A la portc de la ville, ou I'on se ras
semblait autrefois pour traiter les affaires et se distraire par de joyeux entretiens.
18. La inoiitagne de Sion sur laquelle s'elevaient le temple et le palais des rois. — Les c/iacals; ou avec la Vulg. , les renards.
19. Ton trone du ciel, bien que ta demeure terrestre soit detruite, si/dsisle.
21. Fais-nous revenir, ce qui comprend le retour spirituel et moral par une sincere conversion, et le retour materiel, le retablissement dans la patrie {Jer. xxxi, 18).
22. Aurais-lu, etc. : cette supposition, dans la pens«fe de ceux qui prient, enonce une impossibilite, et par la meme une esperance : comp. y^'r. xiv, 19; Is. Ixiv, 12. La Vulg. supprime a tort interrogation.
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Intiotiuctian.
LE livre insere dans les LXX ct dans notre Vulgate sous le nom de Baruch se compose de deux ecrits :d'une prophetic (i-v), et d'une lettre du prophete Jeremie aux exiles (vi).
. I. La Prophctie a pour but de porter les Juifs exiles a Babylone a faire penitence et a se confier avec une foi int^branlable au Dieu qui les chatie.
Le prologue (i, 1-14) nous renseigne sur I'auteur du livre, sur les circonstances dans lesquelles il fut public et sur sa destination.
Ensuite, deux parties bien distinctes :
La Premiere Partie (i, 1 5-iii, 8) est une longuc priere mise sur les levres du peuple repentant. Nous avonspeche ; la captivite, avec ses pesantes servitudes, est le chatiment severe, mais juste, de nos longues infidelites (i, 15-ii, 29). L'humble aveu de nos fautes nous obtiendra le pardon ; et nous verrons raccomplissement des promesses (ii, 30-iii, 8).
Deuxierne Partie : Exhortation du prophete aux exiles (iii, 9-v, 9). Si le peuple deperit en terre etrangere, c'est qu'il a quitte les voies de la vraie sagesse (iii, 9-31). Cette sagesse, Dieu seul la connait ; lui seul peut la donner. II I'a revelee aux fils d'Israel; il laleur a manifesteedans saLoi. Observer fidelement ses preceptes, \oila le chemin du salut que Dieu leur a prepare (iii, 32-iv, 4). Car si le Seigneur, justement irrite, les chatie, il ne veut pas les perdre. — 11 est vrai, Jerusalem leur mere, desolee de leur calamite prcsente, ne peut rien pour eux (iv, 4-20); mais " qu'ils aient bon cou-
rage " : " celui qui vous a emmenes se souviendra de vous." La captivite iinira; les oppresseurs seront punis; les " disperses " reviendront " tous ensemble de I'Orient a I'Occident, sur la parole du Saint" (iv, 21-37); J*^'' rusalem sera environnee d'une gloire nouvelle plus grande qu'auparavant (v^ 1-9). Tel est le contenu de la prophetic.
2. Nous n'avons plus aujourd'hui cet ecrit que dans le texte grec des LXX. Le texte original etait certainement I'hebreu. '* Presque tous les critiques serieux en conviennent " dit M. Trochon. Certains hebrai'smes cara6leristiques nes'expliquentguere autrcment. II faut signaler entre autres plusieurs particularites de vocabulaire ou de syntaxe, et certains contresens de mots, a travers lesquels il est difficile de bien saisir la pensee de I'auteur sans recourir a ['expression hebraiquc correspondante. On peut mentionner, a titre d'exemples, la repetition du prononi demonstratif apres le pronom relatif, comma ii, 4 (et avec quelques legeres differences ii, 13-29; iii, 8) : 06 "iikai^tirjiv a.-j-oaz, Kupto; i/.st : les nations parmi lesquelles le Seigneur les a disperses. C'est I'hebreu 'asc/ier . . . sclidm. — De meme ii, 26 : rov oix.civ O'j iT:i/.):ri% to o'jo'j.x rjo-j In a-jrro, la maison sur laquclle votre nom a etc invoque; ii, 17 : oi riSv/izorc; ... '<Yj iX/;cpO/; TO T:viv[j.x a-jrwv, les morts dont le souffle a etc repris : i, 17 : wv r,'j.7.'j7'ju.iv 'ivy.vTi Kj&to'j, ou le pronom relatif wv ne se rapporte a rien ni de ce qui precede ni de ce qui suit, mais rcpond a I'indefini \ischer. II faut traduire -.parcc que nous avons pecheen votre presence (centre vous). — 11 est manifeste aussi que le substantif
LA PROPHETIE DE BARUCH
u.a.vvcx. {yJ.vj.x dans quelques manuscrits) i, 10 est une transcription de I'hebreu minchah, offrande. Le verbe ipvai^£(j0ai (i, 22) dans le sens de servir, rendre un culte, est une tradu6lion servile de I'hebreu "abad; •/] /3dy.gy;(Tt; (ii, 29) dans le sens de multitude essaie de rendre I'hebreu Jiamon ; comme plus haut ii, 19 rov k'Asov essayait de rendre thacJifiii, thechhiuiJi, priere. Plus loin, iv, 20 aa/y.ov T-?i^ ^c/i'T^cog ne se comprend guere si Ton ne substitue a ^i/io-ew; I'hebreu catmtJi : le cilice de I'affliction.
Ces hebraismes, et plusieurs autres dont on trouvera la liste dans des ouvrages spcciaux, ne ressemblent pas a ceux qu'un Juif parlant le grec pouvait puiser dans la le6lure habituelle des LXX. Tout porte a croire qu'ils sont dus a I'influence du texte hebreu original; le texte grec est I'ceuvre d'un tradufleur.
On sait en effet que la prophetie de Baruch figurait dans les Hexaples d'Origene,ou elle etait marquee comme les autres livres sacres, d'asterisques et d'obeles. Le grand Docleur possedait done le texte hebreu de notre ecrit. De fait, dans un manuscrit de la version syro-hexaplaire conserve a Milan on rencontre trois fois, cette indication : ceci ne se trouve pas dans I'hebreu.^ — On sait aussi que Baruch avait ete traduit
par Theodotion. Enfin I'un des psaumes apocryphes attribues a Salomon, le IP.reproduit sensiblement Baruch, ch. iv et v. — Or ils sont ecrits en hebreu.
A quelle epoque le texte hebreu de Baruch a-t-ildisparu? Saint Epiphane (310 ou 320-403) nomme encore Baruch avec Jeremie dans un catalogue des livres sacres ecrits en langue hebraique. Saint Jerome n'a plus connu cjue le texte grec; il ne voulut pas le traduire.2
De toutes les versions de Baruch, celle des LXX est la seule qui soit immediate. II a paru a de bons juges qu'elle pourrait sans invraisemblance etrc attribute au meme auteur que la tradu6tion do Jeremie.3 Notre version latineVulgate derive immediatement des LXX ; c'est un reste de I'ancienne Itala. Saint Jerome ne I'a pas retouchee. Elle suit le grec de tres pres, parfois servilement. Elle offre en assez grand nombre les tournures et les expressions de ce latin populaire — probablement du diale6le africain — qui est suivant beaucoup d'auteurs celui de cette ancienne version.4
3. Ecrite primitivement en hebreu, notre prophetic est bien de I'auteur auquel I'attribuent les LXX et la Vulgate.
1° Tout d'abord nous sommes en droit d'affirmer qu'elle est toute entiere d'un seul et meme ecrivain.
1 L'hexaplaire syriaque est une version syriaque de I'Ancien Testament faite sur les LXX d'apres les Hexaples d'Origene.
Elle date des premieres annees du 7^ siecle (616-617), ct a pour auteur Paul, eveque de Telia de Mauzalat. " Elle reproduit consciencieusement les additions et les variantes marquees par des astdriques et des obeles, ainsi que les notes marginales relatives a des versions grecques autres que les LXX." Voy. R. Duval, Anciennes liltt-ratures chretiennes; la Litterature syriaque, p. 64 sv. Paris, 1899 — Comely, introd. I, p. 409, 2e edit.
" S. Epiphan., Hoer. viii, 6.31. xli, c. 213. S. Hier. in Jerem. Prolog. M. xxiv, c. 706. Pra;f. in Jerem.
3 Par Q\. K)iabenbaieer,m Dan. et Bar.
■* On en trouvera une assez longue liste dans le P. Knabcnbauer,\. c. p. 445 sv. Voir aussi Comely^ introd. I, p. 381 sv. 2e edit. — Signalons, comme exemples, les adjectifs en biiis dans le sens adif (i, 18) : siibjc^ibiles, prompts a se soumettre etc.; — la preposition in avec Pablatif au lieu de I'accusatif, ii, 4-12, 25-27; iii, 7-32; iv, 35 etc.; — I'article grec, rendu par le pronom demonstratif ille (ii, 27; iii, 26) ou par le pronom adjecilif ipse (iii, 4) etc. — Sabaiier, Bibliorum sacrorum latinie versiones anticiuiu, II, reproduit une aujre recension de cette version. Plus elegante, de latinitd plus correc'T:e que la Vulgate, elle est moins tidele. Voyez Kitabeiibaitt'i\ 1. c. p. 446-447-
LA PROPHETIE DE BARUCH
L'unite de pensee et de plan, attestee par notre analyse, en fait foi. Sans doute on a signale dans les deux parties une difference de diclion et de ton. Dans I'exhortation, la langue est plus pure, plus elegante et le style plus anime. C'est que la priere dont se compose la premiere partie avait depuis longtemps passe dans la liturgie quand notre version fut faitc. On concoit done fort bien que le traducteur ait du s'astreindre a reproduire aussi fidelement que possible, nonseulement la pensee, mais jusqu'aux constru6lions et aux formes du texte original. Aussi les hebraismes sontils plus nombreux dans les deux premiers chapitres.
2° D'apres le prologue i, i, la pro phetie a ete " ecrite" par Baruch, fils de Nerias et frere de Saraia, personnage important de la cour du roi Sedecias, qui accompagna ce prince a l^abylone et porta aux exiles la pro phetie de Jeremie centre les Chaldeens (/tv. li, 59 sv.). Or c'est ce meme Baruch qui fut, nous le savons, le disciple fidele et le secretaire du grand prophete {Jcr. xxxvi, 4-32).
Nous les rencontrons ensemble a Jerusalem pendant le dernier siege (xxxii, 12); quand la ville est prise, tous les deux rendus a la liberte par Nabuzardan, general du roi de Bab\lone, se retirent a Maspha, avec Godolias et le menu peuple laisse dans le pays (xliii, 2-3; comp. xxxix,i i-i 3; xl, 2 sv.). Tous deux, entrauies de force en Egypte par les revokes, s'etablissent avec ces infortunes a Taphnes dans le Delta i^Jcr. xliii, 1-7), prodiguant les conseils et les exhortations, sans avoir helas! la consolation de les voir suivis (/^/'. xliv, 1 5 sv.).
Cinq ans apres la destruction de la Ville Sainte, Baruch est a Bab\lone (Z>\?;'. i, 1). II est assez probable que Jeremie, son maitre, I'y avait envoye pour porter aux exiles ses avis et ses encouragements (Comp. fcr.
xxix, 1 sv.). La, a lepoquc anniversaire de la grande catastrophe, au
cinquieme mois (II Rois, xxv, ^\Jcr.
lii, 12), le septieme jour du mois, en presence de Jechonias, fils de Joakim, des grands, des pretres et de tout le peuple, sur les bords du Sodi, il lit un livre cjui emeut profondement toute I'assistance {^Bar. i, 2-5 j. Quand il a fini sa lefture, les pleurs coulent; on jeune, on fait des prieres solennelles, on recueille des aumones afin de faire offrir a Jerusalem, sur les debris du temple incendie, des sacrifices d'expiation. On lui donne la mission d'aller lire les paroles de ce meme livre aux miserables restes du peuple demeures dans le pays devaste ( i , 10). 30 Que lui-meme ait ecrit ce livre, sous la diclee du S. Esprit, il le declare en termes expres ; et toute la tradition, tant juive que chretienne, a re^u son temoignage. Aucune raison serieuse ne permet jusqu'ici de le recuser. Toutes celles que Ton a apportees en faveur d'une redaction plus recente, — vers la fin de I'exil, par exemple, — ou s'appuient sur un faux suppose ou manquent de force probante.
Un contemporain, nous dit-on,tel que Baruch le disciple de Jeremie n'eut jamais attribue a Joakim la qualite de grand-pretre. Au contraire, de la part d'un auteur posterieur a I'exil une telle erreur n'a rien qui doive surprendre. — Aussi notre auteur n'a-t-il pas commis cet anachronisme. Son Joakim est prctre, 0 iioix)- (i, 7); il semble avoir appartenu a la famille pontificale, et suppleait peutetre a Jerusalem le grand-pretre Josedec, alors captif a Bab\lone (comp.
Jcr. lii, 24 et I Par. v, 38-39; Vulg. vi, 14-15; II Rois,xxy, 18-21.), L'objeclion part done dun faux suppose.
Faux suppose encore, de pretendre que Jechonias ne pouvait alors grouper autour de lui I'auditoire dont il est question i. 4, puisqu'il etait captif — II faut se souvenir en effet que tous les captifs n'etaient pas devenus esclaves. La plupart des deportes jouissaient a Bab}'lonc d'une
LA PROPHETIE DE BARUCH
assez grande liberte. Plusieurs d'entre eux avaient conquis, des les premiers temps de I'exil, une situation assez importante, Jechonias en particulier, qui s'etait librement remis entre les mains des Chaldeens (II Rois, xxiv, 7-15), devait etre traite avec quelques egards. Ne pouvait-il faire de sa maison un centre de reunion pour les exiles, comme le faisait plus de vingt ans auparavant Joakim, le mari de la chaste Susanne {Dan.
xiii, 4) ? II n'y a done aucune contradi6lion entre Bar. i, 4 sv. et II Rois, XXV, 2'/;Jer. Hi, 31.
II est vrai que notre livre fait mention d'un fils de Nabuchodonosor, nomme Baltassar (i, 11), dont aucun document n'a encore revele I'existence. Mais I'histoire de Babylone nous est-elle done si parfaitement connue que nous soyons en droit d'opposer le silence des rares documents dechiftres jusqu'ici, a I'affirmation certaine d'un ecrivain qui se dit contemporain des evenements et dont aucune raison ne permet de soupconner la bonne foi?
Mais, ajoute-on, comment un livre compose par le secretaire de Jeremie en pleine captivite, peut-il parler de la restitution des vases sacres du temple? N'est-il pas constant queces objets ne furent restitues que beaucoup plus tard, par Cyrus (I Esdr.
i, 7. Voy. Dan. i, 2; II Par. xxxvi, 7)? L'auteur s'estdonc involontairement trahi : il a ecrit apres I'exil. — Erreur ! notre auteur ne dit pas ce que Ton voudrait lire dans son livre. II dit seulement que les exiles reussirent a recouvrer par achat ou autrement les vases d'argent (i, 8) fabriques par ordre de Sedecias quand le roi de
Babylone eut enleve du temple tout le mobilier sacre.^ Les vases d'or resterent a Babylone dans le temple du dieu de Nabuchodonosor {Dan. i, 2) jusqu'a I'avenement de Cyrus et a son edit liberateur.
Enfin il n'y a pas contradi6lion entre iii, 1 1 oij il est dit du peuplequ'il a vieilli sur la terre etrangere et i, 10-14 d'ou il semblerait resulter que le temple est toujours debout, avec son autel et son culte. En effet, d'apres Jeremie, xli, 5, le temple, meme reduit a un amas de decombres, etait toujours aux yeux des Juifs la maison du Seigneur, Beith- JeJiovaJi : on y venait ofifrir a Dieu I'encens et la niifichah. Et quant au peuple, si la Vulgate, traduisant trop litteralement le grec £7:a/aiw5y;;, dit de lui qu'il a vieilli (inveterasti), il faut entendre ce terme dans le sens <\Qflctri.^
Ces raisons, et quelques autres de moindre valeur, voila tout ce que la critique negative a trouve pour s'autoriser a retarder la composition de notre livre jusqu'a I'epoque des Ptolemees, ou des Macchabees ou meme jusqu'apres la destruction de Jerusalem par Vespasien et Titus.
La these traditionnelle garde done toute sa valeur : notre livre est bien I'oeuvre authentique de Baruch, le secretaire de Jeremie.
40 L'examen attentif de la prophetic elle-meme conduit a la meme conclusion. Elle a ete ecrite en hebreu, nous I'avons vu : c'est au moins un prejuge en faveur de I'epoque a laquelle nous la placons. De plus, nous ajoutons qu'elle doit etre I'ceuvre d'un auteur qui est ou Jeremie lui-meme ou un ecrivain qui a vecu
1 Comp. I Rei^. xiv, 25-28. Les boucliers d'or laisses par Salomon ayant dte enleves par Sesac, roi d'Egypte, Roboam en fit faire d'autres, en argent.
- Tel est le sens de I'hebreu Balah que les LXX rendent habituellement par le verbe TzaXato^v; par exeniple Dent, xxi.x, 4 (de vetements uses qui tombent);/^?^-. ix, \2>';J^^^'.
xiii, 28 (de Job lui-meme fletri et use par I'adversite) ; Ps. xxxii (xxxi), 3 (mes os se consumaient) ; xlix (xlviii), 15 (leur substance se consumera au scheol); cii (ci), 2"] (eux tons s'useront comme un vetement); Thren. iii, 4 (il a fait se fletrir ma peau et ma chair) etc.
LA PROPHETIE DE BARUCH
dans sa familiarite. En effet, c'est le mcme ordre d'idees ; ce sont les meines precedes de composition, ^ la meme maniere d'litiliser les ecrits des prophetesanterieurs,surtoutdeMoise, de Job, d'lsaie; c'est le meme style et la meme langue.^
La description de la situation des fils d'Israel et de leur pays est ^'un tcmoin qui a vu, qui rapporte des evenements recents et qui exprime des sentiments encore vivants. II voit encore la ville et le temple en flammes (i, 2 comp. II Rois, xxv, 4 &\. Jc'r. xxxix, I ; Hi, 4) et les scenes d'horrcur qui ont marque le dernier siege. II sait I'histoire des vases d'argent que les captifs renvoient en Palestine; il rapporte sans ctonncment la demande adressee par les exiles a leurs coreligionnaires : que Ton prie pour Nabuchodonosor, pour son fils, et pour la prosperite dc son empire.
L'auteur se souvenait sans doute des recommandations encore recentes de son maitre Jeremie aux malheurcux dcportes {/er. xxix, 7). II se rcprend a plusieurs fois a dccrirc les epreuves endurces, comme il arrive lorsque Ton souffre encore et qu'aucun Iangage ne semble assez fort pour exprimer avec toute sa vivacite la douleur ressentie. II dit aussi la cause de la condition humiliec qui est faite a ses compatriotes exiles : ce sont leurs desobeissances envers Dieu. N'est-ce pas encore un echo des exhortations de Jeremie? Enfin Baruch laisse cntrevoir que I'exil sera encore long; il recommande aux exiles de prier Dieu afin qu'il leur fasse trouver grace devant leurs maitres (i, 12; et
iv, 9 sv.). Est-il possible de ne pas rapprocher ces passages de la celebre prediction de Jeremie (xxix, 10) et cles conseils qu'il envoyait plusieurs annees auparavant aux premiers deportes.''
Ainsi i'examen des caracleres internes atteste a son tour I'authenticite de la prophetic de Baruch et donne raison a la tradition.
4. Comnie le livre de Baruch ne iigurait pas dans le canon des Juifs, quelques cxegetes ont pu avant le concile de Trente hcsiter a le recevoir. De fait, il est range parmi les li- \res dits deutero-canoniques. Mais, on le sait, le sens de cette denomination est purement historique. \in ce qui concerne Baruch en particulier, il a toujours ete recu dans I'Eglise comme Ecriture inspiree.3 Si le nom de Baruch est rarement prononce dans les anciens catalogues et dans les ecrits de plusieurs Peres ou auteurs ecclesiastiques, c'est que dans le canon chretien son livre ne faisait qu'un avec la prophetic de Jeremie :
on le citait sous le nom de ce prophete. Cependant bcaucoup de Peres et d'anciens ecrivains I'ont connu et I'ont cite sous son nom. C'est surtout le passage iii, 36-38 que la plupart d'entre eux se sont plu a citer et a commenter, Dans ce " Dieu ", (" }iotri' Dial. ") qui " a trouve le chemin de la Sagesse. qui I'a donnee a Jacob son serviteur et a Israel son bien-aime ", et " apres cela, a ete vu sur la terre et a converse avec les hommes", ils ont reconnu le Fils de Dieu incarne,manifeste au prophete et annonce par lui.
\ Voyez Knabenbauer, 1. c. p. 436.
' Moise : i, 20 et Deiiict . xxviii, 15 ; Lih'. ii, 2 et Deuicr. xxviii, 53.
ii, 16 et Deuter. xxvi, 15. Comp.
Is. Ixiii, 15.
ii, 29 et Lev. xxvi, 14 ; Dent.
xxviii, 13.
Job : iii, 15 ^\. Job. xxviii, 12 sv. Isai'e : ii, 16-17 et/j. Ixiii, 15; xxxvii, 17iv, ^^6 et Is. xi, 11; xliii, 5;
xlix, 18; Ix, 4 ; v, I sv. et Is. Ii,