LE PRÉVÔT DES MARCHANDS, ÉCHEV1NS
LE PRÉVÔT
Messieurs, vous savez que nous sommes réunis ici par ordre de la reine-mère et de M. le duc de Guise, si digne de l'affection des Français; mais vou§ ignorez peut-être la raison de cette convocation subite.
PREMIER ÉCHEVIN
Otti, monsieur.
LE PRÉVÔT
ïe vais donc vous l'apprendre. On va frapper un
grand coup contre les ennemis de la religion , et le
% roi veut bien nous faire l'honneur de nous associer
à ses pieux desseins. En conséquence, messieurs, il
nous est ordonné de tenir nos gens prêts et armés. Le tocsin leur apprendra à minuit quel sang ils doivent répandre pour mériter les récompenses du Ciel et de la cour.
PREMIER ÉCHEVIN
Vous ne nous dites pas, monsieur, qui sont ces ennemis de la religion.
LE PRÉVÔT»
Les calvinistes.
PREMIER ÉCHEVIN
Quoi! égorger des hommes désarmés qui dorment sur la foi des traités ! Au milieu de la paix ! Jamais, non, jamais je ne tremperai dans une conspiration aussi épouvantable: je respecte trop le roi pour lui obéir. Adieu, messieurs. Je n'ai rien à faire ici.
UN ÉCHEVIN
Vous ne sortirez pas.
UN AUTRE
Non, sans doute : il irait tout divulguer.
LE PRÉVÔT
Je ferai mon rapport à la reine-mèrç. '
PREMIER ÉCHEVIN
Faites-lui votre rapport; l'histoire fera le sien à la postérité.
i3o LA SAINT-BARTHÉLEM1.
UN ÉCHEVIN
. Que cet ami des réformés soit consigné dans un cabinet particulier jusqu'à six heures du matin, et séparons-nous pour placer nos gens.