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CARACTERE MYTHIQUE DES BYLINES

« L’épopée francaise, dit M. Gaston Paris, a germé, est née et a fleuri sur un sol tout historique. » Au contraire, Vépopée russe est née dans une race dont l’imagination était encore pleine des mythes paiens. Par la elle séloiene de l’épopée francaise, qui s'est formée cependant 4 la méme époque, pour se rapprocher de la vieille épopée indienne. « Dés ses premiers bégaiements, continue M. Paris, la poésie populaire francaise chante des héros trésvivants, des actions trés-concrétes : il n’y a pas a chercher

(4) Voir Léon Gautier, Les Epopées francaises, et Gaston Paris, Histoire pogtique de Charlemagne, p. 64, 427,

derriére ses personnages de passé mystérieux. » O’est encore tout le contraire dans les poésies russes, ott les héros, méme ceux dont les noms sont dans les chroniques, semblent avoir pris la place de personnages trés-mystérieux, dont l’origine se rattache 4 la mythologie universelle. Les ennemis qu’ils ont & combattre n’ont presque pas de forme déterminée: ce sont de monstrueux embryons 4 peine sortis de la matrice universelle, encore engagés jusqu’a mi-corps dans le chaos panthéistique. Solovei le brigand est presque impossible 4 décrire en traits précis; le Serpent de la Montagne se distingue difficilement de la masse confuse de la nuée ou du brouillard. I] est visible que Vimagination russe, lorsqu’elle a été appelée 4 former des

‘héros vivants, venait seulement daccomplir son évolution du panthéisme indien au polythéisme européen. On dirait, en parcourant les bylines, que le monde vient de naitre : les hommes, les dieux et les animaux y vivent encore dans la promiscuité primordiale. C’est toujours le temps ou les bétes parlaient, o& les riviéres pouvaient s’animer. Solovei le brigand et Marina lenchanteresse, sont presque des oiseaux, Dounai et Nastasia deviennent des fleuves. A chaque page, on trouve des serpents qui entrent en négociations avec les hommes, des chevaux qui conversent avec leurs maitres, des corbeaux qui prononcent des paroles prophétiques, des aurochs qui sont des héros, des cygnes qui sont des jeunes filles. Les choses inanimées ont elles-mémes une vie et une intelligence. Le bogatyr, avant de lancer sa fiéche d’acier, lui adresse un discours, une sorte de conjuration. « Vole au-dessus des bois sombres, vole au-dessous des nuages errants ; ne tombe ni dans l’eau ni sur la terre, tombe dans l’ceil droit du brigand “),»

(1) Le Kalévala nous offre l’exemple de formules semblables: « Pars, maintenant, 6 pointe de bouleau, frappe, 6 arc de sapin, déchire, corde de lin! Sima main lance la fléche trop bas, qu'elle monte plus haut; si ma main la lance trop haut, qu’elle tombe plus bas ». 6° runo, Traduction de M, Léouzon-le-Duc.

On voit au premier coup d’ceil que dans une telle épopée Pélément historique doit étre trés-faible, ’élément mythique trés-considérable. Si nous cherchons des faits réels, nous sentons le terrain solide se dérober sous nos pieds, et nous sommes entrainés dans le grand courant des fables indo-européennes. Pas une de ces aventures qui ne nous rappelle des traits analogues des “’ddas ou des poésies homériques, du Ramayana ou des Niebelungen. A chaque ver's, il faudrait évoquer un monde de souvenirs épiques, appeler & son aide l’Olympe et le Walhalla, réveiller tous les panthéons de l’Orient et du Nord. En donnant 4 Vladimir l’épithéte de Beau-Soleil, la chanson russe nous ouvre elle-méme la voie des explications mythologiques. Ce Vladimir immobile des bylines, qui rappelle si peu les infatigables Vladimirs de lhistoire, est le soleil en effet. Ces monstres, qui donnent l’assaut 4 la cité royale de Kief, ce sont les forces sombres ou hostiles de la nature, sinistres personnifications de la nuit qui bannit le soleil, de la nuée qui l’éclipse, de Vhiver qui le fait palir. Le Beau- Soleil, c’est le principe delumiére, mais un principe immobile, passif, non militant. I faut pour combattre lesprit des ténébres une autre force lumineuse, active et guerriére.

C’est alors qu’llia de Mourom s’attaque a Solovei, Dobryna au Serpent de la Montagne, Alécha Popovitch au monstre Tougarine, Diouk Stépanovitch 4 Chark le géant. Comme Indra, dompteur du serpent Ahi, comme Sigurd, vainqueur du dragon Fafnir, comme le Bellérophon et le Persée, l’Apollon et Hercule des traditions grecques, comme le saint George des légendes chrétiennes, de leur épée fulgurante ils portent & l’ennemi des coups terribles, ouvrent 4 ses flancs de larges blessures, font couler des ruisseaux de son sang, ondée féconde qui rendra a la terre sa fertilité et 4 ’astre du jour sa splendeur. Le soleil impassible sur son char d’or ne suffirait pas 4 cette guerre;

pour l’accomplir, il faut les fléches d’or de la foudre qui éventrent les nuages, noirs dragons du ciel.

Hatons-nous de sortir des généralités, et, comme l’explication mythique de toutes ces bylines'nous meénerait fort loin, prenons au hasard deux ou trois scénes heroiques. Ilia est assis immobile depuis ¢renfe années, nombre sacramentel qui correspond simplement a la durée de la saison d’hiver. Il est guéri par des étrangers divins qui, dans les bylines postérieures, deviennent Jésus- Christ et ses apdtres, et dans les plus anciennes sont simplement des kaliki voyageurs, allusion aux nuages qui passent. Ils le guérissent avec un breuvage, l’eau vivifiante, qui en avril, lorsqu’elle tombe en pluie féconde, réveille les énergies de la nature. Ilia se léve précisément au printemps, au temps de Paques; 4 ’heure méme, disent quelques bylines, ot l’on chante dans les églises: Christ est ressuscité! C’est donc bien l’année nouvelle qui sort de sa léthargie hivernale. Ilia « ne doit pas mourir e nbataille; » il ne peut que retourner, aprés avoir accompli la série de ses exploits, 4 ce sommeil de pierre oti la saison froide emprisonne la nature. Une autre de ses aventures rappelle celle de Thor : il disparait un moment dans la poche de Sviatogor, comme le dieu germain dans le gant du géant Skrimir. Ilia ou Thor, c’est la foudre longtemps recélée dans la nuée; seulement la chanson russe semble perdre ici le fil de allusion mythique, fort bien conservée au contraire dans la légende du nord : Thor, prenant enfin son marteau, frappe la téte du géant pour en faire jaillir le sang.

Ou le Mouromien se manifeste surtout comme un héros fulgurant, c’est dans sa lutte avec Solovei. Le brigand obstrue la route qui conduit le plus directement au princesoleil, — depuis combien de temps? juste depuis trente ans, c’est-a-dire pendant tout le temps qu’a duré la léthargie d’Ilia. Qu’est-ce que Solovei? Il a figure d’oiseau, son

nom de rossignol Vindique assez; il a wa nid sur sept chénes, il a des fils qui peuvent se changer en noirs corbeaux pour assaillir Ilia. La caractéristique de son cri, c’est le terrible sifflement qui ravage tout aux alentours. On ne peut méconnaitre en lui le génie de l’orage et de la tempéte. C’est ainsi que dans les Hddas le géant Hraesvelgr est assis aux confins du monde, et du battement de Ses ailes d’aigle met les vents en mouvement; c’est ainsi que le géant Tiassi, que Thor immole tous les printemps, iiche sur des chénes sous la forme d’un aigle. Ailés sont les vents helléniques, fils d’Eole; ailées aussi les harpyes, les vavisseuses, auxquelles Hercule, analogue d’Ilia et de Thor, livre bataille. De méme que Solovei vit entouré de marécages, les harpyes hantent le lac Stymphale ; le nom de V’une d’elles, Aed/6é (la tempéte), est significatif. M. Miller fait encore remarquer l’analogie qu’il ya en latin entre aquila, vultur, noms doiseaux de proie, et aqguilo, vulturnus, noms de vents orageux. Solovei, le rossignol gigantesque, et ses fils les corbeaux rentrent naturellement dans la grande famille indo-européenne des oiseaux-tempétes.

Quand Ilia rencontre les quarante brigands, sa fiéche fait voler un chéne en éclats : leffet est exactement celui dun coup de foudre. Les brigands en restent étourdis comme par une espéce de choc en retour.

Sous le dragon Fafnir, Sigurd a trouvé l’or rouge de la Gnita-Heide; de méme dans le nid de Solovei il y aurait assez d’or et d’argent pour payer sa rancon, allusion aux rayons lumineux que la sombre nuée dissimule en ses flancs. Dobryna trouve aussi un trésor chez la Baba-Yaga.

Nous avons vu comment Ilia, aprés sa victoire, déchire et disperse les membres de son ennemi ; il faut bien que son sang féconde la terre régénérée. Enfin dans certaines bylines, Ilia, vainqueur, est obligé de franchir une riviére; il y a la une bateliére qui offre de le passer, s’il consent a

lui rendre son pére Solovei. Ilia refuse, tue la bateliére, et de ses propres mains, construit un pont. Indra et Thor, agissent de méme aprés la victoire. Ce pont, c’est le pont Bifreest des Hddas, cest Varc-en-ciel. Ilia traite aussi mal que Solovei tantét sa fille et tantdt son fils ; mais la polénitsa a un faucon sur lépaule, et Sokolnik est un fauconner ; ils sifflent et rugissent comme Solovei; ils sont donc de la méme famille. Sans doute, ils ont pour pére Ilia, le héros de lumiére; mais par leur mére la polénitsa des bylines, la femme-serpent des légendes d’Hérodote, ils appartiennent bien plus au monde des ténébres qu’au monde de la splendeur solaire.

Ainsi done dans les chansons épiques de la Russie on peut distinguer une série de couches poétiques superposées comme les couches géologiques du sol terrestre et sur Jesquelles on peut faire, suivant l’heureuse expression de M. Oreste Miller, de véritables études de paléontologie mythique. Les données naturalistes, communes & tous les peuples de notre famille, ont fini vers le x1° siécle par se spécialiser, par se naturaliser slaves. Les héros mythiques, indo-européens sont devenus des héros exclusivement russes, des héros chrétiens, des héros orthodoxes. On cite le lieu de leur naissance : Mourom, Riazan ou Galitch. On marque sur la terre russe les chemins quwils ont parcourus, la topographie de leurs champs de bataille. Les montagnes célestes, qui dans la mythologie primitive sont les nuées, les riviéres célestes, qui sont la pluie, la mer céleste, qui est ’atmosphére, se sont transportées dans le monde inférieur, et sont devenues de vraies montagnes en calcaire et granit, de vrais fleuves russes, le Dniéper ou le Volga, de vraies mers russes, la Caspienne oula Baltique. Les dragons célestes sont devenus de vrais serpents, ou des géants comme Chark el Tougarine, ou des khans tatars, les uns de pure imagination, comme Idolichtché ou Kaline, les autres réellement historiques,

comme Baty, qui conquit la Russie au xmI° siécle, et Mamai, qui fut vaincu 4 Koulikovo par Dmitri Donskoi. Dans telle chanson prise au hasard, on retrouve superposés les débris archaiques appartenant 4 des périodes fort diverses de la genése poétique. On voit en méme temps Ilia identifié & la nature elle-méme et endormi du sommeil hivernal, — puis dieu du tonnerre brandissant la massue de Péroun, l’arc d’Apollon, le marteau de Thor, — puis héros russe courant de Mourom par Tchernigof au secours du prince dé Kief, — puis chevalier chrétien protégeant les orphelins et batissant des églises 4 saint Nicolas. Mais déja pour les chanteurs populaires du moyenage Ilia est bien un bogatyr, de méme que Solovei est bien un brigand. Ce qwils admirent, ce quwils glorifient, cest VIlia vivant et humain et non pas V’Ilia mythique. Il en est de méme pour les autres héros du cycle de Kief. Comment s’est faite cette combinuison des éléments historiques et mythiques sur la téte des héros kiéviens? Comment, autour de noms consacrés par les chroniques, ont pu se grouper tant d’aventures fantastiques? Peut-étre faut-il appliquer 4 l’épopée russe une loi entrevue dans celle des Wiebelungen. A premiére vue, ceux qu’on appelle les « évhéméristes modernes » ont beau jeu avec le poéme germanique. Il n’est pas difficile d’y retrouver quelques-uns des grands noms du vi° siécle: quwest-ce que Siegfrid, Brunehilde, Gunther le Burgonde, sinon Sigebert, roi d’Austrasie, Brunehaut, sa femme, Gontran, roi de Bourgogne? Ajoutez & ces personnages Attila, roi des Huns, son frére Bloede, Diétrich de Vérone, c’est-a-dire Théodoric le Grand, et vous avez le tableau vivant et animé du grand mouvement des invasions barbares. Mais quand on retrouve les mémes acteurs, les. mémes aventures dans des monuments bien plus anciens que les MWiebelungen, quand on remarque que Siegfrid, Brunehilde, Gunther, ne sont autres que Sigurd, Brynhild, Gunnar et que ces héros

des #ddas n’ont rien 4 faire avec la Germanie proprement dite, quand on s’apercoit que les Wiebelungen n’ont parlé d’Attila que parce que les #ddas donnent pour frére & Brynhild un certain Atli, quand on voit le combat contre le dragon, le meurtre de Sigurd et la vengeance dAtli s’expliquer trés-clairement par des faits astronomiques, on peut se convaincre que toutes ces légendes sont bien antérieures au Sigebert, 4 la Brunehaut, 4 |’Attila de Vhistoire et qu’elles doivent se replacer dans les régions des mythes communs 4 tous les peuples aryens. Un dernier argument contre le systeme évhémériste nous est fourni par Jornandés : il écrit son histoire vingt ans au moins avant Vassassinat de Sigebert, roi d’Austrasie, et il connait déja certains des personnages célébrés dans les Hddas “).

Il est évident que la ressemblance des noms a contribué a fixer autour des héros historiques, Sigebert ou Attila, ces vagues fictions des légendes épiques. Mais alors Sigurd, incarné dans Siegfrid et méme dans Sigebert, Gunnar, incarné dans Gunther et méme dans Gontran, ont pris un caractére particulier: Pun s’est défini de plus en plus comme un chef austrasien, l’autre comme un débonnaire et sournois Burgonde. Les Wiebelungen, dont le fond historique devient si faible, offrent cependant un tableau historique, assez fidéle, des mceurs de la Germanie. Ces errantes fictions, aprés avoir voyagé comme des nuées vagabondes dans le ciel aryen, des sommets de Himalaya aux montagnes de la Scandinavie, se sont arrétées sur le sol teutonique et sont devenues une épopée véritablement allemande. Semblable évolution, favorisée peut-étre par des circonstances analogues, par des ressemblances fortuites de noms propres ou de noms de lieux, a bien pu s’accomplir dans les autres épopées indo-européennes, celles

(1) Voir le développement de cette théorie dans Max Miller, Essats sur la mythologie comparée, trad, par M. Georges Perrot, p. 438 et suiv.

de la Gréce comme celles de la Bretagne. Peut-étre que, bien des siécles avant Vladimir le Baptiseur ou Vladimir Monomaque, avant Ilia le Botté, avant les deux Dobryna, avant les deux Alécha Popovitch, avant Stavre le centenier, les légendes qui se sont groupées autour de leur nom, erraient déja sur la terre slave ; puis subitement, dans une crise décisive de l’épopée russe, provoquée par quelque grande révolution de Vhistoire, elles ont pu se saisir de quelques-uns des héros dont les noms-sont conservés dans les chroniques et se fixer autour de leurs tétes déja illustres, comme un nimbe lumineux qui resplendit touta-coup autour de la téte d’un saint.

M. William Cox, qui dénie aux épopées homériques tout fondement historique, qui ne croit a l’existence réelle ni dIlion, ni d’Achille, ni d’Ulysse, qui voit dans la légende troyenne un ensemble de mythes venus de plus loin et qui se sont accidentellement localisés dans les plaines de la Dardanie, dit que ce mest pas seulement 4 Troie qu’a eu lieu le siége de Troie et que « le combat autour d’Ilion a été combattu dans maint autre pays aryen “). » On peut dire aussi, 4 propos del’épopée russe, que le combat contre Solovei le brigand, contre le Serpent de la Montagne, contre Tougarine, contre Chark, a été combattu en bien d’autres pays aryens, de l’Indoustan & la Gréce, des bruyéres de la Scandinavie 4 celles de la Bretagne celtique. On peut méme dire qu’il a été combat{u ailleurs que sur terre et quila eu d’abord pour théatre les plaines du ciel et les replis des nuées. Mais nous ne pouvons suivre M. William Cox dans toutes ses conclusions. Il prétend que« sil y aune si grande affinité entre le caractére des héros grecs et des héros germains, il s’ensuit que leur caractére n’est ni strictement grec, ni strictement germain et qu’on ne peut considérer ces types héroiques comme exprimant [état

(A) W. Cox, Mythology, I. 169, 261.

moral ni des Grecs, ni des Germains. » Il en conclut qwil ne faut chercher ni dans l’Zdiade, ni dans lOdyssée, ni dans les Hddas, ni dans les MWiebelungen la peinture de caractéres nationaux. Si M. Cox s’était occupé de l’épopée kiévienne, il n’aurait pas manqué de dire sans doute que, les héros russes présentant avec les autres héros aryens une trés-grande affinité, il s’ensuit quwils ne sont pas slaves, et qwil ne faut pas chercher dans les bylines des peintures du caractére national russe.

Nous ne partageons pas cette opinion de M. William Cox : quelle que soit Porigine, astronomique ou mythique, d’un Ulysse ou dun Achille, ils n’en sont pas moins devenus dans Homére de véritables héros grecs. De méme, Ilia et Dobryna ont pu n’étre dabord que la foudre éclatant a travers la nuée; mais dans la derniére transformation qu’a subie leur type héroique, dans la forme définitive que lui ont donnée les poétes populaires du Dniéper, ils ont pris un caractére véritablement russe. Les détails que les aédes rustiques ont ajoutés comme une broderie sur le vieux canevas aryen sont bien l’expression du génie slave. Les bylines comme les Viebelungen ne racontent peut-étre pas des événements historiques : elles n’en sont pas moins cependant, au point de vue de la peinture des mceurs, d’utiles et véridiques monuments historiques.

Jadmettrai volontiers avec lécole mythologique que Krichna, Roustem, Achille, Ilia. de Mourom, Sigurd, Siegfrid, Arthur, Roland, ne sont, lorsqu’on remonte aux sources, qu’un seul et méme type poétique. Il faut reconnaitre cependant que ce type commun, élaboré par le génie particulier de chaque peuple, est devenu chez chacun d’eux un type local et national. C’est ce travail séculaire, poursuivi dans des contrées si diverges, sous des climats différents, dans des conditions de société et de civilisation fort opposées, qui a comme absorbé le heros panaryen et donné naissance aux héros particuliers

des Indous et des Iraniens, des Hellénes et des Russes, des Scandinaves et des Germains, des Bretons et des Francais.

Les langues aryennes, pour étrenées d’une souche commune, n’en sont pas moins devenues des idiomes distincts, ayant leur caractére propre et leur originalité. Les épopées aryennes ont accompli la méme évolution et sont arrivées & la méme indépendance.

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