ACTE PREMIER
au milieu des partis qui divisent le royaume, que cette guerre entreprise pour notre cause leur paraît maintenant une sauvegarde contre notre parti. Allez, mon cher monsieur de Nassau, on sait son monde.
LANGUE
Voilà un vrai conseiller de roi ! Ah ! si le nôtre vous eût toujours écouté ! . . .
NASSAU
Oui, sur ma foi, vous êtes un habile homme d'avoir réussi à les amuser de telles sornettes !
COLIGNY
Comment, sornettes!
NASSAU, -vivement.
Mais enfin, il y va pour eux de leur salut, ma foi î spirituel et temporel. Notre affaire n'est point une émeute de populace qui veut du pillage, ni une faction de courtisans qui sont las d'être en disgrâce. Nous autres Flamands, nous visons plus haut : il s'agit de changer et de mettre à néant toutes ces usurpations de rois et de prêtres. Nous voulons rendre aux consciences, aux nobles, aux communes, quoi? pas moins que la liberté. Il se pourra que le catholicisme y passe, et la monarchie avec ; et pour moi, voyez-vous, je ne la pleurerai pas.
LANGUE
Allons, allons, monsieur le comte Ludovic est en belle humeur. Il reprend ses plaisanteries de tantôt.
NASSAU
Dieu me confonde, si je plaisante ! (a l'amirai.) Vous entendez, Monsieur?
18 LA SAINÏ-BARTHÉLEMY.
COLIGNY
Certainement, et j'entends aussi vos chevaux qui frappent du pied sur le pavé.
LANGUE
Une heure de perdue !... Il faut partir, monsieur de Nassau.
NASSAU
Dans l'instant, monsieur de Lanoue. — (a coiigny.) Je nevousdisplus qu'un mot, Monsieur, pensez-y; c'est que Catherine est toujours Catherine, et qu'elle a vu le duc d'Albe à Bayonne.
COLIGNY
Et, par Dieu, Monsieur, je le savais avant vous.
NASSAU
Ou je me trompe fort, ou un tel conseiller ne l'a pas laissée partir sans quelque sanglant conseil.
LANGUE
L'heure presse, monsieur le comte.
COLIGNY
Encore une foi s. Monsieur, je sais tout cela; mais je sais aussi que le roi est un gentil roi, qui m'écoute un peu plus qu'il n'écoute sa mère. Il a ma parole et j'ai la sienne, c'est assez.
NASSAU
Soit, mais Egmont aussi se fiait à la parole de Philippe, et il est mort comme une dupe. Nous nous sommes méfiés, mon frère et moi, et, avec l'aide de Dieu, nous allons délivrer les Pays-Bas.
COLIGNY
Je fais de votre frère le cas que je dois, Monsieur ;