‹ La Russie et les russes (volume 2)Chapitre 2 sur 26 · TI · texte numérisé non relu

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ftocomplîB à SMi&t4>étergb0Qi^ en 18â6 éi 18^6. Ce n'est tfUe de longues années afnrès que je me décidai à rendre ma justification publique ,* et telle est rorigine de l'ouvrage que je confie aujourd'hui à l'impression.

<]omme on 'le voit ,11 ne i^^était d^abord agi pour moi que €e me disculper des accusations calomnieuses qui avaient servi de prétexte k ma condamnation, et de montrer en même tempâ BOUS son vrai jour un fait indignement dénaturé par le servilisme.

Mais , pour présenter ma défense , il me fallait nécessai-^ remeut rappeler les circonsianees au milieu desquelles je m'étais trout^, raconter par conséquent nia vie publique et Caire riiiêtorique des sociétés secrètes en Russie. A mesure que ce travail avançait , à mesure que I^inîquitéde mes juges ressortail de mes éxplicalkmâ plus palpable, plus révoltante, je sen* mis davantage la nécessité de foire conniittre Tordre politique qui avait rendu possible une 'pareille procédure. Insensible-^ ment je fus eutratné beaucoup plus loin que je ne m^étais pro-^ posé d'aller;- àiuesure que j'iftcfiv«H;,1es souvenirs d'un pasi^ déjà loin dé moi renaissaient en foule sous ma plume , et leâ pages , comme je le disais tout à Theure , s'ajoutaient Tune à l'autre ^nis i^esque que je m'en aperçusse.

Je conçus dès ioifs l'idée d'élever mon simple mémc^re jtmtiBcuiîf aux pr<^porifons d'un ouvrage coucemant la Russie entière, de:pa(99er de mat^use à celle de tout un peuple. Je fus

amené aittsi à esquisser le tableau poUlie|ue et social de là Russie ; et comme ce que j'avais à dire sur mou compte paiy tic»Ker coiHribuait à édairer le tableau que j*a«aia eutrepria de tracer ety ajoutait des traits» nouveaux, je dus donner pkui d'extensiovl à la première partie de mmk travail.

Voilà comment se sont formés peu à peu lea deux premiers y élûmes de cet ouvrage, qui se terminait par quelques considérations sur l'avenir de la Russie.

Pouvai&-je en demeurer là? Pouvais-je étouffer au fond da mon cœur les idées gâaéreuses qui Tavai^t si long-temps fait battre? Et ma tâche eût-elle été bien remplie si , après avoir signalé le mal , je n'essayais au moins d'indiquer quelque remède ? Vainement j 'avais voulu m'isoler de la Russie : la pa^ trie conserve sur nous un empire irrésistible» Si d'ailleurs il m'étuit justement permis de maudire oe sôinlisant pays légal, ce pouvoir lM»rbare qui m'a oondamné, la patrie devait-elle se personnifier pour moi dans ces étroites individualités? De*i vais-je reporter sur mon pays la légitime aversion que m'ins** pirent quelques hommes qui prétendent le représenter parce qu ild le régissent et qu'ils parlent en «on nom?

Je ne le pensai pas. Je repris donc la plume après de longues hésitations, et j'exposai mes iiUes mr la nécessité pour la Russie de participer aia prùgtèi de te civilisation euro* péemie, et sur les mesures propres à la fttire entrer dans cette voie. C'est moins un ptan de réforme qu« j'ai eu la prétention

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de tracer que des yœax que j'ai voulu formuler pour l'avenir

de ma patrie , pia desideria ^ comme Tindique le titre même de cette partie de mon ouvrage. J'aurais pu rendre ce travail beaucoup moins incomplet , mais le courage m'a manqué. Ce courage, Tespôir du succès pouvait seul me le donner; et^ dans les circonstances actuelles , comment concevoir une telle espérance? Toutefois, si ce faible essai ne peut être bien utile, il témoignera du moins de l'attachement, du dévoûmenf dont je n'ai cessé d'être animé pour le pays qui m'a vu nal-^ tre; ce seront mes derniers adieux à ma patrie, ma dernière réponse à la condamnation qui m'a frappé.

Ainsi la Russie et les Busses se compose de trois parties bien distinctes : la première a pour objet de faire connaître ma vie publique, ce sont mes mémoires personnels; la se^ conde présente le tableau moral , politique et social de la Russie; la troisième est Texposéde mes vues sur l'avenir de cet empire, sur les institutions et les réformes qui lui sont appli-* cables.

Il me reste k dire quelques mots de la manière dont j'ai traité mon sujet*

Mon langage a toujours été ce qu'il devait être, celui d'un Russe. Ainsi , j'ai parte d'une manière sérieuse des choses. les plus absurdes, les plus ridicules > de Vinstitutian des rangs, par exemple, parce que de telles; institutions, quelque absur*-

dés » qaetque ridicules qu'elles soient, n'en font pas moins beaucoup de mal à tout un peuple. Une maladie grave peut provenir d'une cause insignifiante : cela empéchera«t-il le médecin de la traiter sérieusement ? Amené quelquefois à parler d'autres pays que le mien, je l'ai fait avec la mesure qui sied à un homme appartenant à un pays k esclaves quand -il vient à parler de pays d'où Tesclavage est proscrit. 11 m'était facile d'ailleurs de me conformer à ce que commandent en pareille circonstance les convenances etTéquité : car j'ai tou^ jours éprouvé pour les peuples au milieu desquels le sort m'a conduit une sorte d'attachement fraternel, et personne ne peut^^HkH|ur bonheur plus sincèrement que je le désire

î, comme on Ta vu, il y a longues années, cet

[ni la partie intitulée Pia Desideria^ a été terminé

Quelques additions, que la marche des événements

idues nécessaires, se trouvetit en notes au bas des

détails sur certains personnages dont il est fait mention 'le cours de l'ouvrage, et le développement d'opinions tiennent pas essentiellement au sujet, ont été aussi redans des notes et renvoyés à la fin des volumes, pour n e rompre le fil 'de la narration et l'ordre logique des idées* Il serait superflu, je crois, d'expliquer les motifs qui m'ont *té à écrire cet ouvrage dans une langue qui n'est pas la fenne. Tout ce que j'ai précédemment publié, lorsque j'é* jn Russie, Ta été en langue russe. Ma position et là na" de l'ouvrage font suffisamment comprendre pourquoi j'ai

cru devoir cette fois déroger à mes antécédents. Je n'eo parle que pour réclamer du lecteur européen quelque indulgence pour la manière dont j'ai traité un sujet qui aurait eu besoin, je le reconnaisi de tout le prestige d'une plume éloquente: car je ne me fais pas illusion sur l'intérêt que peut offrir par lui-même, au public européen , un livre qui a traH à des mœurs, à une société , à une civilisation , que TEurope a dé*passées de beaucoup. On voudra bien, je Tespère, me pardonner mon insuffisance en faveur de mes bonûes. intentions»

D'ailleurs, je dois le dire, c'est aux Russes que, dans ma pensée, s'adresse véritablement et de préférence cet ouvrage. En le publiant, ce n*est point une vaine satis| voulu me donner : c'est un devoir que j'ai cru n je l'ai dit en commençant. Il ne fallait rien moii de ma conscience pour me décider k affronter l'i à me résigner à l'inattention, que rencontrent d'oi travaux de cette nature^ et qui m'attendent probable m'en console d'avance par l'espoir, je voudrais dire li tion, que cette publication ne sera pas sans quelque mon pays. Si je n'ai pu, malgré tous mes efforts, d'aucune utilité pendant que je l'habitais, puisse mon ex^ moins lui avoir été bon à quelque chose l

Puisse, surtout, puisse mon sort ne point décourager ^e mes compatriotes chez qui la lecture de ces pages évei] rait de généreuses sympathies, et qui se sentiraient entrai! à consacrer leur vie à l'amélioration du sort de leurs sembj blesî Que les difficultés de la tâche ne les effraient point, vautpil pas mieux, après tout, succomber en combattant

(a sainte cause de Thumanité que de se trataer misérable'^ ment dans Tornière de l'égoïsme? Et le bien ne porte-t-H pas avec lui sa récompense? N'est-ce donc rien que de pouvoir se dire, en remettant son âme à son Créateur : « J'ai fait ce que je devais. » Ayez donc bon courage, vous tous qu'anime Tamour du bien I La lutte à laquelle je vous convie n'e^t point d'ailleurs une lutte désespérée : la cause delà justice et de la vérité doit finir par prévaloir.;C est à vous d'en hâter le triomphe.

Ohamprosay, 30 septembre 1844.

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