‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 110 sur 140 · J3V00R LA UM · texte numérisé non relu

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LE LITTORAE CAUCASIEN 285

dénudées sur le littoral de la Méditerranée, où domine en fait d'arbres l'olivier à la verdure grisâtre ct poussiéreuse, sont couverts ici de forèts s'étendant à perte de vue dans Île lointain, jusqu'aux cimes neigeuses de la chaine principale, ce qui représente un coup d'œil absolument magique. Ce sont, là où la culture n'a pas encore pénétré, de “vraies forèts vierges, à peine praticables à cause des lianes qui s'enchevêtrent aux arbres, s’attachent à Jeuts branches, se croisent et s’entre-croisent en des filets inextricables. Aïlleurs ce sont des touftes de rhododendrons gigantesques, des azalées, des lauriers à feuillage sombre, toujours vert. Aux abords de la mer, des bois de pins maritimes et des chènes, des hètres, des platanes, des châtaigniers, auxquels se mêle, dans les endroits ombrageux et humides, une essence particulière au Caucase, du moins à l'état d'arbre de grande dimension, et très recherché dans le commerce, le buis {Buxus sempervirens), à côté d'une autre essence,, tout aussi estimée et qui tend d'ailleurs à disparaitre, l’if (T'axus baccala). Plus haut dans la niontagne, on voit des forèts entières d'arbres géants, l’épicéa du Caucase, etc., qui disparaissent à leur tour aux confins de la région des pâturages alpestres.

L'épanouissement de cette végétation spontanée est dû en grande partie aux conditions climatériques du littoral caucasien, dont je dirai plus tard quelques mots. Ici je dois noter qu'à côté de ces richesses du

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règne végétal, la faune est également très variée; les amateurs de chasse trouveront, surtout dans la montagne, un vaste champ pour leurs exploits cynégétiques. On y rencontre en abondance l'ours, une variété brune, de taille assez petite (Ursus arctus meridionalis) et généralement inoffensif pour

l’homme et les animaux domestiques, car 1l est abso-

lument végétarien, mais dont le voisinage est néanmoins très désagréable pour les agriculteurs, à cause des ravages qu'il cause dans leurs champs de maïs et d'avoine. Le sanglier (Sus scrofa) est encore

plus nombreux et tout aussi pernicieux que l'ours,

pour la même cause. Le chacal, répandu partout, est dangereux surtout pour les vignobles, qu'on a beaucoup de peine à protéger contre lui, et aussi pour les oiseaux de basse-cour. Le biaireau, le lynx sont beaucoup plus rares, et encore plus rare une espèce de léopard (Æ%lix pardus Tulliana). Je ne parle point du loyp, du renard, du lièvre, de la martre, du chat sauvage, qui se rencontrent partout. Dans les montagnes on trouve le cerf du Caucase (Cervus elaphus maral), deux espèces de chevreuil, le chevreuil européen (Capreolus vulgaris) et une autre variété (Capreolus pygargus), le chamois (Rupicapra tragus), le bézoar ou chèvre à barbe (Capra aegagrus), l'argali (Capra caucasica) et enfin, sur des hauteurs à peine accessibles ct plus souvent sur le versant Nord de la chaine du Cau-

case, le bison d'Europe improprement appelé auroch

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(Bison bonasus), que l’on considérait jadis comme une espèce disparue dans ces parages et dont la chasse est aujourd'hui strictement défendue, sauf autorisation spéciale de l'Empereur et seulement dans un but scientifique. En fait d'oiseaux, je dois mentionner en première ligne Île faisan du Caucase (Phasianus colchicus), le tétras noir ou caucasien (Tetrao Mlokosiewil;it), la dinde sauvage (7'elraogallus caucasicus), la poule des montagnes, etc. Les amateurs de pêche trouvent en abondance du ‘faumon et des truites dans les torrents, de l'esturgeon, des soles, du turbot et surtout du céphale de

mer.

Je ne puis passer sous silence les richesses minc-

rales du pays : la houille en première ligne, du minerai d'argent, du plomb, du fer, du zinc, etc. En outre, des sources d'eaux minérales, très abondantes, permettront la création de nombreuses stations thermales dans l'avenir; l’une surtoût de ces sources à eau alcaline sulfureuse, située à 10 kilomètres de Sotchi et à une distance de.3 kilometres de la mer, au bord d’une rivière nommée Matsesta, mérite spécialement l'attention, tant par l'abondance de son débit que par ses facultés curatives. A peine aménagés jusqu'ici, ne possédant qu'une installation de bains absolument primitive, Îles thermes de Matsesta jouissent d’une grande réputation dans le pays et attirent un nombre toujours croissant de malades. Le savant compagnon d’un de mes voyages

à travers le littoral, le spéléologue bien connu, M. E. Martel, qui a manqué y perdre la vie en vou- lant pénétrer, pour étudier l’origine de Îa source, trop avant dans la caverne aux gaz délétères où elle prend naissance, en a fait la description détaillée dans un mémoire présenté à l’Académie des sciences. Il est très rare, je crois, de voir une source thermale sulfureuse située si près du bord de la mer et permettant l'application de deux modes de traitement: les bains sulfureux et les bains de mer, en un pays si chaud, aux conditions climatériques si variées selon les hauteurs ct si propre pour faire une Nachkur, d'après les exigences des médecins. Aujourd'hui nous sommes en pourparlers avec un entrepreneur sérieux et entendu, qui demande la concession de l'aménagement et de l'exploitation de la source de Matsesta d’après les principes de la baincologie contemporaine. Si ce projet aboutit, comme j'ai tout lieu de l'espérer, ce sera un nouvel attrait pour la contrée, aussi amplement bénéficiée du Ciel sous tous les rapports.

Si le littoral caucasien de la mer Noire peut servir d’attrait aux touristes par la beauté de ses sites, s'il peut avec le temps attirer des capitalistes pour l'exploitation de ses richesses minérales, si des Tocalités telles que Sotchi, Gagry, Soukhoum, peuvent servir de stations balnéaires durant la belle saison, et ces deux dernières même de stations hivernales, grâce à la tiédeur de leur hiver, c’est sous le point

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de vue des cultures les plus variées auxquelles cette région se prète, qu'elle doit surtout nous intéresser. Voici quelques données sur ses conditions climatériques, d'après les observations des stations météo-

rologiques que nous y avons installées, à côté des

stations d'essais agricoles ethorticoles créées à Sotchi et à Soukhouim.

… Le principal trait caractéristique du climat de la contrée est la quantité énorme de pluie qui y tombe, Surtout à Sotchi et à Batoum. On prétendait, autrefois, que dans ces deux localités la quantité annuelle de pluie allait jusqu’à 2 500 à 3000 millimètres; si

le premier de ces chiffres est à peu près vrat pour

Batoum, les observations exactes faites à Sotchi ne

l'ont point confirmé, du moins pour la période des neuf dernières années. La moyenne annuelle s’est

trouvée être de 1 429 millim. 6 (ï 216 à 1 622 millimètres selon les années), ce qui est certainement

déjà beaucoup. Mais c'est précisément à cette

grande quantité de pluie que le pays doit la richesse et la vigueur de sa végétation. Voici comment les pluies se ae à Sotchi entre les mois de

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