La Parole Libre, n
celui de Kherson, 271,000, etc. Dans certains endroits, comme dans le gouvernement de Poltava, par exemple, dans les derniers temps, les Juifs commençaient à acheter les terres par lots de plus en plus petits et cela permet d'espérer qu'une certaine tendance à la culture directe du sol se dessine parmi eux. Mais en général — les juifs ne possèdent les terres que pour les affermer aux paysans, nouvelle occasion deles exploiter, de se rendre odieux aux yeux des paysans.
Cette exploitation prend un caractère d'autant plus aigu que la population juive, tassée par le pouvoir dans 16 gouvernements de la Russie, n'y trouve pas de ressources suffisantes pour ses besoins. La plupart des Juifs sont indigents. Dans les gouvernements de Kiev, de Volyn^e et de Podolie2 1/2 ^'o sont officiellement portés sur les registres de mendicité. Les autres ne mendient pas et volent férocement les paysans. Au prix de toute sorte de canailleries, ils parviennent à gagner un misérable morceau de pain et se voient obligés à piller, même s'ils ne le voulaient pas, car autrement la nourriture leur manquerait.
Ainsi, la question juive en Russie est des plus embrouillées et des plus difficiles à résoudre. Seuls les efforts unis des Russes et des Juifs eux-mêmes peuvent la faire sortir de cette triste situation qui a eu pour conséquences les affreux troubles antisémitiques. Le gouvernement a le devoir de prendre des mesures pour égaliser les droits des Juifs avec ceux des Russes. De )a part des Juifs, il faut exiger avant tout qu'ils cessent d'exister en tant que nation, entièrement isolée, solidaire et hostile au reste de la population. Les circons-
tances elles-mêmes travaillent quelque peu dans ce sens , en amenant la ruine complète de la majorité des Juifs et en les convainquant que leurs roitelets— les millionnaires —ne sont vraiment pas aussi solidaires avec le reste des Juifs que ceux-ci ont la naïveté de le croire ! Cette ruine peut aussi obliger les Juifs à se consacrer de plu^ en plus au travail productif. Il ne faut pas, en effet, considérer la masse juive comme composée exclusi\ement d'exploiteurs. Dans ce même gouvernement de ïchernigov, par exemple, 13 ^/\, des Juifs s'occupent d'agriculture; dans les gouvernements de Kiev, de Volynie, de Poltava sur le nombre total de 730,000 Juifs des deux sexes, on en compte 160,000 artisans, cochers, porteurs d'eau. Dans les villes duSud, les Juifs s'occupent souvent du travail le plus pénible, le chargement des marchandises de transport. Cette masse juive travailleuse en bas et les Juifs civilisés en haut peuvent merveilleusement détruire les divergence^ d'intérêts et les haines s'ils savent se séparer de la masse des Juifs exploiteurs et si... hélas ! ils trouvent chez nous un soutien moral et quelque désir de rapprochement. Et cela aussi, c'est malheureusement une question.
Les troubles antisémitiques qui ont sévi dans le Sud et qui maintenant encore ne sont pas entièrement apaisés, ont produit sous ce rapport une action, qu'il n'est pas aisé de comprendre à l'heure actuelle. Ils ont obligé, d'une part, les Juifs à examiner sérieusement leur situation et à lui chercher une issue. Il en est résulté beaucoup de plans romanesques d'émigration en Palestine ou en Amérique. Pareille issue est évidemment tout à fait impossible pour une population évaluée par
millions, mais il est caractéristique que dans ces appels une voix se soit toujours fait entendre invitant les Juifs au travail de production. Là. dans la lointaine Palestine, ils ne seront plus des exploiteurs, mais des agriculteurs et des ouvriers, à l'exemple de leurs pères. On entend cette même voix dans les assemblées des émigrés juifs à Paris, où il existe une société ouvrière ]\}l\\^. En Russie, il s'est formé un groupe considérable qui se donne pour mission de réformer la nation juive : des sectes juives apparaissent, telles queles y?^?/*^ spirituels, sectes qui sont une tentative de rapprochement des Juifs avec les chrétiens, même sur le terrain religieux. D'un autre côté, la haine des Russes, qui s'est manifestée avec tant de férocité pendant les troubles antisémitiques, semble avoir écarté de notre nation les Juifs instruits. Cet éloignement saute aux yeux dans les derniers temps, de même que le redoublement du patriotisine ]\x\L s'il est permis d'employer ce mot en parlant d'un peuple qui n'a pas de patrie.
Sans prétendre exposer ici aucunes prévisions sur la solution définitive de la question juive, je ferai pourtant la remarque que la période de la politique la plus libérale du gouvernement fut chez nous le temps du plus grand rapprochement des Juifs (du moins dans les classes supérieures) avec les Russes. On peut donc espérer que la suppression des lois sévères qui unissent
forcément les Juifs en une masse compacte et privée de tout droit aura une influence favorable sur la solution de la quoition juive chez nous, comme elle Fa
eue en Europe.
Quand donc viendra le temps de l'abrogation de ces sévérités /Jusqu'à présent le gouvernement d'Alexandre m ne fait que les accroître.