Qui opere, qui cree et conserve toutes choses
6. Sens : si deja la prudence humaine (comp. vi, 15) est capable de procurer notre bien, combien plus le procurera cette sagesse superieure qui manifeste sa puissance et ses effets dans la formation ct la conservation de I'univers?
LIBER SAPIENTI^. Cap. VIII, t — i6.
— *— CAPUT VIII. — :i:—
Cum sapientiam comitentur omnia desiderabilia, summe ambienda est, a Deo petenda; a quo solo datur continentia.
TTINGIT ergo a fine usque ad finem fortiter, et disponitomniasuaviter.
2. Hanc amavi, et exquisivi a juventute mea, et quassivi sponsam mihi earn assumere, et amator factus sum formas illius.
3, Generositatem illius glorificat, contubernium habens Dei : sed et omnium Dominus dilexit illam :
4. doctrix enim est disciplinas Dei, et electrix operum illius. 5. Et si divitiae appetuntur in vita, quid sapientia locupletius, quae operatur omnia.? 6. Si autem sensus operatur : quis horum, quas sunt, magis quam ilia est artifex.'' 7. Et si justitiam quis diligit : labores hujus magnas habent virtutes : sobrietatem enim, et prudentiam docet, et justitiam, et virtutem, quibus utilius nihil est in vita hominibus. 8. Et si multitudinem scientiae desiderat quis, scit prasterita, et de futuris
aestimat : scit versutias sermonum, et dissolutiones argumentorum :
signa et monstra scit antequam fiant, et eventus temporum et sasculorum.
9. Proposui ergo hanc adducere mihi ad convivendum : sciens quoniam mecum communicabit de bonis, et erit allocutio cogitationis et tasdii mei. 10. Habebo propter hanc claritatem ad turbas, et honorem apud seniores juvenis : 11. et acutus inveniar in judicio, et in conspectu potentium admirabilis ero, et facies principum mirabuntur me :
12. tacentem me sustinebunt, et loquentem me respicient, et sermocinante me plura, manus ori suo imponent. 13. Prasterea habebo per hanc, immortalitatem : et memoriam asternam his, qui post me futuri sunt, relinquam. 14. Disponam populos : et nationes mihi erunt subditae. 15. Timebunt me audientes reges horrendi : in multitudine videbor bonus, et in bello fortis.
16. Intrans in domum meam, conquiescam cum ilia : non enim habet amaritudinem conversatio illius, nee taedium convictus illius, sed las-
7. Ai>ne-t-on la justice, dans le sens le plus general de ce mot : I'ensemble des vertus morales, dont fait partie la justice entendue dans le sens stri6l. - — Les labeurs de la sagesse, ses efforts, son acflion parmi les hommes. — La temperance^ etc. : ce sont les quatre vertus cardinales des moralistes grecs.
8. Une science etendiie, litt. utie )niiltiple experience {Eccli. xxv, 6). — Les discours subtils, les fines sentences, renfermant sous peu de mots un sens que le vulgaire n'aperqoit pas {Prov. i, 3). — Les enigmes : questions semblables k celles que la reine de Saba adressa a Salomon (I Kois^x, i). Comp. Nombr. xii, 8; I Cor. xiii, 12. Exemples d'enigmes veritables : Jug. xiv, 12, 14; Ezech. xvii, 3 sv. — Et revele, etc.; ou bien, comme la Vulg. parait I'entendre : elle prevail les signes et les prodiges, les phenomenes extraordinaires qui doivent arriver. — Les eveneinents, litt. les issues, quels evenements seront produits par ou dans telle ou telle periode de temps.
9. Une consolatioti : c'est le sens de allocutio dans la Vulg.
\o. Jeune encore : comp. I Rois, iii, 7.
11. Dans les jugenients, lorsque je jugerai : allusion au fameux jugement de Salomon, I Rois, iii, 16 sv. — Les grands, les rois vassaux de Salomon, les magistrals, les chefs d'armee, etc. La Vulgate ajoute un 3^ membre : et le visage des prifices sera dans r etonnement : double traduction du 2e membre.
12. lis atteiuiront, personne n'osant parler avant moi dans les assemblees. — lis inettront la main stir leur bouche, pour ne pas rompre le silence.
13. Viuunortalite, une gloire immortelle parmi les hommes ; ce mot a un sens plus releve vers. 17.
15. De moi et de ma sagesse. — Ati milieu du peuple, dans la paix; ou bien dans les assemblees, les jugements. Comp. Homere> //. iii, 79.
16. A man retour de la guerre, ou de I'assemblde. — Aupres de la sagesse, comme d'une epouse bien-aimee.
466 LIVRE DE LA SAGESSE. Chap. VIII, 17—21; IX, i-
Chap. IX.
contentement et joie. ^/Meditant ces pensees en moi-meme et reflechissant en mon coeur que Timmortalite est le fruit de I'union intime avec la sagesse, iSqu'il y a dans son amitie une noble jouissance, et dans les oeuvres de ses mains des richesses inepuisables, qu'on acquiert la prudence dans un commerce assidu avec elle, et la gloire a prendre part a sa conversation : j'allai de tous cotes, cherchant le moyen de I'avoir avec moi.
'9j'etais un enfant d'un bon naturel, et j'avais recu en partage une bonne amej^oou plutot, etant bon, je vins a un corps sans souillure.
2iNeanmoins, sachant que je ne pouvais obtenir la sagesse si Dieu ne me la donnait, — et c'etait deja de la prudence que de savoir de qui vient ce don, — je m'adressai au Seigneur, et je I'invoquai du fond de mon coeur, en disant :
CHAP. IX. — Priere de Salomon pour demander la sagesse.
lieu des peres, Seigneur de misericorde, qui avez fait I'uniigiK'g^g^^ vers par votrc parole, ^et qui, par votre sagesse, avez etabli I'homme pour dominer sur toutes les creatures que vous avez faites, 3 pour regir le monde dans la saintete et la justice et exercer I'empire dans la droiture de son coeur, 4donnez-moi la sagesse qui est assise pres de votre trone, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants. 5 Car je suis votre serviteur et le fils de votre servante.
un homme faible, a la vie courte et peu capable de comprendre votre jugement et vos lois. ^Meme le plus habile parmi les enfants des hommes, s'il n'a pas la sagesse, sera compte pour rien. 7Vous m'avez choisi pour regner sur votre peuple et juger vos fils et vos filles. ^Et vous m'avez commande de batir un temple sur votre montagne sainte et un autel dans la cite ou vous faites votre demeure, sur le modele du saint tabernacle que vous avez prepare des le
17. Z,'/;;/w<7r/'«///t'bienheureuse aupres de Dieu. — L'union intime, litt. la pare/tie.
18. Dans les anivres de ses niaitts : la sagesse est considdrde ici comme une Spouse laborieuse, dont le travail et I'intelligence enrichissent sa maison. Comp. ce qui est dit de la femme forte Prov. xxxi, 10 sv. — Vavoir avec moi, dans le sens du vers. 2.
Apres avoir decrit les qualites de la fiancee, I'auteur dnum^re ce que I'amant de la sagesse a a lui offrir.
ig-20. Une bonne dine ici, dit Estius, ce n'est pas une ^me en possession de la grace san6\ifiante ou d'un certain degre de bonte morale, c'est une ame douee d'une bonte naturelle qui la dispose a la pratique des vertus.
L'enseignement commun de TEglise est que Dieu cree Fame de chaque homme au moment ou il I'unit au corps. Les vers. 19-20 ne contredisent pas cette dodlrine et n'ont rien de commun avec la dod\rine platonicienne de la preexistence des iimes. L'auteur veut exprimer cette pensee, qu'il a requ de Dieu une bonne ame, c.-k-d. douee d'heureuses dispositions naturelles, et un corps pur, c.-k-d. sans defaut ni vice hereditaire. II commence ainsi : J^ii recu en partage
une bonfie dnie; mais aussitot cette maniere de s'exprimer lui parait peu convenable. Elle semble impliquer, en effet, que le corps est le fondement essentiel de I'homme, dont I'ame ne serait que I'accessoire. Se reprenant done, il ajoute : Ou plutot, etant bon, je vins a un corps pur, c.-h-d., mon ame etant bonne fut unie a un corps pur. Dans cette seconde forme de la pensee, c'est I'ame qui a le premier rang, qui constitue le moi. Voilh, uniquement ce que veut dire et ce que dit I'auteur de la Sagesse. Le veni in corpus ne suppose dans I'ame qu'une anteriorite de raison,fondee sur son essence sup^rieure.
21. Obtenir la sagesse : c'est le sens naturel du grec, et meme de la Vulgate : continetts, scil. sapienticc, dont il est question dans tout le passage, et qui est I'objet de la priere annoncde dans ce verset. L'EccI^siastique dit de meme, coiitinens justitice (xv, i. Comp. vi, 27). Neanmoins la plupart traduisent le latin, et quelques-uns le grec, sachant que je ne pouvais itre continent, chaste, conserver mon corps sans tache (vers. 20). — En disa?it : la priere suivante est une amplification de celle que nous lisons I Rois, iii, 6-10. Comp. II Par. i, 9 sv.
LIBER SAPIENTL^. Cap. VIII, 17—21; IX, 1—8.
titiam et gaudium. 17. Haec cogitans apud me, et commemorans in corde meo : quoniam immortalitas est in cognatione sapientias, 18. et in amicitia illius delectatio bona, et in operibus manuum illius honestas sine defectione, et in certamine loquelas illius sapientia, et prasclaritas in communicatione sermonum ipsius : circuibam quasrens, ut mihi illam assumerem.
19. Puer autem eram ingeniosus, et sortitus sum animam bonam.