ACTE CINQUIÈME
bourg où j'ai toujours un cheval bridé, qui, à la première alerte, m'emmènera, s'il le faut, trente lieues courant. Adieu donc, vous tous.
COLIGNY, d'une voix faible.
Bon voyage. (ARohan.) Cet écervelé m'ennuie... .
ROHAN
Quel ton prenez-vous là, Montgommery? ne voyezvous pas combien monsieur l'amiral est souffrant ?
MONTGOMMKRY.
Eh! maugrebleu! c'est lui qui l'a voulu.
COLIGNY, poussant un soupir.
Ah! mon Dieu!...
MERLIN
Vous trouvez-vous plus mal?...
COLIGNY
Faible seulement...
PARDAILLAN
Quel fâcheux état !
COLIGNY
N'y pensez pas, Monsieur,... songez à la cause... La cause, la cause! que sommes-nous auprès?
ROSNY, entrant avec le viilame de Chartres.
Vous nous excuserez. Monsieur, mais il faut que vous entendiez monsieur le vidame.
COLIGNY
Pourquoi pas?...
ROSNY
Il ne le voulait pas; mais ce qu'il m'a dit m'a paru si judicieux que j'ai juré que je vous l'amènerais.
33i LA SAINT-BARTIIÉLEMY.
COLIGNY
Qu'est-ce?... parlez
■ ROSNY, aux assistants.
Ecoutez, Messieurs.
LE YIDAME.
Chrétiens, mes frèr^es, j'y ai bien pensé, et soit que je regarde aux signes visibles, soit que je consulte cette voix intérieure qui ne ment pas, il y a pour moi certitude que tout séjour ici nous est mortel. Les raisons en seraient longues à déduire. Il suffît que nul ne puisse affirmer que le péril n'est pas. Donc, les plus confiants ne risquent rien à suivre l'avis des plus inquiets. Or, cette ville est maudite; il en faut sortir, pour toujours ou pour un temps, n'importe; enlevons l'amiral, servons-lui d'escorte, entourons-le Tépée nue ; fallût-il passer la nuit en plein champ, je l'y croirais plus en sûreté qu'ici. Orléans est à nous; qu'Orléans devienne la capitale du parti. Derrière les remparts, nous pourrons à notre gré attendre, négocier ou combattre. — Voilà mon avis, Messieurs, je demande qu'on en délibère.
MONTGOMMERY
Yivat!
ROHAN
C'est un conseil tout nouveau.
ROSNY
Et très-digne d'attention, (a coiigny.) N'est-ce pas, Monsieur?
COLIGNY, d'une voix très-faible.
Assurément... mais... je... j'entends à peine... Discutez... opinez pour moi, je vous en prie.
TÉLIGNY
Mon père...
Téligny, l'aide et Merlin s'occupent à le souLiger. ROSI^Y, le regardant.
Voilà qui est fâcheux.
MONTGOMMERY
Pour moi, monsieur le vidame me persuade. — A Orléans!
ROUAN
Au fait, on ne pourrait jamais s'en repentir.
SÉGUR, au Tidame.
Pardieu! Monsieur, vous êtes un homme sensé.
ROHAN
Oui, cet avis est le plus sage, il concilie tout: ce n'est pas la guerre, et pourtant...
ROSNY
C'est une précaution en cas de guerre.
SÉGUR
Oui, oui, c'est le bon parti, à Orléans!
Eh bien, capdebious, à Orléans!
PLUSIEURS, ensemble.
A Orléans ! à Orléans !
ROUAN
Ma foi, je crois que nous voilà sauvés... Nous en avions besoin !
336 LA SAINT-BARTIIÉLKMY.
LE YIDAME.
il reste à songer à l'exécution...
TÉLIGNY
Mais, pour Dieu, Messieurs, écoutez-moi...
SÉGUR et MONTGOMMERY.
Non, non, à Orléans!
TÉLIGNY, à demi-voix.
Monsieur de Rosny, vous qui êtes le plus sage ici... regardez donc mon oncle?...
ROSNY, rej^aidant l'amiral qui est à demi évanoui.
Que vois-je!... Holà! Monsieur l'amiral, un seul mot!...
TÉLIGNY
Voyez, Monsieur, peut-on songer à un départ?...
ROSNY
Au fait, vidame, nous n'avions point pensé à cela.