ACTE PREMIEU. la
par le moyen des paysans de la religion, sans préjudice des courriers à cheval. Pour tout cela, mon cher Lanoue, ilfaut de l'argent. Tenez, voilà toujours les trois mille écus d'or que je vous ai promis, (u lui montre un sac sur la table.) Je vieus de les toucher sur les bénéfices échus de feu mon frère, le cardinal. (Ea riant.) Il est bien juste que l'argent de notre sainte mère l'Église retourne aux ouvriers de la vigne du Seigneur.
LANOUE
Je vous en rendrai bon compte, à l'Église et à vous.
Il détache de sa ceinture une bourse de cuir et y verse l'argent.
NASSAU
Vous n'avez pas besoin de ce plan, n'est-ce pas? Je
vous laisse le double. (Il prend sur la table une carte et la plie.)
Je vous y ai marqué exprès les deux places, Valenciennes et Mons ; vous voyez, il n'y a pas quatre lieues de distance.
COLIGNY, regardant.
Puissions-nous bientôt apprendre que toutes deux sont à vous ; ce sera mon tour alors. — Je vous porte envie, Lanoue ; voulez-vous me prendre pour écuyer?
LANGUE
Nenni, nenni, je n'aime point à commandera plus fortque moi. Patience, mon capitaine, nous marchons devant pour vous faire les logements... mais j'entends le pas des chevaux.
Il va regarder à la fenêtre.
Oui, ma foi, ce sont eux ; et mon petit Moreau blanchit son frein d'écume, comme s'il entendait déjà la canonnade.
NASSAU
Que n'en sommes-nous là! — Tenez, monsieur l'amiral, je vous croirais plus en sûreté sous le feu des Espagnols qu'ici, en votre hôtel, et à quatre pas du Louvre.
G G LIGN Y, assez vivement.
Encore?
LANGUE
Mais, monsieur l'amiral, que craint donc monsieur le comte? Vous en danger? Nous vous laisserions en danger derrière nous? Je ne voudrais au moins pas emporter avec moi pareil souci ; cela me gâterait mon voyage ; je ne pourrais me battre tranquillement.
CGLIGNY.
C'est qu'il y a, mon cher Lanoue, des gens soupçonneux qui ont peur de leurs rêves...
LANGUE
Gomment cela? ^
CGLIGNY.
Oui, des gens, amateurs de trouble, que la paix importune, et qui ne peuvent souffrir de se voir à Paris, en bonne grâce avec le roi et en bon accord avec tout le monde.
NASSAU
Non, pas moi, vous devez le savoir. Le premier je suis venu à Paris pour traiter, je vous ai le premier engagés à vous y rendre pour faire décider la guerre contre l'Espagne. J'ai vu maintes fois et le roi, et son conseil, et la reine mère ; j'ai entendu leurs protestations, leurs promesses ; je sais quels intérêts nous