‹ La Russie épique; étude sur les chansons héroïques de la Russie, traduites ou analysée pour la première foisChapitre 64 sur 66 · CHAPITRE m L INSURRECTION GOSAQCE CONTRE LA POLOGNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE m L INSURRECTION GOSAQCE CONTRE LA POLOGNE

Le moment est venu où va éclater, entre les colons de la Petite-Russie et leurs seigneurs concessionnaires, le malentendu originel. L'ennemi, ce ne sera plus le Turc ou le Tatar, ce sera le pan polonais ou russe polonisé, avec ses deux acolytes, le missionnaire catholique et rintendant ou le fermier juif qui prend tout à ferme en Ukraine, les routes et les cabarets, les chasses et les rivières, les redevances et les corvées, les clés même de Téglise, où Ton ne peut plus être baptisé, ni marié, ni pleuré sans sa permission. D'autres héros vont s'emparer de la scène et passionner l'imagination des masses. Ce sera Gange Andiber qui rosse les pans dans les cabarets ; ce sera Bodgan Khmelniçki, le promoteur de la guerre d'indépendance, celui qui donna le signal de la lutte contre cette impopulaire trinité : le seigneur, le jésuite, le Juif-arendateur ; ce sera Paleï, le Adèle cosaque, que les mensonges de Mazeppa ont fait exiler en Sibérie, mais qui en revient pour combattre les traîtres et donner la victoire à Pierre le Grand : ce sera Kharko, en qui les Polonais crurent voir grandir un nouveau Khmelniçki, et^qu'ils ne purent décapiter qu'avec son propre sabre, un sabre héroïque; ce seront enfin les derniers Zaporogues, qui apparaissent à la veille de la destruction de la setche par les armées de Catherine II et du total anéantissement de cette confrérie militaire, devenue pour les hommes d'État du xviii° siècle un ramas d'impurs brigands.

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Avant d'analyser les dcmmy publiées dans le deuxième volume de MM. Antonovitch et Dragomanof, résumons les faits historiques qui servent de base à ces chansons.

L'Ukraine formait comme les confins militaires de la Pologne contre les Turcs. Les cosaques "pto^vemeni dits étaient divisés en yin^polks ou régiments, commandés chacun par un polkovnik. Le commandant en chef de Tarmée cosaque était Vhetman, nommé par le roi, et assisté de la starchina. Ce conseil des anciens se composait de Vobozniy préposé aux bagages, du pisar ou chancelier, de Vessaotdy des polkovniks et de quelques autres dignitaires. Les Zaporogues, sous leur atamariy formaient comme un état à part. Le roi de Pologne avait intérêt à maintenir Tannée cosaque sur un pied respectable , pour s'en servir contre les Tatars, les Turcs et les Moscovites. La noblesse polonaise et lithuanienne, au contraire, avait intérêt à réduire cet eflTectif : elle ne voulait reconnaître comme cosaques, comme libres guerriers, que ceux qui étaient inscrits sur le registre (registrovie kosaki) ; elle prétendait maintenir tout le reste de la population dans un véritable servage, sous le régime de la corvée, sous l'autorité de ses intendants Israélites.

Les prétentions des pans y la limitation vexatoire du registre, les exactions des Jmfs-arendateursy enfin les entreprises des jésuites et des uniates contre la religion orthodoxe provoquèrent au xvii*> siècle, dans l'armée et la population cosaque, une série de soulèvements, dans lesquels se distinguèrent surtout Nalivaïko, Taras Boulbas, le héros du roman de Gogol, Pavliouk, Ostranitsa. Ces soulèvements dégénérèrent souvent en sanglantes jacqueries qui amenèrent d'impitoyables répressions.

Sous le roi Vladislas, le chef qu'attendait l'Ukraine frémissante parut. Ce fut le pisar Bogdan Khmelniçki , propriétaire de Soubbotovo près de Tchighirine. Cruellement outragé par un de ses voisins , le pan polonais Tchaplinski , H demande justice au roi pour lui-même et pour les

cosaques opprimés. Le roi Vladislas, impuissant à conteDir son aristocratie , aurait répondu à Bogdan que les sénateurs révisaient de lui obéir; puis, dessinant un sabre sur un papier qu'il lui remit, il aurait sgouté: « Voici mon signe royal; si vous avez des sabres au côté, résistez à <îeux qui vous insultent et vous pillent. » Khmelniçki n'en fut pas moins obligé de chercher un asile chez les Zaporogues , puis chez les Tatars de Crimée. Là il se fit des alliés et reparut avec une armée de Tatars et de Zaporogues: l'Ukraine tout entière se souleva à sa voix. Il battit les généraux polonais d'abord aux Eaux-Jaanes (1648), où les cosaques enregistrés massacrèrent le traître Barabas leur hetman et passèrent sous les drapeaux des insurgés , puis à Khorsoun (Ukraine), où il fit prisonniers 'ses ennemis Potoçki et Kalinovski qu'il livra aux Tatars. Cette double victoire fut le signal d'un massacre général ou d'une fuite éperdue des nobles polonais et des Juifs-arendateurs. Vladislas mourut sur ces entrefaites; son successeur Jean Casimir essaya de négocier avec Bogdan, puis marcha en personne contre lui. Près de Zborovo, il se vit complètement cerné par une immense armée de cosaques et de Tatars. Ceux-ci abandonnèrent leurs alliés, qui durent traiter avec le roi. Bogdan était reconnu pour hetman ; le registre était maintenu, mais le chiffre de l'armée cosaque était élevé à 40,000 hommes. On donnait aux Ukrainiens diverses garanties contre les Juifs et les missionnaires catholiques.

Ce traité était inapplicable. La population soulevée à la voix des cosaques refusa de retourner à la corvée et la guerre continua. Trahi par le khan de Crimée, Bogdan perdit au traité de Biélaïa Tserkof {Blanche-Église) tous les avantages conquis : le registre fut réduit à 20,000 hommes et la population replacée sous le joug des pans. Les cosaques et leur hetman, poussés à bout, oflfrireot alors de reconnaître pour leur souverain le tsar de Moscou. La

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Russie intervint et après une guerre acharnée qui précipita la décadence polonaise , Alexis Mikhaïlovitch enleva au roi toute la rive gauche du Dnieper (paix d'Androussof 1667). Khmelniçki mourut sur ces entrefeites et son fils fut reconnu pour hetman : TUkr^e n'était affranchie qu'à moitié.

L'épopée de l'insurrection débute par la chanson sur Khmelniçki et l'hetman BarcAach (Barabas). Le roi Vladislas, qui veut du bien aux cosaques, a envoyé à leur hetman des lettres de liberté, et le traître les a enfouies chez lui pour favoriser le^pans. Mais Khmelniçki ne cesse de méditer sur les moyens de s'en emparer. Il invite à dîner l'hetman Barabas, le régale de vins précieux et lui dit : <t Mon compère, ]^n Barabas, seigneur hetman, ne pourrions-nous lire à nous deux les lettres du roi, donner aux cosaques les libertés cosaques, tenir ensemble pour la foi chrétienne orthodoxe? — Mon compère, pan Ithmelniçki, seigneur pimr de Tarmée, pourquoi donc lire à nous deux les lettres du roi? pourquoi affranchir les cosaques? ne vaut-il pas mieux tenir pour les Polonais, les puisusants seigneurs, manger avec eux le pain et le sel, paisiblement jusqu'à la fin des siècles? » Alors Khmelniçki verse de nouveau à son compère les vins précieux et quand Barabas succombe à l'ivresse, il lui enlève son anneau, ses clés et sa ceinture de soie. Puis il appelle im jeune cosaque, lui remet ces objets et l'expédie en toute hâte à la ville de Tcherkask, la résidence de l'hetman. Le eosaque montre ces objets à la femme de Barabas et, de la part de son mari, lui demande les lettres du roi pour qu'il puisse les lire avec son compère Khmelniçki, et donner aux cosaques les libertés cosaques. La bonne dame est toute désolée du funeste parti que prend son mari. Elle frappe ses mains sur le sol, elle verse des larmes abondantes : a Ne valait-il pas mieux tenir pour les Polonais, les puissants seigneurs, manger en paix avec eux le pain

et le sel? etc. » Elle se résigne cependant et montre à renvoyé de Khmelniçki, derrière la grande porte, le lieu où est enterré le coffre qui renferme les précieuses lettres. »

L'envoyé les porte en toute hâte à Tchighirine où Bogdan en donne lectui^ à Tarmée cosaque : « Cosaques, mes enfants, mes amis, mes gaillards, écoutez ! Je vous en prie, faites une bonne chose, réveillez- vous de votre sommeil! Récitez en russe le Notre Père. Fondez sur les camps des Polonais, taillez en pièces les Polonais, les seigneurs qui lèvent péage, mêlez dans la campagne leur sang polonais avec le sable jaune! » Vainement Barabas en larmes demande s'il ne vaut pas mieux « tenir pour les Polonais, les puissants seigneurs, etc. » Bogdan est Vhomme qui vevi accomplir la justice, « A son compère Barabas il fait voler la tète comme une muscade de dessus les épaules, il envoie en présent au khan des Tatars la femme et les enfants du traître, il devient Thetman de toute rUkraine. »

Cette chanson, comme presque toutes celles de la guerre de délivrance, est d'une remarquable précision. C'est de l'histoire coulée dans le moule d'une poésie vengeresse, déployant « ses ailes d'aigle » pour voler, comme une MarseillaisCy à la tète des masses insurgées. Les écrivains polonais ont raconté presque de la même façon le stratagème employé par Khmelniçki pour s'emparer de certaines lettres royales. Il est parfaitement vrai aussi que les cosaques crurent répondre à l'appel du souverain en se soulevant contre une aristocratie turbulente, aussi insupportable au roi qu'aux paysans. Quant à Barabas, nous avons déjà vu comment il périt à la bataille des Eaux- Jaunes.

L'insurrection une fois lancée, nous avons les chansons sur la Bataille des Eaux-Jaunes^ celle de Khorsourij etc. Mais les plus caractéristiques sont celles qui dépeignent l'oppression que les Juifs faisaient peser sur le peuple et

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la terrible vengeance que Ton en tira. « Les Juifs-arendateurs ont pris à ferme tous les sentiers des cosaques : par chaque mille, ils ont établi trois cabarets; dans chaque vallée un cabaret; sur les hauts kourganes^ ils ont planté des perches. Mais cela n'a pas suffi aux Juifs-arendateurs : dans toute la glorieuse Ukraine, ils ont levé un péage; par chaque voiture chargée une demi-pièce d'or, pour chaque piéton trois deniers; même au pauvre vieux, ils prennent ses poules et ses œufs, et lui demandent encore : a N'as-tu rien de plus, mon pigeon ? » Et cela n'a pas suffi aux Juife-arendateurs. Dans toute la glorieuse Ukraine, ils ont pris à ferme toutes les églises cosaques. Dieu donnet-il un enfant au cosaque, au mougik : « avant d'aller demander le baptême au prêtre, va d'abord chez le Juif, compte-lui six pièces, pour qu'il permette d'ouvrir l'église, de baptiser l'enfant ». De même pour les mariages, pour les funérailles. Le maudit arendateur a aussi pris à ferme les rivières cosaques : on ne peut plus y aller pêcher le poisson ou tirer le canard pour nourrir sa pauvre femme et ses enfants.

Or un jour un cosaque passe devant le cabaret du Juif, un mousquet sur l'épaule. Le Juif le voit par la fenêtre et dit à sa Juive : « Eh, Rachel, ma Juive ! à quoi pense ce cosaque? Il passe devant le cabaret sans m'acheter de l'eaude-vie, sans me demander la permission d'allet* tirer ! » Il sort, court au cosaque et l'attrape par les cheveux. L'homme le regarde de travers comme un ours, et lui dit : « Voyons, Juif-arendateur, ^ti, puissant seigneur, permets-moi d'aller tirer un canard sur la rivière pour nourrir ma femme et mes enfants ». Le Juif revient tout content à son cabaret et dit à sa Rachel : « Je vais devenir un grand dignitaire de la communauté à Blanche-Église : un cosaque vient de m'appeler jian^ puissant seigneur ! »

Fatale vanité ! Le Juif de notre chanson n'a pas compris la menace cachée dans la flatterie du cosaque. On ne sait •

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que trop bien qu'il est un puissant seigneur. On va le traiter comme un vrai jwn /

Voilà tous les Juifs qui se réunissent à Blanche-Éfflise. De terribles nouvelles commenœnt à circuler. On parle de Bogdan Khmelniçki, et le mercier Abraham, qui tenait un petit commerce d'aiguilles et d'épingles, leur dit : « Cest de la Zaporogie que le vent souffle : nous sommes tous perdus ». Alors ce Ait à qui « ne resterait pas à la maison pour le sabbat. » Ils s*enftiirent toas dans la ville de PoIod^noé. Quand Khmelniçki vint en Ukraine, il n'y trouva plus âme de Juif. Il alla à Polonnoé et dit aux habitants : « Vous ne feriez pas mal de me livrer les Juifs-arendateurs ». A quoi les Polonianes répondirent : « Quand nous devrions périr jusqu'au dernier, nous ne les livrerons pas ». Khmelniçki fit mettre en batterie son canon Sirota (l'Orpheline) et envoya aux Polonianes de petits présents. Les Juifs se mirent alors à supplier leurs hôtes : «t Ouvreznous la porte qui donne sur la Pologne et laissez-nous fuir au-delà de la Vistule, laissez-nous fuir en chemises ! nous nous établirons là-bas, et quand nous aurons des enfants, nous leur apprendrons à être honnêtes, à ne plus jeter même un regard de convoitise sur l'Ukraine cosaque ».

Quand les Juifs eurent pris la fuite, les cosaques pillèrent Polonnoé, s'emparèrent de leurs riches dépouilles. « On but, on s'amusa, et du butin on fit trois portions : Tune pour Notre-Dame de la setche, l'autre pour le Sauveur de Mégigor, la troisième à partager entre les cosaques; et plus d'un, en endossant les bons cafetans juifs, priait Dieu pour le seigneur Khmelniçki. »

Les choses ne se passèrent pas aussi bien que le prétend la chanson. Tous les Juifs n'eurent pas la chance de s'enfuir et de gagner à temps l'autre rive de la Vistule. Un écrivain contemporain, Zaslavski, raconte, au contraire, que beaucoup des moins avisés ou des moins ingambes tt flirent arrêtés en chemin par les cosaques et périrent sans

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miséricorde. Beaucoup des villes qui tombèrent aux mains des Russes furent inondées du sang de leurs habitants juifs, égorgés avec une cruauté inconnue même chez les autres nations barbares. »

Les Polonais n'étaient pas mieux traités. Les cosaques, suivant la chanson sur la bataille de Klmrscmny leur avaient brassé une bière étrange et leur criaient: « Eh, Polonais ! fils de chien ! Pourquoi ne pas nous attendre ? Vous ne voulez donc pas boire de notre bière?» Et les Polonais, à leur tour, de s'en prendre aux malheureux fils d'Israël , « Ah ! Juifs, flls de païens ! pourquoi avez-vous suscité une telle révolte, de telles alarmes ? Pourquoi avez-vous établi par chaque mille trois cabarets?» Et les Juifs accusaient leur rabbin Afochka ou Moïse et se repentaient bien de s'être, fait appeler par lés cosaques pans et puissants seigneurs, La panique des nobles fut énorme. L'historien Jerlitch nous les montre fuyant en Volynie, abandonnant même leurs châteaux-forts, ne se trouvant pas en sûreté à Dantzig hi passant la mer pour chercher un asile jusqu'en Suède^ en Norvège et même en Islande. Les chanteurs populaires battent joyeusement des mains à cette fuite des oppresseurs : « Il souffle un vent rebelle, les nobles s'en vont tout émus ; de rivage en rivage, de précipice en précipice, voilà les nobles qui passent. Ils abandonnent leur domaine, celui de leurs pères et de leurs ancêtres, leurs jardins, leurs ruchers ». Ce fragment fait penser à l'églogue virgilienne :

Nos patrios fines et dulcia linquimus arva,

mais ces émigrés, personne ne les plaint. Au contraire : «jamais on n# fut mieux, . — que chez nous en Ukraine. — Plus de Polonais, plus de pans, — donc plus de trahison! » Et quelle joie dans cette chanson rustique : « Les bords escarpés sont débordés, gai ! gai ! dans la vallée. — Les glorieux cosaques se sont courroucés, gai ! gai ! de Tes-

clavage. — Vous, sujets, vous, bons compagnons, gai ! gai ! plus de colère ! — Sellez le cheval moreau, gai ! gai ! montez à cheval, -r- Nous irons dans la campagne rase, gai ! gai ! à Varsovie ! etc. »

Tous les nobles ne se laissèrent pas déposséder aussi facileaient. Jérémie Vichnévetski, par exem'ple, résista à l'insurrection, rendit aux cosaques cruautés pour cruautés, empalant ses prisonniers. Il fut assiégé dans Zbaraj, réduit à manger des chevaux, des chats et des chiens. Les cosaques, raconte Tvardovski, insultaient à la détresse des assiégés. « Pourquoi ne vous rendez-vous ? pourquoi réserver de la pâture aux corbeaux et du butin aux Tatars. Venez ! on va vous payer les taxes sur les fenêtres, sur les bêtes à cornes, les arendes, les redevances sur les étangs et les eaux, les justices, la mouture. Comment trouvez-vous la musique de nos chalumeaux ? » Dans une ronde que chantent et dansent encore les petits enfahts, on trouve un écho de ces bravades : « Pan Vichnévetski, — voiévode de Kréménetz — saute ta danse — ta danse allemande. — Les pans sont assiégés, — ils ont mangé leurs chiens, — leurs jambes flageolent, — leurs dents se sont allongées, etc. »

Quand Khmelniçki vaincu fut forcé de signer la paix de Blanche-Église^ cruelle fut la réaction polonaise contre les paysans remis à la chaîne féodale. La popularité de rhetman en fut atteinte, et' déjà retentit le cri : a Réftigions-nous sous la protection du Moskal ! » Mais en attendant que le Moslaiy le tsar de Moscou, se décide à leur venir en aide, il faut encore une fois, dans une nouvelle prise d'armes, recourir à ces dangereux aUiés, les Tatars inconstants et pillards. Leurs ravages en Ukraine s'ajoutent à ceux des bandes polonaises. Ils enlèvent dans la Podolie et la Volynie une multitude de captifs, sans distinguer entre nobles et paysans : ils prennent leur solde en nature.

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Les populations décimées accusent le héros de la guerre d'indépendance, comme s^jI avait le choix des moyens et des alliés : et alors naît la chanson de la Malédiction sur Khmélnicki pour les enïèveinents tatars: «.Les jeunes garçons s'en vont captifs, ils jouent du chalumeau; — les jeunes flJles s'en vont, elles chantent des chansons; — les veuves s'en vont, elles sanglotent terriblement; — elles sanglotent, elles maudissent Khmelniçki : « Ah ! Bogdan Khmelniçki ! — Puisse la première balle ne pas te manquer ! — que là seconde t'atteigne, — qu'elle aille droit au cœur ! »

Son cœur ne fut pas atteint, mais sa popularité fut frappée à mort. Les habiletés de sa politique, ses tergiversations entre Moscou et la Pologne, entre le Tatar et le Turc, ses efforts pour imposer à son peuple la paix de BlancJie-Églisey les ravages causés par ses alliés ébranlèrent son renom.

Il est un autre héros que le chanteur populaire met bien au-dessus de Bogdan, c'est Danilo Netchaï. Il n'avait voulu accepter ni la paix de Zborovo, ni la réduction du registre même à 40,000 hommes. Il se fît le champion de cette multitude d'insurgés que le traité entre les cosaques et le roi allait faire retomber dans le servage. Le premier il reprit les armes et viola cette paix que maudissaient tant de braves Petits-Russiens. Il courut au-devant de Kalinovski, le général polonais. Mais, en sa qualité d'insurgé et de chef d'insurgés, il ne sut ni se garder, ni s'éclairer, ni maintenir la discipline parmi ses troupes. Il fut surpris dans le bourg de Krasnoé et, après une défense aussi tardive qu'héroïque, massacré avec tous les siens. Le peuple n'a pas oublié celui qui se sacrifia pour ses droits et qui périt parce qu'il avait les défauts du peuple. Le recueil de MM. Antonovitch et Dragomanof nous donne trente-huit variantes de la Mort de Netchdiy les Polonais ne peuvent l'abattre avec une balle ordinaire : ils finissent

par savoir le secret fatal, et chargent un mousquet d'une balle d'argent : c'est elle qui le tue. — Sur la mort de Bogdan Khmelniçki et l'élection de son fils, s'arrête provisoirement le recueil des deux savants professeurs kiéviens.

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