ACTE CINQUIÈME
CHARLES
Non... je ne veux pas qu'ils me voient ainsi... Toi seul...
RETZ
Eh bien ! venez, sire.
CHARLES
Dormirai-je? peux-tu me répondre que je dormirai?... Ah!... (Silence.) — Mais dis-moi, Albert, là, en ton âme et conscience, crois-tu que cela réussisse ?
RETZ
J*en jurerais, sire. Vous avez entendu monsieur de Guise ?
CHARLES
Hélas! oui.
RETZ
Ce n'est qu'une mauvaise nuit à passer; demain vous n'y penserez plus.
CHARLES
Tu crois ? Ah ! dès à présent, je voudrais n'y plus penser ! — Mais j'entends du bruit ?
Non, sire.
CHARLES
Qu'est-ce donc que ce murmure lointain, confus, sourd ?... Est-ce ma tête qui bourdonne ainsi ?
RETZ
Le bruit de la nuit, dans une grande ville; pensez que la moitié de Paris est sur pied.
CHARLES
Et si quelque imprudence allait tout révéler, tout perdre?...
376 LA SâINT-BâRTIIÉLEMY.
RETZ
Espérons, sire. . .
CHARLES
Vois-tu, s'il en réchappait un seul, je dis un seul, je ne m'en consolerais de ma vie. Il serait toujours là, devant mes yeux, à mes oreilles, pour me demander vengeance, pour me crier : Cam, Caïn...
RETZ
Sirel...
CHARLES
Mort et damnation! si le coup allait manquer !... malheur aux maladroits! Tu m'entends, Gondi, je les veux tous, tous depuis l'amiral jusques... l'amiral pourtant... Oui, lui comme les autres... Gondi, combien crois-tu qu'il y ait de calvinistes dans Paris ?
Mais douze à quinze mille, plus ou moins.
CHARLES
Autant !...
RETZ
Quand quelques misérables seraient épargnés...
CHARLES
Personne ! Il y va du repos de ma vie et de ma conscience... Personne, pas même... Oh! mon Dieu! que dis-je ? Gondi, courez, appelez quelqu'un... je veux...
RETZ
Quoi donc, sire ?
CHARLES
Qu'on cherche partout Ambroise Paré... Je lui ai