‹ La Russie agricole devant la crise agraireChapitre 92 sur 140 · RATES · texte numérisé non relu

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épis plus longs et des graines plus grosses. Si ce

système de culture demande plus de main-d'œuvre,

1] récompense amplement le surcroît des frais par

une récolte supérieure.

Il est vrai qu'il ne réusssit pas toujours également bien. Ainsi, durant les années exceptionnellement humides, quand les récoltes sont bonnes partout, la supériorité du système ne se manifeste que par la meilleure qualité du grain. Dans Îles années par trop sèches, comme celle de 1905, les plantes ne tallent pas suffisamment et la récolte se ressent du nombre trop restreint des plantes sur une unité de ter-

“rain. Mais on est sûr de réussir dans les années

normales, et alors tous les avantages sont du côté de ce système. Si je dis qu'il est encore à l'étude, c'est qu'il s’agit de déterminer par l'expérience la meilleure distance entre Îles lignes, la quantité de

semences que l’on doit employer sans risque de

diminuer par trop le nombre de plants sur un champ, de calculer le surcroit de dépenses que ce système comporte et qui sont-en partie couvertes rien que par l'économie dé la semence, etc.

Mais nous possédons une preuve éclatante du succès de ce mode de culture, quand il a été employé non, pour les champs, mais pour les plantations d'arbres, les travaux de boisement des steppes entrepris depuis de longues années déjà tant par l'Etat dans ses domaines, que par les propriétaires particuliers, et moi-même dans le nombre. On sait que

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les steppes du Centre et du Midi de la Russie présentent des conditions très défavorables pour la croissance des arbres, surtout à cause des sécheresses “qui y sévissent si souvent. Il faut croire que ces - régions ont été dénudées de tout temps; les forêts, jadis peut-être plus vastes qu'aujourd'hui, ne se trouvent généralement que le long des rivières, où . les arbres peuvent jouir de l'humidité qui leur est nécessaire, ou bien sur les terrains sablonneux qui ne forment ici que de rares oasis et qui sont propices “à la, croissance des conifères, des bouleaux et des ‘ -trembles, tandis que le tchernozème paraît ne point convenir à la plupart des essences forestières, sauf le chêne .qui s’y accommode le mieux, le frêne, l’orme, le tilleul, l’érable et quelques autres espèces moins précieuses. Les boisements d’après les procédés ordinaires présentent les plus grandes diffi- - cultés ; on a à enregistrer annuellement la perte d’une grande partie des jeunes plants etla croissance très lente et chétive des autres, . Depuis.plus de cinquarite ans on était, dans Île Midi de la Russie, à la recherche d'un mode de culture plus approprié aux conditions locales ; on a fini par trouver un moyen d'action qui a fait époque dans l'histoire de la sylviculture dans notre pays. Le premier initiateur de ce nouveau système de culture forestière dans les steppes, était un forestier nommé Graff, dont la statue est aujourd'hui élevée au milieu de la première forêt plantée par lui en Ukraine, dans

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le gouvernement de Ekaterinoslaw, au sein de steppes qui étaient jadis absolument nues.

Le principe fondamental de ce système consistait, comme pour les cultures dont j'ai parlé plus haut, à maintenir la terre, entre les plants d'arbres, dans un état meuble, dénué de toute végétation spontanée, pour que les jeunes arbres puissent à eux seuls profiter de l'humidité contenue naturellement dans Îa terre. Le succès est venu pleinement couronner Îles efforts de Graff, quoique, depuis, tous les procédés de culture employés par lui aient été modifiés bien souvent, sauf toutefois son principe fondamental.

Un second grand nom qui se rattache à ce système est celui de M. Tikhonoff, encore aujourd’hui forestier en chef des forêts de la Terre des cosaques du Don, et qui continue toujours à perfectionner son

système. Il y a adjoint un nouveau principe, celui

d'activer, de hâter la croissance des arbres en les plantant très serrés, tout près les uns des autres et en entremêlant les essences à croissance rapide, telles que l’orme, le frène, l’érable, avec d’autres à croissance plus lente, tel que le chêne surtout. Ce système, je puis en parler avec connaissance de cause, car je l’applique chez moi depuis à peu près quinze ans, dans ma terre de Woronège, en lui ayant à mon tour apporté quelques modifications.

Voici comment on procède. Durant l'automne précédant l’année où l'on doit faire les plantations, on laboure la terre qu'on leur destine, à une profon-

deur plus ou moins grande. On choisit de préférence un terrain qui a été en culture et dont le solest plus ou moins ameubli. Si l’on veut faire les plantations d'arbres sur un terrain vierge, il est nécessaire de les faire précéder par une ou deux années de culture agricole. Les plantations se font toujours au printemps, immédiatement après le dégel de la terre,

pour parer contre les eflets nuisibles de la sécheresse

sur les jeunes plants; les plantations automnales sont beaucoup plus risquées: Il est absolument inutile de faire des trous pour planter, on pique les petits arbrisseaux en rangs très serrés, à la distance de

> à A \ \ près de 35 centimètres dans le rang et de 1 mètre à 1 m. 29 entre les rangs. Les plants doivent être tout jeunes, de 1 à 2 ans au plus. Les pépinières de l'Etat

fournissent des plants de cet âge au prix infime de

1fr. 35 à 2fr. 50 le mille, ce qui rend l'opération

très peu coûteuse. En plantant, on a soin de mettre

toujours un arbre à croissance lente entre deux arbres à croissance rapide, ainsi un chêne entre deux ormes, suivis de deux autres arbres d'espèce quelconque, pour que les chènes ne soient pas trop près l'un de l’autre.

Comme je viens de le dire, cette règle est très importante, elle fait même un des fondements du système, car les arbres à croissance rapide, couvrant les autres de leur ombrage, en activent le développement, leur servent pour ainsi dire d’entraineurs, les obligent à se diriger en haut, vers la lumière qui

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leur est nécessaire. Ceci donne aux arbres une force de croissance, une tendance vers le ciel prodigieuse : un chère de dix ans égale en hauteur un arbre de la même espèce de vingt ans au moins, planté dans les conditions ordinaires, et l'on voit bientôt Îles

chênes s'élever au-dessus de leurs voisins, qui Îles dominaient auparavant. Autrefois on plantait encore

plus dru qu'aujourd'hui, on ne mettait pas moins de 15000 plants à l’hectare, ce qui ne revenait pas bien cher, vu les prix minimes auxquels on se Îles procurait; aujourd'hui on ne plante pas plus de 8000 à 9000 arbrisseaux à l’hectare. Néanmoins, c’est encore beaucoup, et pour que les ramifications des arbres ne s’enchevêtrent pas trop, pour qu'ils ne donnent pas plus d'ombre qu'il n'en faut, on commence, trois ou quatre ans après la plantation, à couper ou simplement à casser les branches inutiles, pour donner plus d'air et de lumiere à l'essence principale, qui est généralement le chêne. Sept ou huit ans après la plantation, 1l est nécessaire d’espacer les plants, en enlevant les arbres qui sont de trop, qui ont déjà rempli leur rôle, et l'on continue ainsi tant qu'il ne restera plus que l'espèce principale. Le bois étant fort cher et très recherche dans nos steppes, les forêts ainsi plantées commencent à rapporter dès leur septième ou huitième annce de croissance etcouvrent bientôtles frais du sylviculteur.

Mais ceci n’est pas tout, ce n'est qu'un côté du travail. Pour que la plantation réussissé, pour que les

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plants ne périssent point de Ia sécheresse et puissent puiser en terre toute l’eau qui leur est nécessaire, il est indispensable d'entretenir le sol pendant les trois à quatre premières années dans un état de propreté absolue, il faut éliminer toutes les mauvaises herbes pour que celles-ci ne leur enlèvent pas concurremment l'humidité du sol. Les plantations étant faites

en lignes, on obtient ce résultat en opérant trois fois,

ou même quatre à cinq fois l'an, le sarclage des intervalles entre les lignes et en binant les arbres dans les rangs. Pour le sartlage, on emploie des scarificateurs ou bien des herses spéciales. Ce travail est très simple et peu coûteux, mais il est nécessaire de le répéter dès que les herbes commencent à poindre. Après trois à quatre ans, il devient inutile, car les arbres donnent déjà assez d'ombre pour que les herbes ne puissent se développer dessous. Aujourd'hui on a encore simplifié ce système de culture, en mettant les plants à une distance de 1 m. 25, tant dans les rangs: qu'entre ces derniers. On peut dès lors se passer du binage, car alors on

peut faire Îles labours de sarclage dans les deux

directions, ce qui diminue. considérablement les dépenses en rendant inutile tout travail à la main.

. En procédant de la sorte, on obtient des résultats

surprenants. Quelques années après leur plantation,

les arbres, qui n'étaient que de quelques centimètres

au moment de leur mise en terre, atteignent une

hauteur très considérable, malgré les périodes de

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sécheresse qu'ils ont à subir, et dont ils ne se ressentent presque pas dans ces conditions.

J'ai appliqué ce même système pour la plantation de conifères et notamment de pins et de mélèzes de Sibérie, sur des terrains légers et plus où moins

sablonneux qui leur étaient propices. Seulement,

ici, j'ai procédé un peu autrement. J'ai planté un

rang de conifères et un rang de bouleaux, à Îa

distance de 1 m. 50 entre les rangs. Dans ce cas, c'est le bouleau, une espèce à croissance très rapide, qui a joué le rôle de l’orme, du frène ou de l'érable dans nos plantations de chênes. Il a prodigieusement activé la croissance des pins; quand il deviendra trop élevé et que son voisinage pourra être dangereux pour les conifères, je le ferai abattre; il me servira comme bois. de chauffage, dont il possède les plus belles qualités, et j'aurai dans quelques années une forêt de pins et de mélèzes qui fait déjà l'admiration de mes voisins, d'autant plus que ces arbres ne viennent pas spontanément dans les alentours et qu'il faut.aller à une distance de 50 kilomètres au moins pour trouver des forêts de pins naturelles. Aujourd'hui j'ai atteint au chiffre maxi-

mum de mes plantations forestières : 50 hectares;

mais un de mes voisins, qui a commencé bien avant moi, a déjà une forêt de 500 hectares, qui ne demande plus aucun frais d'entretien et lui donne un revenu annuel considérable, le bois de chauffage et surtout de construction étant vendu très cher dans nos parages.

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Les fourrages dans la région centrale de la Russie. — Déboires dans la culture des trèfles.— Essais sur diverses plantes herbacées. — Plantes des steppes à utiliser. — La luzerne. — Les plantes à racines fourragères. — Services rendus par la culture de la citrouille. '

J'arrive à une question d'une grande importance pour les agriculteurs du Centre de la Russie, celle des fourrages. En règle générale, nous n'avons que très peu de prairies naturelles ; nos steppes, autrefois herbacées, ont été depuis longtemps livrées à la culture agricole. Nos voisins les paysans sont encore plus embarrassés que nous sous ce rapport, car ils ont défriché tous les terrains qui, autrefois, leur donnaient le fourrage nécessaire à leurs bestiaux et leur servaient de pacage. Aujourd'hui on ne voit partout que des champs labourés et ensemencés de céréales; le bétail doit forcément se contenter de paille et paître sur les terres laissées en jachère durant l'été, et sur les chaumes après la récolte des blés en automne, où il ne trouve généralement qu’une pâture plus ‘que frugale. Autrefois, quand les steppes existaient encore à leur état primi-

Sad -’, LA RUSSIE AGRICOLE tif, on se livrait ici à une culture semi-pastorale, on. entretenait des milliers de brebis, des chevaux des -" plus belles races, du gros bétail qui servait à lapprovisionnement des grands centres de population. A l'époque ‘actuelle, tout cela est .passé dans le ‘domaine de l'histoire et nous sommes souvent très. : ‘‘embarrassés pour l'entretien du bétail, en quantité : beaucoup moindre, mais dont aucune exploitation ‘rurale tant soit peu rationnelle ne peut se passer,

:! ne fût-ce que comme bêtes de somme et de labour.

Aussi sommes-nous obligés d’avoir recours à la pro- ” duction des fourrages sur les terres arables, mais ; ici éncore nous rencontrons bien des diflicultés, inconnues ailleurs, grâce aux conditions particu-: “lières de ‘notre ‘climat, et en partie peut-être’ de

: & notre-sol, le fameux tchernozème, dont j'ai déjà tant

parlé dans mes études précédentes.

Étant depuis longtemps arrivés à la conclusion

, … qu'il nous faut remplacer le système triennal par un Y

:assolément plus perfectionné, et donner à notre culture plus de variété que n’en comporte l’ancien sys- ‘tème, il est naturel que nous eûmes tout d'abord “idée d’'imiter en ceci, comme en bien d’autres cho- : ses, l'exemple de nos voisins, les cultivateurs occidentaux, et de faire des fourrages sur nos champs. I est tout aussi évident que la première plante à ; .. laquellé nous ayons songé. fût le trèfle, qui donne : ailleurs et même dans les provinces du Nord et de l'Ouest ‘de la Russie de si bons résultats ; mais le”

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‘trèfle ne nous à apporté, surtout dans le Midi, que

k ‘ \des déboires. L'expérience, une expériénce bien

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triste’ pour nous, mais irréfutable, nous a démontré “que ni notre niet ni notre sol ne convenaient au trèfle, et d'autant moins que le tchernozème était ‘plus riche de nature. Sur les terrains argileux, même au sein de ces mêmes contrées, 1l réussit plus ou moins, mais sur les terres noires du Midi nous avons dû abandonner tout espoir. Les gouvernements de Riazan et d'Orel sont les derniers où l’on

‘peut encore le cultiver avec quelque chance de suc-

cès ; mais plus loin vers le Midi, c'est fini, il n'y a plus fien'à attendre. Et même ici le trèfle est loin de

donner les récoltes de foin que l'on en obtient ail-

leurs, et souvent sa culture a un tout autre but, la

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. production de la graine que nous empruntent, sou- , «Vent à des prix très élevés, les provinces du Nord et

de l’Ouest, que nous expédions même à l'étranger.

On doit signaler un fait tout à notre avantage à

cet égard, c’est que la cuscute du trèfle est un fléau :

presque inconnu chez nous ; même quand il nous

arrivait autrefois de la graine de trèfle importée de

l'étranger et infectée de cuscute, cette plante para-

.. Site paraissait ne point s'accommoder des rigueurs

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