encore plus strict, puisque le Seigneur n’a pas seu!ument pétri ce chef-d'œuvre qu’est notre âme, mais il en a fait lui-même l’argile immortelle, :
Nos cœurs sont encore à Lui par droit de Rédemption; dépouillés de toute vie divine, couverts de souillures, vendus à Satan, ils appartenaïent à l’Archange révolté qui nous avait entraînés dans sa ruine éternelle; Jésus les a rachetés au prix de s0n sang; il leur a rendu la vie, la beauté, la paix sur terre, le droit au bonheur du ciel. Avancez, Ô divin conquérant ; sagittae tuae acutae; vos droits sont des flèches aiguës; les intelligences les plus belles en seront comme percées de part en part : celles d’un St-Paul, d’un Origène, d’un Augustin, d’un St-Bernard, d’un St- Thomas d’Aquin, d’un Bossuet; que dis-je ? populi sub te cadent! les premiers peuples du monde se rendront à leur tour, les peuples, les races, les générations, tous vous choisiront pour leur Seigneur et Maître; vous en serez le roi, en vertu d’un nouveau droit, en vertu de leur volonté, de leur choix, de leur élection, volonté sans cesse renouvelée, choix solennellement affirmé, élection validée par les siècles, — Où est le monarque, où la dynastie dont les droits ont de pareils fondements ? Elevaverunt flumina, Domine, elevaverunt vocem suam. Les générations ne cessent de passer devant votre trône, ô Roi des siècles, fleuves vivants dont chaque flot est une âme et dont chaque murmure répète: Ave Rex!
Et
C'est aïnsi qu'au premier titre du Cœur de Jésus pour être le roi de nos âmes, à sa perfection transcendante, s'ajoutent les droits les plus éclatants, ses droits de créateur, de rédempteur et d’élu des siècles,
Cependant le psalmiste ne s’en tient pas là: “O0 Roi, s’écrie-t-il, vous avez aimé la justice, vous avez haï l’iniquité; c'est pourquoi Dieu, votre Dieu, vous 4 oint, entre tous, d’un chrème qui exhale un parfum d’allégresse : Oleo laetitiae ! ” image des bienfaits qui accompagnent le règne de Jésus- Christ dans l’âme humaine et qui la remplissent de joie.
Son règne, c’est la foi grandissant chaque jou” comme l’aurore du jour éternel ; c’est la paix d’une conscience pure; c’est la victoir: sur l’orgueil et sur les sens; c’est l’honneur d’une vie, consacrée tout entière au bien ; c’est la douceur des affections légitimes, affinées, avivées, éternisées au contact de l’amour infini; c’est la surabondance de tous ces biens et de toutes ces joies se répandant, comme la plénitude divine, sur toutes les détresses et faisant trouver, à les secourir, une nouvelle source de contentement.
S'il s’ag t d’une âme qui fut coupable, le règne du Sacré-Cœur en elle, c’est la joie de l’enfant prodigue dans les bras de son père, de Marie Madeline aux pieds de son divin Maître, du bon larron entrevoyant le ciel au milieu de son supplice, de St-Picrre, expiant son tripie reniement par une triple protestation d’amour.
NT
Le règne du Sacré-Cœur c’est la famille, affermie sur ses racines: la crainte de Dieu, la fidélité mutuelle, l’union indissoluble, le dévouement aux enfants qui se multiplient; c’est la famille s’épanouissant, comme une plante, riche de sève, sous le soleil du bon Dieu, dans l'amour, dans la confiance, dans la joie, dans le culte enthousiaste de toutes les saintes causes.
Le règne du Sacré-Cœur, c’est une nation, c’est une race éprise, comme les autres, de progrès et de prospérité; elle croît en nombre, en richesse, en force, en génie: mais ce n’est ni pour s’enorgueillir, ni pour dominer, ni pour jouir d’un bienêtre égoïste; non, elle offre au monde le spectacle vivifiant de la justice dans ses lois, de la pureté dans ses mœurs, du dévouement à toutes les souffrances dans ses institutions, par dessus tout, du respect de Dieu dans ses fêtes et ses manifesta. tions publiques; elle vit, elle travaille, elle prospère, pourquoi ? pour réaliser chaque jour davantage et faire resplendir dans le monde entier l'idéal catholique qui est le progrès moral et incessant de l’humanité et le salut éternel des âmes, pour la plus grande gloire de Dieu. La voyez-vous donc, cette. jeune nation, unie au Cœur d’un Dieu ? Debout, alerte, frémissant d’enthousiasme, de confiance et de bravoure, elle porte, elle arbore le fa-. nion du Christ dont les nobles plis auréolent son front de la plus belle des devises : Adveniat regnum tuum, sicut in coelo et in terra !
Voilà, mes très chers frères, en quelques mots rapides et bien imparfaits, la notion du règne de Jésus-Christ et quelques-unes des raisons pour lesquelles il s'impose à tous !
La royauté de Jésus-Christ est toute spirituelle ; elle n’en est que plus glorieuse; elle repose sur la grandeur de son amour, sur des droits sacrés, sur les intérêts les plus essentiels de l'humanité.
Nous verrons quelles sont ses lois dans nos prochaines conférences.
Mais déjà vous pressentez les motifs élevés pour lesquels j’ai:choisi un tel sujet.
À l’heure qui sonne, heure tragique, heure dicisive pour la France, pour VAngleterre, pour le vieux monde tout entier, vous travaillez déjà d’une façon admirable et profondément touchante au triomphe de tant “le causes poignantes; vous donnez le meilleur sang de vos veines, en envoyant à la bataille vos valeureux fils ; mêlés, confondus avec leurs frères de France, eux aussi ils se battent comme des lions, ils meurent en héros, ils entrent dans l'éternité en portant à leur front le signe radieux des élus.
Faites plus encore, Ô pères, 0 mères, Ô vous tous, donnez-nous ce que votre âme a de plus grand, de plus saint, de plus victorieux ; donnez-nous, ou inieux, rendez-nous Jésus-Christ, puisque c’est nous qui vous l’avons donné les premiers ; faites-le rayonner jusqu’à nous par vos prières, par vos exemples, par vos œuvres,
Vous avez vu, il y a un instant, dans l’éycngile qui vous était lu, ce qu’a osé Satan ; il a transporté Jésus-Christ sur une montagne, il lui a montré tous les royaumes de la terre, il lui en a offert l'empire, à condition de tomber à ses pieds, lui, Dieu, et de l’adorer.
Arrière, Ô Satan, tu offres ce que tu n’auras pas toujours! Arrière! l’amour sera plus fort que la haine! les fils: de Dieu te reprendront tous les royaumes de la terre! et ils vous les offriront, à Jésus, non plus pour recevoir de vous un hommage sacrilège — Ô pensée horrible, Ô fol orgueil de Satan! Ô renversement de toute chose! — mais, au contraire, pour que toutes les nations tombant à vos pieds, vous aiment, vous adorent, et vous le
redisent dans un éternel hosannah! Amen!