‹ La Russie et l'Eglise UniverselleChapitre 28 sur 46 · SAINT LÉON LE GRAND, SUR LE POUVOIR PAPAL · texte numérisé non relu

SAINT LÉON LE GRAND, SUR LE POUVOIR PAPAL

Solon cette notion du pouvoir souverain do Pierre (lomeurant en permanence dans l'Egiise romaine, saint Léon ne pouvait se considérer autrement que comme « le recteur de l'univers chrétien* », responsable de la paix et du bon ordre dans toutes les Eglises ^ « Yeiller assidûment à cette tâche immense était pour lui un devoir religieux. » La raison de la piété [ratio pietatis), écrit-il aux évoques de l'Afrique, exige qu'avec la sollicitude que nous devons, par une institution divine, à l'E^liso Universelle, nous nous etforçions de connaître I.i vérité certaine des choses. Car l'état et l'ordre do toute la famille du Seigneur seraient ébranlés si quelque chose dont le corps aurait besoin ne so trouvait pas dans la tète*. »

• C'est ainsi qu'il est désigné cKuis la constitution de rempereujf Valentinien lil. Voir les œuvres de saint Léon, t. I, col. C37. - Jbid., col. 664.

•/^U, col. 646.

Le même sentiment est exprimé avec plus do d ve oppements dans 1 epître aux évêquef de la feic.le . « Nous sommes sollicité par les précepte.

Ko L f'-TT '"'''' «"r l'état de toutes les

hen hî ' ' /^ """"^^ *î"^'*î"« '^^''^ de repréhensible nous devons avec un soin diligent avertir le coupable tantôt d'ignorance imprudente, tantôt d usurpation présomptueuse. Sous l'empire de la parole du Seigneur, qui a pénétré le bienheureux Pierre par la triple répétition de la sanction mystique pour que celui qui aime le Christ paisse les brebis du Christ, - la révérence de son siège que nous occupons, par l'abondance de la grâce divine, nous oblige à éviter autant que nous^e pouvon^ ie péril de la paresse ; pour qu'on ne cherche pas en vain chez nous la profession du Saint Apôtre par laquelle il s'est affirmé comme disciple du i^eigneur. Car celui qui paît avec négligence le troupeau tant de fois transmis est convaincu de ne pas aimer le souverain pasteur ' »

.aimpr" '^l''"' ^"'P*'"arche de Constantinople, samt Flavien, le pape s'attribue la lâche de conserver intacte la foi catholique par l'amputation des dissensions, d'avertir par son autorité (no.^.^f

ceux dont la foi est approuvée».

* Jàid., col. 695, 6.

" làid., col. 733.

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Quand l'empereur Théodose II voulut intercéder auprès de saint Léon en faveur de l'archimandrite Eutychès (l'initiateur de l'hérésie monophysite), le Souverain pontife répondit qu'Eutychès pouvait être pardonné s'il rétractait les opinions condamnées par le pape. Celui-ci décide définitivement dans la question dogmatique. « Quant à ce que l'Eglise catholique croit et enseigne sur le mystère de l'incarnation du Seigneur — cela est pleinement contenu dans mon écrit envoyé à mon frère et coévèque Flavien *. »

Saint Léon n'admettait pas que le conseil œcuménique eût à décider du dogme qui était déjà défini par le pape ^ Dans l'instruction que le pape donne à son légat, l'évèque Paschasinus, il lui indique son épître dogmatique à Flavien comme la formule complète et définitive de la vraie foi*. Dans une autre lettre à l'empereur Marcien, saint Léon se déclare instruit par l'esprit de Dieu pour apprendre et enseigner la vraie foi catholique *. Dans une troisième lettre au même, il fait savoir qu'il n'a demandé la convocation du concile que pour rétablir la paix de l'Eglise Orientale *, et, dans î'épître adressée au concile lui-même, il dit qu'il

. Ibid., col. 783.

• Epître de saint Léon à l'empereur Maicien. Ibid., col. 918. » Ibid., col. 927.

* Ibid. y col. 930.

•;6id., col.932.

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ne l'accepte qu'eu « réservant le droit et l'honneur appartenant au siège du bienheureux Pierre TApôtre », et il exhorte les évêques orientaux à « s'interdire entièrement l'audace de disputer cc^ntre la foi divinementinspirée » — telle qu^il l'a déterminée dans son épître dogmatique. « Il n'est pas permis, dit-il, de défendre ce qu'il n'est pas permis de croire ; puisque dans nos lettres envoyées à l'évêque Flavien, de bienheureuse mémoire, nous avons déjà expliqué très complètement et avec la plus grande clarté (plenissime et lucidissime), selon les autorités évangéliques, les paroles prophétiques et la doctrme apostolique, quelle est Ja pieuse et pure confession concernant le mystère de l'incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ ^

Et voici en quels termes saint Léon fait part aux évêques gaulois des résultats du concile de Chaicédoine :

t( Le saint Synode, en adhérant avec une pieuse unanimité aux écrits de notre humilité, renforcés par l'autorité et le mérite de monseigneur le bienheureux apôtre Pierre, a effacé cet opprobre abominable de l'Eglise de Dieu » (Phérésie d'Eutychès et de Dioscore) ^

Mais, outre ce résultat approuvé par le pape, on sait que le concile de Chalcédoine fut signalé par

' Epttre de saint Léon. IhnL, coi. 937, 9. «/ôîU, col,987.

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un acte d'un genre différent : dans une séance irréguliëre, les évêques orientaux soumis au patriarche de Constantinople promulguèrent le célèbre canon, le vingt huitième, par lequel ils décernèrent à leur chef hiérarchique la primauté en Orient au détriment des patriarches d'Alexandrie et d'Antioche. Il est vrai qu'ils déclarèrent eux-mêmes ce canon provisoii'e et le soumirent humblement au jugement de saint Léon. Celui-ci le rejeta avec indignation; et ce lui fut une nouvelle occasion d'affirmer ses principes hiérarchiques et l'étendue de son pouvoir. Il fait remarquer en premier lieu (dans sa lettre à l'empereur) que les prétentions du patriarche constantinopolitain se fondant sur des considérations politiques n'ont rien de commun avec la primauté de saint Pierre qui est une institution divine. « Autre est la raison des choses séculières, et autre est celle des choses divines ; et en dehors de la seule Roche que le Seigneur a posée comme fondement aucune construction ne sera stable. — Qu'il lui suffise (au patriarche Anatole) d'avoir obtenu l'épiscopat d'une telle ville avec l'aide de votre piété et par l'assentiment de ma faveur. Il ne doit pas dédaigner la cité royale qu'il ne peut pas transformer en siège apostolique ; et qu'il n'espère d'aucune façon pouvoir augmenter sa dignité par rolîense des autres. — Qu'il pense bien à cela, puisque c'est à moi que le gouvernement de l'Eglise est confié. Je serais responsable si les

^^glefl ecclésiastiques étaient violées par suite de ma complaisance (que cela soit loin de moi !), et si la volonté d'un seul frère avait plus do valeur auprès de moi que l'utilité commune de la maison universelle du Seigneur*. »

« Les conventions des évêques qui répugnent aux samts canons de Nicée, nous les déclarons non avenues, et, par l'autorité du bienheureux apôtre Pierre, nous les annulons entièrement par une définition générale *. »

Dans sa réponse à la supplique des évêques du quatrième concile, le pape confirme son approbation de leur décret dogmatique (formulé d'après sonépître^à Flavien) ainsi que l'annulation du vingthuitième canon. « Avec quelle révérence, leur écritil, le siège apostolique observe les règles des Saints Pères, votre sainteté pourra l'apprécier en lisant mes écrits par lesquels j'ai repoussé les prétentions de l'évêque constantinopolitain ; et vous comprendrez que je suis, avec l'aide du Seigneur, le gardien delà foi catholique et des constitutions paternelles». » Quoique saint Léon, comme nous venons de le voir, ne pensât pas qu'après les définitions de sou épître un concile œcuménique fût nécessaire dans l'intérêt de la vérité dogmatique, il le trouvait très désirable au point de vue de la paix de l'Eglise ; et

• Epîlrp (le saint Léon, etc. Ibid., col, 995, » Ibid., col. 1000.

* Ibid., col, 1027 ssq.

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l'adhésion spontanée et unanime du concile à ses décrets le remplit de joie. Cette unité libre réalisait selon lui l'idéal des rapports hiérarchiques. « Le mérite de l'office sacerdotal, écrit-il à l'évêque Théodoret de Cyre, acquiert une grande splendeur là où l'autorité des supérieurs est conservée de telle façon que la liberté des inférieurs ne paraisse nullement diminuée. — Le Seigneur n'a pas permis que nous souffrions aucun détriment dans nos frères, mais ce qu'il a défini auparavant par notre ministère II le confirma ensuite par le sentiment irrélractable de la fraternité universelle ; pour montrer que c'est vraiment de Lui que provenait « l'acte dogmatique » qui, émis auparavant par le premier de tous les sièges, fut reçu par le jugement de tout l'univers chrétien, pour qu'en cela aussi les membres soient d'accord avec la tète^. » On sait que le savant Théodoret, accusé de nestorianisme, a été disculpé au concile de Chalcédoine : mais il ne regardait lui-même ce jugement que comme provisoire et il s'adressa au pape pour avoir de lui un arrêt définitif. Saint Léon le déclara orthodoxe en ces termes : « Au nom de notre Dieu « béni dont la vérité invincible t'a démontré pur « de toute tache d'hérésie selon le jugement du siège apostolique^ » et il ajoute : « Nous reconnaissons le très grand soin que prend de nous tous le

• Epître de saint Léon, etc. Ibid.y col. 1048. « Ibid., col. 1046, 7.

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bienheureux Pierre qui, après avoir affirmé le jugement de sou siège dans la définition de la foi, a justifié les personnes injustement condamnées ^ » Tout en reconnaissant dans l'accord libre l'idéal do l'unité ecclésiastique, saint Léon distinguait clairement dans cette unité l'élément de l'autorité et l'élément du conseil : le Saint-Siège qui décide et le concile œcuménique qui consent. Ce consentement de la fraternité universelle est exigé par l'idéal de l'Eglise ; la vie ecclésiastique est incomplète sans l'unanimité de tous; mais sans l'acte décisif du pouvoir central le consentement universel lui-même manque de base réelle et ne saurait avoir son effet, comme l'histoire de TEglise le prouve suffisamment. Le dernier mot dans toute question de dogme, la confirmation définitive de tout acte ecclésiastique appartiennent au siège de saint Pierre. C'est pour cela qu'en écrivant au patriarche de Constantinople, Anatole, à propos d'un clerc constantinopolitain, Atticus, qui devait rétracter ses opinions hérétiques et se soumettre au quatrième concile, saint Léon fait une différence essentielle entre sa part à lui dans les décisions du concile œcuménique et la part qui revient au patriarche grec : « Il (Atticus) doit professer qu'il maintiendra sur tous les points la définition de la foi du concile chalcédonien, à laquelle ta charité a

* Epître de saint Léon, etc. Ibid., col. 1053.

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consenti en la soiiscrivajit et qui a été confirmée par l autorité du siège apostolique ^ «

On ne saurait mieux formuler le principe constitutif du gouvernement ecclésiastique qu'en y distinguant, commelefaitsaiutLéon, l'autorité qui confirme de la charité qui consent. Ce n'est certes pas une primauté d'honneur que revendique le Pape pnr ces paroles. Bien loin de là, saint Léon admettait parfaitement l'égalité d'honneur entre tous les évèques; à ce point de vue, tous étaient pour lui des frères et des coévêques. C'était, au contraire, la difTérence du pouvoir qu'il affirmait en termes explicites. La fraternité de tous n'exclut pas pour lui l'autorité d'un seul.

En écrivant à Anastasius, évêque de Salonique, sur les affaires qui ont été confiées à sa fraternité par Y autorité àw bienheureux apôtre Pierre "^ il résume ainsi la notion du principe hiérarchique : « Entre les bienheureux apôtres eux-mêmes il y a eu dans la similitude d'honneur une différence de pouvoir; et, si l'élection était égale pour tous, la prééminence sur les autres a été pourtant donnée à un seul. De cette forme est venue aussi la distinction des évèques, et il a été disposé, selon un grand ordre providentiel, que tous ne puissent s'arroger toute chose, mais que dans chaque province il y eût quelqu'un qui possédât sur les frères

* Epîlre de saint Léon, etc. Ibid., col. 1147. « Ibid., col. 668.

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la primauté de juridiction (littéralement : la première sentence)', et de nouveau dans les cités plus grandes ont été institués ceux qui reçurent une charge plus étendue, et par ceux-ci le soin de l'Eglise Universelle revient au siège unique do Pierre, et rien ne doit se séparer de son chef*. )^ Quant à la garantie et à la sanction définitive de ce « grand ordre providentiel » elles consistent, selon saint Léon, en ce que le chef unique de l'Eglise, auquel se rattachent les droits et les devoirs de tous, ne tient pas son pouvoir des institutions humaines et des circonstances historiques, mais représente la pierre inébranlable de la Vérité et de la Justice posée par le Seigneur Lui-même comme base de Son édifice social. Ce ne sont pas les considérations d'utilité seulement, c'est surtout la ratio pietatis qu'invoque celui qui a reçu l'administration de l'Eglise entière e divinâ instUutlone^ .

» Epître de f:aint Léon, etc. Itid., col. 676. * Ibid.y col. 6i6,

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