ACTE CINQUIÈME
CHARLE S, debout près de la table.
Vraiment, madame ma mère, vous faites maigre chère à vos hôtes. Des massepains ! des fruits confits! Vrai repas de jour maigre. Oubliez-vous que vous avez affaire à des sarrasins qui n'ont point de souci du samedi?... Qu'on apporte du pâté de gibier pour mon petit Foucauld, c'est bien le moins qu'il se damne à sa fantaisie.
LA ROCHEFOUCAULD
Vous êtesjovial. Sire.
CATllERINE, à La Rochefoucauld.
Regardez ce flacon ... et ne refusez pas, quoique ce soit du vin d'Espagne...
LA ROCUEFOUCAULD.
De si belles mains, je prendrais volontiers du poison.
CATHERINE, en lui versant.
Ne dites donc pas ce vilain mot-là.
PARDAILLAN, buvant de son côté.
Oui, comme dit cet autre, la chose vaut mieux que lé mot. N'est-ce pas. Madame ?
LE DUC d'ANJOU, causant bas avec Tavanes.
Vraiment, maréchal, vous êtes inquiet ?
TAVANES, bas.
Oui, Monseigneur, si l'on ne se presse. C'est un tumulte dans les rues ; des cavaliers qui se croisent en tous sens, des armes qu'on porte ou qu'on traîne... Si les huguenots ne s'aperçoivent de rien, il faut que le bon Dieu les aveugle.
354 LA SAIiNT-BARTHÉLEMY.
LE DUC d'aNJOU, à Retz.
Dis donc au roi que le temps passe.
RETZ, bas au roi.
Abrégez ce souper, Sire, il est temps.
CUARLES, bas.
Temps de quoi ?
RETZ
Mais de... Vous savez.
CHARLES
An I II paraît pensif.
LA ROCHEFOUCAULD
N'es-tu pas d'humeur, Pardaillan, à porter une santé ?
PARDAILLAN, animé.
Dix, si tu veux. (IIs remplissent leurs verres.)
LA ROCHEFOUCAULD
Eh bien ... A la santé du roi !
CHARLES, levant la tête vivement.
Quoi !... moi...
PARDAILLAN
A la santé du roi !
CHARLES
De moi... Messieurs ..
LA ROCHEFOUCAULD
Sire, oserai-je vous proposer de nous faire raison ?
CHARLES
Comment ?
Et de porter urre autre santé ?