TABLEAU ETHNOGRAPHIQUE
« Ce tableau, ajoute M. Viquesnel, permet de saisir au premier roup d'œil les flifférences que préseutent les résultats obtenus par les deux classifications. Ainsi, par exemple, M. d'Erckert, se basant sur la linguistique, ne compte que 4,640,000 Polonais, dont3,420,000 dans le royaume, et 1,220,000 dans les provinces polonaises, etc. Au point de vue historico-politique, nous trouvons 11,336,000 Polonais (13,208,430 avec les Juifs et les Allemands), subdivisés en quatre provincialismes : le provincialisme polonais proprement dit (3,855,000) est confiné dans le royaume; les trois autres (ensemble 7,481,000), comprenant les 1 ,220,000 Polonaisde M. d'Erckert (2,000,000 selon d'autres statisticiens) , résident dans les provinces quifaisaient partie de la Pologne de 1772 ^ Ces trois derniers provincialismes ont autant de droits que le premier au nom de Polonais, de même que les habitants des anciens Etats de Normandie, de Bourgogne, de Bretagne, de Provence, de Languedoc, etc., ont autant de droits au nom de Français que les habitants de l'Ile de France proprement dite. — Quant aux Moscovites, si on y ajoute nos Russes-Blancs intermédiaires, on reconnaît qu'ils forment, d'après les deux méthodes, un total de 31,779,000 âmes; d'où résulte la preuve que nos
' Ces 1,200,000 à 2,000,000 d'individus constituent parmi les Lithuaniens et les Ruthènes la noblesse indigène et la classe la plus éclairée. Ils comptent parmi leurs ancêtres : 1° les Yarègues ou Normands, venus sur le Dnieper et le Dniester avant le neuvième siècle; 2° les Yarègues-Russes, compagnons d'armes de Rurik, de Yladimir, de Jaroslav, etc., arrivés dans ces contrées du neuvième au douzième siècle ; 5° les Slaves qui entrèrent en nombre considérable dans la droujina ou garde des princes Rurikovitches et se mêlèrent avec les Varègues, dont le total au treizième siècle pouvait s'élever à 200,000 âmes (y compris les femmes et les enfants) ; ¥ après l'union, au quatorzième siècle, avec la Pologne, les descendants des princes Rurikovitches et de leur droujina, tout en conservant l'usage de leur idiome national, acceptèrent la langue polonaise et le rit latin; ils firent partie de la noblesse polonaise, avec laquelle ils contractèrent de nombreuses alliances, et lui empruntèrent ses armes héraldiques. — Cette dernière circonstance est très-essentielle à noter, car elle a induit quelques historiens de la noblesse dite polonaise, des Ru- Ihénies à croire à tort que les 2,000,000 d'individus en question sont venus, dos bords de la Yistule, s'établir dans le pays, du seizième au dix-huitième siècle. Contrairement à cette opinion, il est certain qu'ils sont presque tous indigènes, mais mélangés par des mariages avec l'élément polonais. C'est seulement dans les .steppes, au voisinage des Tatars, que les nobles jx)lonais de la Yistule trouvaient la possibilité de se créer des établissements,
Krilvitches-Novgorodiens et Smolenskiens sont compris en presque totalité parmi les Moscovites de M. d'Erckert.