‹ La Russie politique & sociale [microform]Chapitre 1 sur 103 · La Russie politique & sociale [microform] · texte numérisé non relu

La Russie politique & sociale [microform]

Depuis ces dernières années, la Russie attire de plus en plus l'attention de la France et du monde civilisé. Cette attention est d'autant plus significative qu'elle n'a plus maintenant pour objet le gouvernement seul comme naguère. Ce qui la préoccupe, c'est le pays lui-même, c'est le peuple. De nombreuses publications sur la Russie, une multitude de traductions de nos romanciers en sont la preuve évidente.

J'espère donc n'avoir pas besoin d'expliquer les raisons qui m'ont poussé à entreprendre le

PREFACE

travail que je livre au public. J'ai tâché de le mettre le plus possible à la portée du grand public, c est-à-dire de le rendre aussibref que possible et en même temps assez complet et assez sérieux pour que le lecteur puisse y étudier la Russie tout entière . La Russie, organisme social, voilà bien mon sujet. J'ai voulu décrire la Russie politique et sociale, tout simplement comme elle est, avec ses étendues infinies, peuplées de millions de paysans incultes d'esprit, mais pleins de traits sympathiques ; avec ses classes si bizarrement organisées ; avec son intelliguentia, cette martyre de sa mission historique ; avec ses problèmes politiques si mystérieusement embrouillés. Je voyais devant moi ce pays qui fait tant souffrir ceux qui l'aiment et qui sait pourtant les attacher si fortement que nulles souffrances pour lui ne les effraient. Je songeais à Texclamation du poète :

Et pauvre et riche,

Et puissante et sans forces

U ma mère, Russie!

Cette image se dressera-t-elle devant les yeux du lecteur? A lui de résoudre cette question. Il me faut donner encore une explication indis-

PREFACE

pensable. Connaissant trop insuffisamment le français pour pouvoir écrire en cette langue, j'ai écrit le livre en russe et l'ai ensuite traduit en collaboration avec mon ami M. Albert Savine. Je faisais une traduction littérale : M. Savine donnait à cette traduction une tournure littéraire. Ainsi la forme purement littéraire de ce livre appartient à cette plume habile. Je puis dire que j'ai toujours été frappé de la finesse du goût de M. Savine et, quoiqu'il ne sache pas le russe, je trouve qu'il a rendu avec une admirable pénétration les plus légères nuances de mon texte, tâche d'autant plus difficile que mes idées dépassaient souvent de beaucoup les siennes, de son propre aveu, et parfois allaient à leur encontre.

En outre, mon livre est redevable à M. Albert Savine de quelques menues améliorations dans la distribution des chapitres, etc.. Enfin ce qui est fort important, c'est à M. Savine que je dois de nombreuses indications sur les côtés de la vie russe qui peuvent le plus intéresser le public français. Si donc le lecteur trouve que le présent livre répond avec succès à ce qu'il peut désirer savoir sur la Russie, il devra se rappeler qu'il le doit en

PREFACE

cr

randc partie à mon collaborateur, sans les conseils de qui il eût été trop difficile de venir à bout de cette tache à un écrivain qui se présente devant un public inconnu et si différent de l'auditoire russe auquel il est habitué.

Page 1