‹ La Saint-Barthélemy, drame inédit, publiéChapitre 78 sur 237 · ACTE, DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE, DEUXIÈME

ne prononce que de gros jurements entrecoupés.) J'étftis bien bOIl de

me mettre en peine de ses radotages. Comme la couleuvre cherchait à se glisser!... A peine ai-je eu l'air de l'écouter, qu'elle s'est crue la maîtresse ; déjà elle disposait de tout, la paix, la guerre, les commandements, les faveurs, les grâces ; et moi, que devenaisje ? Rien ; un bon enfant soumis, qui laisse l'autorité à sa mère, et la gloire à son frère... Le beau métier que d'être l'ombre de l'élève de M. de Tavanes! — Non, non, on n'en est pas où l'on pense, et je suis émancipé, jarnidieu! C'est à moi de faire la guerre et la paix, de choisir mes conseillers et mes généraux... huguenots tant qu'on voudra ; mais ils me servent au moins, et me comptent pour quelque chose. Avec l'amiral, je fais ce que je veux..., on cause, on s'entend au moins avec lui ; ce n'est pas de ces esprits obscurs où l'on ne voit goutte. Et puis, je le veille de près ; qu'il essaie de m'attaquer, parbleu ! je l'en défie. S'il osait s'y jouer!... Ce n'est pas lui enfin qui prendrait ma couronne après moi, au lieu que ma mère... Ma mère, et d'Anjou, et Tavanes, et Guise, et toute la clique ne tiennent pas plus à moi qu'aux vieilles pantoufles de mon père. Les voilà fâchés maintenant ! nous allons en voir de belles !... J'ai peut-être eu tort de la rabrouer comme j'ai fait; mais aussi pourquoi me pousser à bout?... Ah! morbleu, que tout cela m'ennuie!... — A travers ses pleurs, son dépit perçait; elle est rancunière... comme une Italienne, au fait. — Ahj pardi, qu'elle y retourne dans son Italie, je ne courrai pas après... mon frère resterait seul alors...

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Diable! resté seul, il serait capable... oui, il peut survenir telle affaire oii ma mère me ferait faute. Elle en sait long, sur mon âme !... J'ai peut-être mal fait de la fâcher. 11 faudrait ne jamais fâcher personne. — Rien n'est sûr. quand j'y pense ; je ne tiens ces huguenots qu'à demi... Ces Guise peuvent monter la tête à d'Anjou... Philippe II peut m'envoyer retrouver ma sœur... Ma mère était là entre nous tous, elle veillait pour tout le monde... Si elle me quitte, me voilà tout à fait seul... Seul, tout seul, j'ai peur... Cet abandon n'est pas naturel; il y a là quelque motif que j'ignore, elle avait l'air inquiète autant qu'irritée, elle parlait de mon danger, de ma perte... certainement elle savait quelque chose... Qu'est-ce que ce peut être? Je tremble... je veux le savoir. ..j'ai besoin de le savoir... je meurs, si je ne le sais pas... Ma mère, ma mère...

ou est-elle? (Il court vers la porte par laquelle Catherine est sortie.)

Ouvrez, Madame, ouvrez, c'est moi... (u frappe.) Entendez-vous? c'est moi... (Avec coière.) Ouvrcz douc, jamibleu!

Il donne un grand coup de pied dans la porte.

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