‹ La Russie de 1789 à 1914Chapitre 23 sur 23 · LA MONARCHIE CONTRE LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

LA MONARCHIE CONTRE LA REVOLUTION

en fait l'unité. L'empereur François ne ressemble guère à ses prédécesseurs : il n'a ni l'activité fébrile de son oncle ni la souplesse florentine de son père; sa mère, Marie-Ludovique, fille de Charles III d'Espagne, lui apporte la mentalité trouble des Bourbons d'Espagne; tous ses frères furent atteints de maladies nerveuses; son fils, qui fut l'empereur Ferdinand I'^'', fut épileptique et idiot. « N'y a-t-il pas une part de maladie mentale dans la phobie de François pour ce qui, de près ou de loin, ressemble à un progrès.''... L'exemple de son père et l'éducation qu'il reçut, accrurent chez l'enfant cette horreur instinctive de la nouveauté. Léopold, très soupçonneux, avait fait de la police le principal ressort du Gouvernement... Le mobile essentiel de François fut une sorte de peur nerveuse : même vers la fin de sa vie... il est hanté par la terreur des complots; cela finit par lui créer comme une originahté, lui donne à distance l'apparence d'une certaine tenue. Il a érigé en système son vice essentiel : il veut éviter la plus légère secousse; tout assoupir, tuer jusqu'au désir de l'action, consolider son repos par l'immobilité générale : il n'a pas d'autre idéal politique. » (Denis.) Il était lent, lourd, apathique, sournois; il fut malmené par le turbulent Joseph II, qui essaya en vain de le dégourdir; il ne garda des algarades de son oncle qu'un perpétuel ahurissement. L'oncle lui reconnaissait de l'application, 'I mais, ajoutait-il, il y a plutôt de la machinalité; il n'y a rien de lui; les pensées n'y sont pas ». Sous des dehors paternes, il n'était qu'un égoïste inintelligent, incapable de s'élever au-dessus des petites choses, d'avoir des idées personnelles, timide d'esprit et apathique; c'est ce que Metternich, courtisan ou ironiste, appelle son calme, son impartialité, son égalité d'âme. Il ne savait sortir de son repos que pour frapper ceux qui pouvaient le troubler. Il a l'horreur du changement. « Tout le monde divague, disait-il en latin à Pest en 1820, et, délaissant ses antiques lois, court à la recherche de constitutions imaginaires. Vous possédez une constitution, que vous avez reçue intacte de vos ancêtres; vous l'aimez et moi aussi je l'aime, et je la conserverai, et je la transmettrai à mes héritiers. » On devine comment un tel homme devait accueillir la Révolution française.

Les territoires. — L'Empereur est le lien unique entre 24 millions d'hommes qui n'ont cruère de commun que leur foi monarchique : il y a 10 millions d'hommes dans les possessions personnelles des Habsbourg qui sont rattachés au Saint-Empire; 14 millions d'autres ne font point partie du « corps germanique ». Mais le Saint-Empire romain germanique, qui n'est plus saint ni romain, est à peine encore un empire : les rares institutions communes, la Diète de Ratisbonne, la Chambre impériale de Wetzlar, le Conseil aulique de Vienne, n'ont aucun pouvoir sur les grands souverains allemands. Le chef de la maison de Habsbourg n'a de pouvoir que dans ses propres États :

1° Le; «pays d'Empire», c'est-à-dire: a) les États héréditaires, soit les cercles de Bourgogne (Pays-Bas autrichiens) et d'Autriche, celui-ci comprenant les pays allemands de l'archiduché d'Autriche (Vienne, Linz), les pays slaves des duchés de Styrie, Carinthie, Carniole, Frioul (avec ici quelques colons italiens : Gorizia et Gradisca, Aquilée, Trieste, Fiume), les pays allemands et italiens des comtés du Tirol (avec les évêchés de Trente et de Brixen) et du Vorarlberg, enfin des possessions éparses dans l'Ouest de l'Allemagne, sur le Rhin (Brisgau, etc.) et sur le Danube supérieur (Souabe autrichienne); b) le royaume de Bohême et ses annexes, margraviat de Moravie, duché de Silésie (réduit à des parcelles, Teschen, Troppau, etc.), pays slaves (tchèques) avec de nombreux colons allemands;

2° Les « pays de la couronne de Saint-Étienne », c'est-à-dire les royaumes de Hongrie, de Slavonie, Croatie et Dalmatie, la principauté de Transylvanie, pays divers s'il en fut, magyars (Hongrie), slaves et roumains. Depuis le traité de Belgrade (1739), la frontière sud avec l'Empire ottoman est approximativement la Save, le Danube, les Karpates;

30 Les possessions italiennes, la Lombardie (avec Milan et Mantoue), séparée du reste par les terres de Venise;

4" Les possessions polonaises, « royaume de Galicie et de Lodomérie », résultat du partage de 1772, à quoi il faut joindre la Boukovine roumaine acquise sur les Turcs en 1775.

Il serait intéressant de connaître la répartition des différentes races dans la population de la monarchie à la fin du dix-huitième siècle. Aucun historien ne s'est préoccupé de nous fournir

.if

DK Fichelle, Alfred

189 La Russie de 1789 à 191-i

Page 1