‹ La Russie et l'Eglise UniverselleChapitre 44 sur 46 · Q LA RUSSIE · texte numérisé non relu

Q LA RUSSIE

Ames de ceux qui ne sont pas iiés. Nous x\e c^:oyons pas que le pape tienne beaucoup à étendre son pouvoir sur les âmes qui ne sont pas nées encore. Pour parler sérieusenient, il ne s'agit pas de FEglise Universelle dans sa totalité absolue e\, éternelle, mais dans sa totalité relative et temporelle ; il s'agit ^e l'Eglise visible dans cbaque montent donné de son existence historique. Pour FEglise comme pour un honf^me individuel, il y a la totalité invisible ou l'âme, et la totalité visible, ou le corps. L'^me hunaaine dépasse les limites de l'existence terrestre, elle survit à l'organisme physique, et dans le monde des esprits elle pense et agit sans l'intermédiaire d'un cerveau matériel ; mais si quelqu'un voulait conclure de là que dans son existence terrestre aussi l'homme se passe du cerveau, — ■ ui>e telle conclusion ne serait acceptable qu'à l'égard de celui-là.

Il y a encore une manière d'éluder par un raisonnement général la nécessité de la paternité universelle. Puisque le principe paternel représente la tradition, la uiémoire du passé, on croit qu'il suffit à l'Eglise, pour avoir la vraie paternité spirituelle, de garder la tradition, de conserver la mémoire de son passé. La paternité spirituelle serait, à ce point de vue, représentée uniquement par les grands ancêtres défunts de la société religieuse — - les pères de l'Eglise. Mais pourquoi ne pas étendre ce raisonnement aux églises particu-

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lières? Pourquoi les fidèles d'une paroisse lie se contenteiil-ils pas, en fait de paternité spirituelle, des souvenirs historiques concernant les premiers fondateurs de lèiir église paroissiale, pourquoi ontils encore besoin d*uh père spirituel vivant, d'un curé permanent? Et pourquoi les habitants de Moscou ne se tiennent-ils pas complètement satisfaits d'avoir une tradition sacrée et uii pieux souvenir des premiers chefs de leur Eglise, des saints métropolitains Pierre et Alexis, pourqiibi veulëiiiils encore avoir avec eiix ùii évêque vivant, un représentant perpétuel de cette ancienne tradition? C'est méconnaître l'essence meine, la raison d'être de l'Eglise que de reléguer sa paternité spiritiiellè dans le passé proprement dit, dans le passé qui n'a plus qu'une existeiice idéale pour nous. Les ancêtres barbares de l'humanité étaient plus sages : ils reconnaissaient la survivance des ancêtres, ils en faisaient même le principal objet de leur culte, mais, polir maintenir continuellement ce culte, ils exigeaient que l'ancêtre mort eût toujours un sùcbèsseur vivant, l'âme de la famille, le prêtre, le sacrificateur, l'interriiédiaire permatient entre la divinité invisible et la vie actuelle.

Sans un seul père commun à toute la famille humaine la vie terrestre des enfants d'Adam sera abandonnée à toutes les divisions, et l'Unité n'aura ici-bas qu'une existence idéale. L'unité réelle serait chassée danâ les ciêux comiîiè la tïiythiijue

Astrée ; et le Chaos régnerait sur la terre. Le but du Christianisme serait alors manqué. Car c'est pour unifier le monde inférieur, c'est pour tirer la terre du chaos et la mettre en rapport avec les cieux que le Verbe s'est fait chair. Pour fonder une Église invisible, le Christ docétique de la gnose, le Christ fantôme serait plus que suffisant.

Mais le Christ réel a fondé une Eglise réelle sur la terre et II lui a donné pour base uue paternité permanente universellement distribuée dans toutes les parties de l'organisme social, mais réellement concentrée pour le corps entier dans la personne du père commun de tous les fidèles, le pontife suprême l'ancien ou le prêtre par excellence — le pape.

Le pape comme tel est immédiatement le père de tous les évêques et par eux de tous les prêtres; Il est ainsi père des pères. Et il est constant que le pape est le seul évêque qui fût dès les plus anciens temps appelé par les autres évêques non seulement frère mais aussi père : et ce n'étaient pas des évêques isolés seulement qui reconnaissaient son autorité paternelle sur eux, mais des assemblées de tout l'épiscopat aussi imposantes, par exemple, que le concile de Chalcédoine. Mais cette paternité du pape par rapport à l'Eglise enseignante ou au clergé n'est pas sa paternité absolue. Sous certains rapports, non seulement tous les évêques, mais aussi tous les prêtres sont des égaux du pape. Le pape n'a aucun avantage essentiel sur un simple

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prêtre dans le ministère des sacrements excepté celui de Tordre et, par rapport à ce dernier, le pape n'a aucun privilège sur les autres évêques. C'est pour cela que le pape appelle les évêques, non seulement ses fils, mais aussi ses frères et qu'il a été de même appelé frère par eux. Ainsi, dans les limites de l'Egalise proprement dite, le pape n'a qu'une paternité relative et sans analogie complète avec la paternité divine. Le caractère essentiel de celle-ci est que le Père est tel d'une manière absolument unique, qu'il est seul Père, et que le Fils et l'Esprit, tout en participant à la divinité, ne participent d'aucune manière et en aucune mesure à la paternité divine. Mais les évêques et les prêtres (toute TEglise enseignante) participent plus ou moins à la paternité spirituelle du pape. Au fond, cette paternité spirituelle ou le pouvoir sacerdotal chez le pape n'est pas quelque chose d'essentiellement différent du même pouvoir chez les évêques : la papauté est la plénitude absolue du pouvoir épiscopal, de même que celui-ci est la plénitude relative du pouvoir des prêtres.

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