‹ La Russie épique; étude sur les chansons héroïques de la Russie, traduites ou analysée pour la première foisChapitre 9 sur 66 · CARACTÈRE MYTHIQUE DES BYLINES · texte numérisé non relu

CARACTÈRE MYTHIQUE DES BYLINES

« L'épopée française, dit M. Gaston Paris, a germé, est née et a fleuri sur un sol tout historique. » Au contraire, l'épopée russe est née dans une race dont l'imagination était encore pleine des mythes païens. Par là elle s'éloigne de l'épopée française, qui s'est formée cependant à la même époque, pour se rapprocher de la vieille épopée indienne. « Dès ses premiers bégaiements, continue M. Paris, la poésie populaire française chante des héros trèsvivants, des actions très-concrètes : il n'y a pas à chercher

(I) Voir Léon Gantier, Let Épopée ftançaUet, et Gaston Paris, Histoire poéiiquê de Charlemagne, p. 64, W.

derrière ses personnages de passé mystérieux. » C'est encore tout le contraire dans les poésies russes, où les héros, même ceux dont les noms sont dans les chroniques, semblent avoir pi'is la place de personnages très-mystérieux, dont Torigine se rattache à la mythologie universelle. Les ennemis qu'ils ont à combattre n'ont presque pas de forme déterminée : ce sont de monstrueux embryons à peine sortis de la matrice universelle, encore engagés jusqu'à mi-corps dans le chaos panthéistique. Soloveï le brigand est presque impossible à décrire en traits précis ; le Serpent de la Montagne se distingue difficilement de la masse confiise de la nuée ou du brouillard. Il est visible que l'imagination russe, lorsqu'elle a été appelée à former des héros vivants, venait seulement d'accomplir son évolution du panthéisme indien au polythéisme européen. On dirait, en parcourant les bylines, que le monde vient de naître : les hommes, les dieux et les animaux y vivent encore dans la promiscuité primordiale. C'est toujours le temps où les bêtes parlaient, où les rivières pouvaient s'animer. Soloveï le brigand et Marina l'enchanteresse, sont presque des oiseaux, Dounaï et Nastasia deviennent des fleuves. A chaque page, on trouve des serpents qui entrent en négociations avec les hommes, des chevaux qui conversent avec leurs maîtres, des corbeaux qui prononcent des paroles prophétiques, des aurochs qui sont des héros, des cygnes qui sont des jeunes filles. Les choses inanimées ont elles-mêmes une vie et une intelligence. Le bogatyr, avant de lancer sa flèche d'acier, lui adresse un discours, une sorte de conjuration. « Vole au-dessus des bois sombres, vole au-dessous des nuages errants ; ne tombe ni dans l'eau ni sur la terre, tombe dans l'œil droit du brigand <*>.)>

(f) Le Kalévala nous offire r exemple de formules semblables : < Pars, maintenant, 6 pointe de bouleau, frappe, 6 arc de sapin, déchire, corde de lin ! Bi ma main lance la flèche trop bas, qu'elle monte plus haut ; si ma main la lance trop haut^ qu'elle tombe plus bas >. 6- runo. Traduction de M. Léouzon-le-Duc.

On voit au premier coup d'œil que dans une telle épopée l'élément historique doit être très-faible, l'élément mythique très-considérable. Si nous cherchons des faits réels, nous sentons le terrain solide se dérober sous nos pieds, et nous sommes entraînés dans le grand courant des fables indo-européennes. Pas une de ces aventures qui ne nous rappelle des traits analogues des JEddas ou des poésies homériques, du Ramayana ou des Niébdungen. A chaque vers, il faudrait évoquer un monde de souvenirs épiques, appeler à son aide FOlympe et le Walhalla, réveiller tous les panthéons de TOrient et du Nord. En donnant à Vladimir répithète de Beau-Soleil, la chanson russe nous ouvre elle-même la voie des explications mythologiques. Ce Vladimir immobile des bylineç, qui rappelle si peu les infatigables Vladimirs de Thistoire, est le soleil en effet. Ces monstres, qui donnent Tassant à la cité royale de Kief, ce sont les forces sombres, ou hostiles de la nature, sinistres personnifications de la nuit qui bannit le solei}, de la nuée qui Téclipse, de Thiver qui le fait pâlir. Le Beau- Soleil, c'est le principe de lumière, mais un principe immobile, passif, non militant. Il faut pour combattre Tesprit des 'ténèbres une autre force lumineuse, active et guerrière.

C'est alors qu'Ilia de Mourom s'attaque à Soloveï, Dobr3ma au Serpent de la Montagne, Alécha Popovitch au monstre Tougarine, Diouk Stépanovitch à Chark le géant. Comme Indra, dompteur du serpent Ahi, comme Sigurd, vainqueur du dragon Fafnir,. comme le Bellérophon et le Persée, T Apollon et l'Hercule des traditions grecques, comme le saint George des légendes chrétiennes, de leur épée ftdgurante ils portent à l'ennemi des coups terribles, ouvrent à ses flancs de larges blessures, font couler des ruisseaux de son sang, ondée féconde qui rendra à la terre sa fertilité et à l'astre du jour sa splendeur. Le soleil impassible sur son char d'or ne suffirait pas à cette guerre;

pour l'accomplir, il feut les flèches d'or de la foudre qui éventrent les nuages, noirs dragons du ciel.

Hâtons-nous de sortir des généralités, et, comme Texplication mythique de toutes ces bylines nous mènerait fort loin, prenons au hasard deux ou trois scènes héroïques. Ilia est assis immobile depuis trente années, nombre sacramentel qui correspond simplement à la durée de la saison d'hiver. Il est guéri par des étrangers divins qui, dans les bylines postérieures, deviennent Jésus- Christ et ses apôtres, et dans les plus anciennes sont simplement des kaliki voyageurs^ allusion aux nuages qui passent. Ils le guérissent avec un breuvage, l'eau vivifiante, qui en avril, lorsqu'elle tombe en pluie féconde, réveille les énergies de la nature. Ilia se lève précisément au printemps, au temps de Pâques, à l'heure même, disent quelques bylines, où l'on chante dans les églises : Christ est ressuscité! C'est donc bien l'année nouvelle qui sort de sa léthargie hivernale. Ilia <( ne doit pas mourir en bataille ; » il ne peut que retourner, après avoir accompli la série de ses exploits, à ce sommeil de pierre où la saison froide emprisonne la nature. Une autre de ses aventures rappelle celle de Thor : il disparaît un moment dans la poche de Sviatogor, comme le dieu germain dans le gant du géant Skrimir. Ilia ou Thor, c'est la foudre longtemps recelée dans la nuée : seulement la chanson russe semble perdre ici le fil de l'allusion mythique, fort bien conservée au contraire dans la légende du nord : Thor, prenant enfin son marteau, frappe la tète du géant pour en faire jaillir le sang.

Où le Mouromien se manifeste surtout comme un héros fulgurant, c'est dans sa lutte avec Soloveï. Le brigand obstrue la route qui conduit le plus directement au princesoleil, — depuis combien de temps? juste depuis trente ans, c'est-à-dire pendant tout le temps qu'a duré la léthargie d'Ilia. Qu'estœ que Soloveï? Il a figure d'oiseau, son

nom de rossignol l'indique assez; il a un nid sur sept chênes, il a des fils qui peuvent se changer en noirs corbeaux pour assailUr Ilia. La caractéristique de son cri, c'est le terrible sifflement qui ravage tout aux alentours. On ne peut méconnaître en lui le génie de Forage et de la tempête. C'est ainsi que dans les Eddas le géant Hraesvelgr est assis aux confins du monde, et du battement de ses ailes d'aigle met les vents en mouvement ; c'est ainsi que le géant Tiassi, que Thor immole tous les printemps, niche sur des chênes sous la forme d'un aigle. Ailés sont les vents helléniques, fils d'Éole ; ailées aussi les harpyes, les ramsseuseSy auxquelles Hercule, l'analogue d'Ilia et de Thor, livre bataille. De même que Soloveï vit entouré de marécages, les harpyes hantent le lac Stymphale ; le nom de l'une d'elles, Aelîô (la tempête), est significatif. M. Miller fait encore remarquer l'analogie qu'il y a en latin entre aquila, vultuTj noms d'oiseaux de proie, et aquUOy vuUumuSy noms de vents orageux. Soloveï, le rossignol gigantesque, et ses fils les corbeaux rentrent naturellement dans la grande famille indo-européenne des oiseaux-tempêtes.

Quand Ilia rencontre les quarante brigands, sa flèche fait voler un chêne en éclats : l'effet est exactement celui d'un coup de foudre. Les brigands en restent étourdis comme par une espèce de choc en retour.

Sous le dragon Fafnlr, Sigurd a trouvé l'or rouge de la Gnita-Heide; de même dans le nid de Soloveï il y aurait assez d'or et d'argent pour payer sa rançon, allusion aux rayon§ lumineux que la sombre nuée dissimule en ses flancs. Dobryna trouve aussi un trésor chez la Baba-Yaga.

Nous avons vu comment Ilia, après sa victoire, déchire et disperse les membres de son ennemi ; il faut bien que son sang féconde la terre régénérée. Enfin dans certaines bylines, Ilia, vainqueur, est obligé de franchir une rivière; il y a là une batelière qui offre de le passer, s'il consent à

lui rendre son père Soloveï. Ilia refuse, tue la batelière, et de ses propres mains, construit un pont. Indra et Thor, agissent de même après la victoire. Ce pontj c'est le pont Bifrsest desJSddaSj c'est Tarc-en-ciel. Ilia traite aussi mal que Soloveï tantôt sa fille et tantôt son fils ; mais la polénitsa a un faucon sur Tépaule, et Sokolnik est un fauconnier ; ils sifflent et rugissent comme Soloveï ; ils sont donc de la même famille. Sans doute, ils ont pour père Ilia, le héros de lumière ; mais par leur mère la polénitsa des bylines, la femme-serpent des légendes d'Hérodote, ils appartiennent bien plus au monde des ténèbres qu'au monde de la splendeur solaire.

Ainsi donc dans les chansons épiques de la Russie on peut distinguer une série de couches poétiques superposées comme les couches géologiques du sol terrestre et sur lesquelles on peut faire, suivant l'heureuse expression de M. Oreste Miller, de véritables études de paléontologie mythique. Les données Jiaturalistes, communes à tous les peuples de notre famille, ont fini vers le xi® siècle par se spécialiser, par se naturaliser slaves. Les héros mythiques, indo-européens sont devenus des héros exclusivement russes, des héros chrétiens, des héros orthodoxes. On cite le lieu de leur naissance : Mourom, Riazan ou Galitch. On marque sur la terre russe les chemins qu'ils ont parcourus, la topographie de leurs champs de bataille. Les montagnes célestes, qui dans la mythologie primitive sont les nuées, les rivières célestes, qui sont la pluie, la mer céleste, qui est l'atmosphère, se sont transportées dans le monde inférieur, et sont devenues de vraies montagnes en calcaire et granit, de vrais fleuves russes, le Dnieper ou le Volga, de- vraies mers russes, la Caspienne ou la Baltique. Les dragons célestes, sont devenus de vrais serpents, ou des géants comme Chark el Tougarine, ou des khans tatars, les uns de pure imagination, comme Idolichtché ou Kaline, les autres réellement historiques^

comme Baty, qui conquit la Russie au xiii** siècle, et Mamaï, qui fut vaincu à Koulikovo par Dmitri Donskoï.

Dans telle chanson prise au hasard, on retrouve superposés les débris archaïques appartenant à des périodes fort diverses de la genèse poétique. On voit en même temps nia identifié à la nature elle-même et endormi du sommeil hivernal, — puis dieu du tonnerre brandissant la massue de Péroun, Tare d'Apollon, le marteau de Thor, — puis héros russe courant de Mourom par Tchemigof au secours du prince de Kjief, — puis chevalier chrétien protégeant les orphelins et bâtissant des églises à saint Nicolas. Mais déjà pour les chanteurs populaires du moyenâge Ilia est bien un bogatyr, de même que Soloveï est bien un brigand. Ce qu'ils admirent, ce qu'ils glorifient, c'est l'Ilia vivant et humain et non pas l'Ilia mythique. Il en est de même pour les autres héros du cycle de Kief.

(Comment s'est faite cette combinaison des éléments historiques et mythiques sur la tête des héros kiéviens? Comment, autour de noms consacrés par les chroniques, ont pu se grouper tant d'aventures fantastiques? Peutrêtre faut-il appliquer à l'épopée russe une loi entrevue dans celle des Niebdungen. A première vue , ceux qu'on appelle les c( évhéméristes modernes » ont beau jeu avec le poème germanique. Il n'est pas difficile d'y retrouver quelques-uns des grands noms du vi* siècle: qu'est-ce que SiegJfrid, Brunehilde, Gunther le Burgonde, sinon Sigebert, roi d'Austrasie, Brunehaut, sa femme, Gontran, roi de Bourgogne? Ajoutez à ces personnages Attila, roi des Huns, son fîrère Blœde, Diétrich de Vérone, c'est-à-dire Théodoric le Grand, et vous avez le tableau vivant et animé du grand mouvement des invasions barbares. Mais quand on retrouve les mêmes acteurs , les mêmes aventures dans des monuments bien plus anciens que les Niébelungen, quand on remarque que Siegfrid, Brunehilde, Gunther, ne sont autres que Sigurd, Brynhild, Gunnar et que ces héros

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des Eddas n'ont rien à faire avec la Germanie proprement (Jite, quand on s'aperçoit que les Nid>elungen n'ont parlé d'Attila que parce que les Eddas donnent pour frère à Brjmhild un certain Atli^ quand on voit le combat contre le dragon, le meurtre de Sigurd et la vengeance d'Atli s'expliquer très-clairement par des faits astronomiques^ on peut se convaincre que toutes ces légendes sont bien antérieures au Sigebert, à la Brunehaut, à l'Âttilade l'histoire et qu'elles doivent se replacer dans les régions des mythes communs à tous les peuples aryens. Un dernier argument contre le système évhémériste nous est fourni par Jornandès : il écrit son histoire vingt ans au moins avant l'assassinat de Sigebert, roi d'Âustrasie, et il connaît déjà certains des personnages célébrés dans les Eddas <^>. Il est évident que la ressemblance des noms a contribué à fixer autour des héros historiques, Sigebert ou Attila, ces vagues fictions des légendes épiques. Mais alors Sîgurd, incarné dans Siegfrid et môme dans Sigebert, Gunnar, incarné dans Gunther et même dans Gontjran, ont pris un caractère particulier : l'un s'est défini de plus en plus comme un chef austrasien, l'autre comme un débonnaire et sournois Burgonde. Les Nid>élungen, dont le fond historique devient si faible, ofli^nt cependant un tableau historique, assez fidèle, des mœurs de la Germanie. Ces errantes fictions, après avoir voyagé comme des nuées vagabondes dans le ciel aryen, des sommets de l'Himalaya aux montagnes de la Scandinavie, se sont arrêtées sur le sol teutonique et sont devenues une épopée véritablement allemande. Semblable évolution, favorisée peut--étre par des circonstances analogues, par des ressemblances fortuites de noms propres ou de noms de lieux, a bien pu s'accomplir dans les autres épopées indo-européennes, celles

(I) Voir le développement de cette théorie dans Max If ûUer, Essais sur la myiko' logie comparée, trad. par M. Georges Perrot, p. 138 et suiv.

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de la Grèce comme celles de la Bretagne^ Peut-être que^ bien des siècles avant Vladimir le Baptiseur ou Vladimir Monomaque» avant Ilia le Botté, avant les deux Dobryna, avant les deux Alécha Popovitch, avant Stavre le centenier, les légendes qui se sont groupées autour de leur nom^ erraient déjà sur la terre slave ; puis subitement^ dans une crise décisive de Tépopée russe, provoquée par quelque grande révolution de Thistoire, elles ont pu se saisir de quelques-uns des héros dont les noms sont conservés dans les chroniques et se flxer autour de leurs têtes déjà illustres y comme un nimbe lumineux qui resplendit toùtàrcoup autour de la tête d'un saint.

M. William Cox, qui dénie aux épopées homériques tout fondement historique, qui ne croit à l'existence réelle ni d'Ilion, ni d'Achille, ni d'Ulysse, qui voit dans, la légende troyenne un ensemble de mythes venus de plus loin et qui se sont accidentellement localisés dans les plaines de la Dardanie, dit que ce n'est pas seulement à Troie qu'a eu lieu le si^e de Troie et que a le combat autour d'Ilion a été combattu dans maint autre pays aryen ^^K )> On peut dire aussi^ à propos de l'épopée russe, que le combat contre Soloveï le brigand, contre le Serpent de la Montagne, contre Tougarinoi contre Chark, a été combattu en bien d'autres pays aryens, de l'Indoustan à la Grèce^ des bruyères delà Scandinavie à celles de la Bretagne cdtique. On peut même dire qu'il a été combattu ailleurs que sur terre et qu'il a eu d'abord pour théâtre les plaines du ciel et les replis des nuées. Mais nous ne pouvons suivre M. William Cox dans toutes ses condusions. Il prétend que « s'il y a une sî grande affinité entre le caractère des héros grecs et des héros germains, il s'ensuit que leur caractère n'est ni strictement grec^ ni strictemwt germain et qu'on ne peut considérer ces types héroïques comme exprimant l'état

(1) W. Cox, Mytholofy, 1. 160, 961.

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moral ni des Grecs, ni des Germains. » Il en conclut qu'il ne faut chercher ni dans V Iliade, ni dans V Odyssée, ni dans les Eddas, ni dans les Ni^dungen la peinture de caractères nationaux. Si M. Cox s'était occupé de Tépopée kiévienne, il n'aurait pas manqué de dire sans doute que, les héros russes présentant avec les autres héros aryens une très-^ande afllnité, il s'ensuit qu'ils ne sont pas slaves, et qu'il ne faut pas chercher dans les bylines des peintures du caractère national russe.

Nous ne partageons pas cette opinion de M. William Cox : quelle que soit l'origine, astronomique ou mythique, d'un Ulysse ou d'un Achille, ils n'en sont pas moins devenus dans Homère de véritables héros grecs. De même, Uia et Dobryna ont pu n'être d'abord que la foudre éclatant à travers la nuée; mais dans la dernière transformation qu'a subie leur type héroïque, dans la forme définitive que lui ont donnée les poètes populaires du Dnieper, ils ont pris un caractère véritablement russe. Les détails que les aèdes rustiques ont ajoutés comme une broderie sur le vieux canevas aryen sont bien l'expression du génie slave. Les bylines comme les Niébdmtgen ne racontent peut-être pas des événements historiques : elles n'en sont pas moins cependant, au point de vue de la peinture des mœurs, d'utiles et véridiques monuments historiques.

J'admettrai volontiers avec l'école mythologique que Krichna, Roustem, Achille, Ilia de Mourom, Sigurd, Siegfrid, Arthur, Roland, ne sont, lorsqu'on remonte aux sources, qu'un seul et même type poétique. Il faut reconnaître cependant que ce type commun, élaboré par le génie particulier de chaque peuple, est devenu chez chacun d'eux un type local et national. Cest ce travail séculaire, poursuivi dans des contrées si diverses, sous des climats différents , dans des conditions de société et de civilisation fort opposées, qui a comme absorbé le kéros ;panaryen et donné naissance aux héros particuliers

des Indous et des Iraniens, des Hellènes et des Russes, d^ Scandinaves et des Germains, des Bretons et des Français.

Les langues aryennes, pour être nées d'une souche commune, n'en sont pas moins devenues des idiomes distincts, ayant leur caractère propre et leur originalité. Les épopées aryennes ont accompli la même évolution et sont arrivées à la même indépendance.

vn.

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